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    Il était une fois un banquier qui aimait la Russie

    Il était une fois un banquier qui aimait la Russie

    Capture d'ecran : www.arnaudleclercq.com
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    Il y a des gens extraordinaires et Arnaud Leclercq en fait partie. Pour le retrouver on peut chercher sur une étendue terrestre qui couvre le Proche-Orient, la France où il a un château en guise de nid familial, la Russie et l’Asie Centrale.


    Il y a des gens extraordinaires et Arnaud Leclercq en fait partie. Pour le retrouver on peut chercher sur une étendue terrestre qui couvre le Proche-Orient, la France où il a un château en guise de nid familial, la Russie et l’Asie Centrale. Cet homme a été décidément de tous les marchés. Financier aguerri, il a su tirer profit de son passage dans une Russie eltsinienne et s’étant assagi ces derniers temps, il a décidé de prendre un peu d’écart pour pouvoir porter un jugement de valeur sur son trajet professionnel et passionnel long d’un quart de siècle. La vie d’Arnaud est intrinsèquement lié à la Russie qu’il consomme sans modération aucune. Ecoutons-le !

    La Voix de la Russie. Arnaud Leclercq, merci d’être avec nous sur les ondes de La Voix de la Russie. Vous êtes un cas… atypique. Après avoir suivi vos études au Collège Stanislas et ensuite à Paris 2 Assas, vous avez fait montre d’une décision digne d’un aventurier en partant à l’aventure à Moscou pour devenir consultant auprès des grands groupes français fin 89-début 91. Pourquoi ce brusque changement et cet amour marqué pour les Pays de l’Est ? Peut-on l’expliquer par les débouchés que la Russie vous offrait et la possibilité de faire fortune et prendre du galon ou existait-il d’autres raisons un peu moins évidentes : origines familiales, connaissance de la langue, intérêts particuliers de vos supérieurs ou autre ?

    Arnaud Leclercq. Effectivement il y a toujours au départ une envie d’aventure. J’avais commencé ma vie professionnelle dans un cabinet d’avocats à Paris. Et en travaillant déjà sur les acquisitions d’entreprises en Europe Centrale : Hongrie, Pologne… Et je me suis dit : la prochaine étape, ce serait la grande évolution économique en Russie et le jour de mes 25 ans, le 16 mars j’ai décidé de partir, de laisser mon cabinet où je travaillais à Paris près du Parc Monceau pour aller avec 2 mille francs français de l’époque pour créer ma société de conseil à Moscou pour aider dès le départ les grandes entreprises de s’installer là-bas. C’est rapidement devenu une activité qui s’est développée dans l’immobilier des entreprises. Donc au départ c’était ça !

    Bien sûr, pourquoi la Russie ? D’abord parce que j’avais un petit peu appris la langue. J’avais fait mes études de russe au lycée en troisième langue. C’est vrai que je parlais très mal mais au moins j’avais quelques notions. Et j’ai fait un premier voyage, je crois, en 82. Et c’était un voyage d’une semaine. C’était un choc culturel parce que j’étais aux Etats-Unis dans une famille américaine et que je me suis retrouvé en février, quelques mois plus tard, dans l’Union Soviétique brejnévienne. Donc c’était un choc culturel pour l’adolescent de l’époque. Et néanmoins avec un attachement à ce pays ce qui était à l’époque une chose assez difficile, une première petite amie russe, des discussions passionnées avec un garçon qui était aussi passionné que moi à l’époque de politique, de relations internationales… Tout cela a duré un petit peu ! Je crois avoir reçu une première piqûre du virus de l’attachement à ce pays. Et quand j’y suis allé en 1991, et créé ma société, là c’étaient des années assez exceptionnelles, un peu folles, un peu dangereuses parfois mais néanmoins passionnantes.

    LVdlR. On a bien compris que vous avez l’esprit baroudeur et finalement vous avez suivi l’appel du large, c’est ça ?

    Arnaud Leclercq. C’est un peu ça ! Je me suis dit : « Je n’ai rien à perdre ! » Ce pays est fascinant ! J’ai la chance de le connaître un peu à l’époque et maintenant un petit peu mieux. A la fois attiré par ses paradoxes, par sa culture… Et puis il y avait un vent de liberté assez exceptionnel quand même ! A l’époque on pouvait créer une entreprise avec rien. Tout le monde essayait de faire un peu quelque chose… Et c’est vrai que l’Occident, l’Ouest était en pleine crise. Oui, il y avait certainement l’esprit d’aventure. L’espoir de faire fortune ? Peut-être un petit peu mais ce n’était pas à l’époque ma première vocation. Réussir quelque chose en n’ayant finalement rien à perdre… Et j’ai eu de la chance que cela ne s’est pas très mal passé !

    LVdlR. Et c’est comme ça que vous êtes devenu banquier ? Parce que je crois que vous avez joliment réussi votre carrière. Maintenant vous êtes à cheval sur plusieurs continents si je ne m’abuse ?

    Arnaud Leclercq. Ma vie de banquier est venue un petit peu par hasard. Vous savez, comme on dit en russe « судьба » (destin). En rejetant systématiquement cette possibilité en disant : « Moi, banquier ? Jamais de la vie ! » Mais en 1988-89 on m’a proposé de rejoindre une grande banque « Crédit Suisse » parce qu’ils cherchaient quelqu’un qui connaisse assez bien la Russie. Et je me suis dit : « Je vais travailler à Genève… Je vais avoir une vie intéressante, confortable et travailler sur ce pays pour faire gestion de fortune ! » J’avais connu quelques personnes à l’époque. On était tous jeunes et certains Russes que j’avais connus jeunes comme moi, avaient fait fortune entre temps. Donc cela fait un bon équilibre entre les deux : c’est la confiance qui est essentielle – avoir son banquier en Russie où parfois on me disait en russe : «Ты наш, но ты не наш!» (Tu es des nôtres mais tu n’es pas des nôtres !). Tu sais comment ça fonctionne puisque tu as vécu ces années-là ; Vous comprenez la langue aussi. Mais en même temps tu n’es pas russe ! Et c’est vrai que pour discuter des questions de fortune, certains préfèrent avoir quelqu’un avec un pied à l’extérieur. Je suis allé au Crédit Suisse en me disant : Tu vas conseiller les gens ! Et puis la vie a tourné différemment. Et on m’a nommé deux ans plus tard comme responsable pour les pays de l’Est pour le Crédit Suisse. Après les choses ont évolué et c’est vrai que maintenant je m’occupe du Moyen-Orient. Mais la Russie reste quelque chose de très particulier pour moi. C’est ma seconde Patrie au moins culturelle. On peut dire que j’ai été adopté par les Russes autant que je les ai adoptés ! »

    Au dix-neuvième-début vingtième, les étrangers dont mon grand-père, étaient nombreux à se rendre en Russie pour y faire fortune. On peut dire même que la Russie se veut une projection e la civilisation européenne parce que bâtie sur des assises cimentées par les générations des migrants occidentaux. A ne citer que plusieurs Millions d’Allemands qui sont arrivés sur ces terres il y a plus de 250 ans de cela. Les Français étaient un peu moins nombreux mais omniprésents et les Russes les accueillaient toujours à bras ouverts. Nous voyons bien la différence avec l’attitude glaciale et les moqueries déplacées réservées aux ressortissants slaves en France. Et pourtant la Russie n’est jamais allée quémander un quignon de pain à la table des Européens. Alors pourquoi cette superbe et cette dérision ? Nous croyons que le livre d’Arnaud Leclercq est à même d’éclairer un lecteur français qui veut comprendre. Peut-être même que cet ouvrage permettra à d’aucuns de trouver son propre destin sur la terre russe comme cela a été le cas pour l’auteur de l’ouvrage.

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