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    Pas de fumée sans feu

    Pas de fumée sans feu

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    Les résultats des deniers sondages réalisés par l’IPSOS ne sont pas réconfortants. Selon l’institut 74% des Français éprouvent une défiance envers l’Islam.


    Les résultats des deniers sondages réalisés par l’IPSOS ne sont pas réconfortants. Selon l’institut 74% des Français éprouvent une défiance envers l’Islam. Le nombre de Français à ne pas se sentir chez sois comme avant, à cause d’un nombre trop élevé d’étranger est aussi très élevé, environ 70%. Cette tendance, dont l’accélération est surement due à la crise commence à préoccuper le gouvernement. Le ministre de l’intérieur Manuel Valls l’a clairement évoqué lors de sa rencontre avec l’Imam de Drancy Hassen Chalghoumi. Ce dernier en revanche essaye par tous les moyens de tuer cette image radicale de l’Islam. Il était même à l’origine de la rencontre de quelques dizaines d’Imams au mémorial de la Shoah à Drancy. Hassen Chalghoumi estime que la croissance de la xénophobie en France est due à une incompréhension et à un contexte géopolitique défavorable :

    Vos actions, ce rapprochement avec la communauté juive, ce rassemblement au mémorial de la Shoah et vos déplacements en Israël, quels buts ça a principalement?
    Je suis l’Imam de la ville de Drancy et cette ville est connue par son histoire de la déportation. 90% des Juifs de France étaient déportés par cette ville, il y a dans cette ville le mémorial le plus fort le plus symbolique de France. Cette ville a sa propre histoire. Et deuxièmement quand on parle de la barbarie humaine contre une race ou une religion, en même temps on se protège, nous en tant que minorité musulmane contre le racisme et l’islamophobie. On a voyagé en Palestine et en Israël, on n’emporte pas le conflit, mais on exporte l’amitié. On est parti avec des Imams on a été reçu par le premier ministre Palestinien, le ministre des affaires religieuses, on était dans la tombe de Arafat. Et en même temps quand on était en Israël on était devant les tombes des enfants assassinés par Mehra, auquel l’Islam n’a rien à voir ni l’école palestinienne.

    Néanmoins, même avec tous les efforts que l’on fait, selon les derniers sondages, la défiance envers l’islam des Français est établie à 74%, comment est ce que vous pouvez expliquer ça? Est-ce que ces chiffres reflètent vraiment la réalité?
    Il n’y a pas de fumée sans feu. Premièrement tout ce qui se passe au niveau géopolitique, international, ça joue. Qu’est ce qui se passe au Mali, qu’est ce qui s’est passé en Lybie, l’islamisme en Tunisie, l’Islamisme des fanatiques en Egypte, qu’est-ce qui se passe en Syrie, tous ces mouvements extrémistes armés. Et il ne faut pas oublier que 2012 c’est une difficile, il y a l’affaire Merah, il y a les assassinés, il y a l’interpellation des groupuscules, il y a aussi les discours des hommes politiques, qui eux aussi ont utilisé l’Islam et certains phénomènes comme le voile intégral à des fins politiques. Il y a aussi des articles qui font peur, faites attention à l’Islamisme. Tout ça fait cette conséquence que l’on a commencé à subir, des sondages qui montrent que les citoyens ont peur de l’Islam.

    Est-ce que la crise économique et financière, elle y est pour quelque chose ou pas?
    Quand il y a une crise économique, il y a toujours une crise du communautarisme. La peur de l’autre, le chômage, ça aussi, ça joue un rôle. Mais on ne peut pas justifier un acte raciste ou islamophobe, ou intégriste au nom de l’économie. Il faut chercher des solutions économiques et sociales et mettre en place un dialogue.

    Vous, on vous appelle: Imam de la République, Imam pas comme les autres. La communauté musulmane vous reproche souvent votre proximité avec les institutions juives et votre médiatisation, notamment avec des hommes politiques français. Vous êtes contre l’Islam radical, vous êtes d’ailleurs menacé par certains groupes extrémistes. Vos enfants sont dans une école Catholique privée et vous ne portez pas la barbe. Est-ce que l’on peut dire que vous êtes le nouveau visage du nouvel islam Français, de l’Islam moderne comme le prône Manuel Valls par exemple.

    L’Islam c’est une religion de lumière et de paix. Si on l’utilise politiquement ou par des groupuscules extrémistes comme l’Akmi, Al Qaïda, les Salafistes extrêmes, on va salir cette religion. Ma proximité avec la communauté juive, tant que je suis un homme de paix, l’Islam ne m’interdit pas d’avoir cette relation d’amitié et de fraternité. Je ne suis pas un homme politique et je n’essaye pas de rentrer dans le contexte politique. En même temps aussi, un citoyen français, il doit respecter les valeurs et les lois de la République et s’entent avec ses voisins. Nous partageons une terre, nous partageons une histoire, nous partageons une République. Il y en a qui ne croient pas au dialogue et passent directement aux menaces de mort. Je suis menacé, je suis sous protection policière. Il y a une minorité qui ne respecte pas. Je rends hommage à la République, qui protège les Imams modérés qui souhaitent vivre en harmonie et dans le respect des lois de la République.

     

    Pour rejoindre ce que vous venez de dire, est ce que vous pensez que votre position sur la place et le développement de l’Islam en France est la même que celle du gouvernement socialiste ? Est-ce que vous avez senti une nette différence avec le gouvernement précédent.

    Moi je connais ni droite, ni gauche, je connais les valeurs et les hommes sincères. J’ai senti que dans ce gouvernement il y a un sens de la responsabilité. Il y a aussi une sincérité. Si l’on veut un Islam de France, si on veut former des Imams, si on veut soutenir les modérés, mais si l’on veut se sentir lâche et l’abandonner c’est possible. Mais je rends hommage au ministre de l’intérieur Valls, qui est en train de faire un travail formidable, pas en tant qu’homme politique seulement, mais autant qu’un homme sincère, que j’ai vu dans l’acte. Et reconnaître le bien de quelqu’un, je trouve que c’est le sens de ma foie. J’ai soutenue une loi contre le voile intégrale, mais quand même il y avait un discours qui était très extrême. Ensuite ils ont voulu récupérer quelques voix du Front National. La politique de l’extrême, elle ne gagnera jamais, qu’il s’agisse de politique ou de religion.

     

    Les critiques de l’Islam parlent souvent de financement. On dit que certains pays musulmans achètent la France, pour propager un Islam radical, qu’est ce que vous répondez à ça ?

    Il y en a, oui c’est vrai. Pour cela j’appelle à un Islam de France. On essaye de pousser les hommes politiques, pour prendre la responsabilité. De dire « notre Islam n’est pas à vendre » et dire « Stop » à l’ingérence étrangère. Nos lieux de prière ce sont des lieux Français et si ils veulent financer qu’ils passent par l’Etat ou par des fondations qui sont claires. Sans ingérence, que ce soit le Qatar ou les autres, notre Islam doit être indépendant, un Islam Spirituel, dans l’esprit, dans les valeurs, sans étiquette politique et sans ingérence.

     

    Un sondage montre que les Français pensent, que la République et l’Islam ne font pas bon ménage, quelle est la solution ? Qu’en pensez vous ? Qu’est ce qu’il faut faire ?

    La solution se divise en deux. Il faut que les Musulmans luttent contre les intégristes, contre les extrêmes et qu’ils dénoncent les extrêmes. Et deuxièmement il faut que la république dénonce le racisme. Chacun nettoie devant chez lui et tout le monde trouvera sa place. Si les musulmans restent en majorité silencieux et ne disent rien, ne condamnent pas autant d’actes racistes et autant d’actes extrémistes, alors malheureusement l’opinion publique ne peut pas savoir la réalité. Mais aussi les Français, ils ignorent l’Islam, ils le connaissent par l’intermédiaire d’Al Qaida ou de groupuscules armés, ils faut qu’ils prennent l’Islam de la majorité des Imams qu’il y a en France, des Imams pacifiques.

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