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    Les risques d'une opération militaire en Syrie
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    Les risques d'une opération militaire en Syrie

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    Didier Billion directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques a accepté de voir avec nous quel impacte pourrait avoir une intervention armée en Syrie sur ce pays et sur la totalité du moyen orient :

    Mais pourquoi elle s’acharne à faire ça? Vous avez dit que les politiques ne voient pas l’impacte que cela peut avoir, mais je ne pense pas qu’ils sont tellement aveugles, ils doivent savoir que ça pourrait amener des gros problèmes au moyen orient et il y a forcément une raison derrière?

     

    Non je pense qu’il y a une forme d’aveuglement que l’on ne peut pas sous estimer. C’est triste à dire, mais je constate que mon gouvernement n’est pas à la hauteur de ses responsabilités, c’est le moins qu’on puisse dire, il y a donc une réelle forme d’inconsistance politique d’incapacité à comprendre la réalité de la situation. Le phénomène se double par une sorte d’idéologie droit-de-l’hommiste, qui fait des ravages déjà depuis pas mal d’années, qui consiste à dire que Bachar Al Assad c’est un Tiran, un Tiran c’est mal et donc il faut intervenir, mais au nom de quelle loi et de quelle légalité on ne sait pas trop, mais il faut pas sous estimes en France et dans quelques autres pays occidentaux, il y a cette idéologie droit-de-l’hommiste, avec la pression de quelques lobbys. Par ailleurs ça fait que l’on entre dans des aventures militaires sans penser au coup d’après. Vous évoquiez l’exemple Libyen, la France, la Grande Bretagne et quelques autres ont fait une campagne militaire intense contre la Lybie, il y a eu des jours et des nuits entières de bombardements, pour le résultat que nous évoquions tout à l’heure. Comment comprendre que la France a accueilli Kadhafi en grande pompe et deux ans plus tard elle était le fer de lance de l’intervention contre Kadhafi. Cela n’a aucun sens, est-ce que Kadhafi a changé en deux ans - absolument pas. De la même façon Bachar Al Assad avait été invité à la tribune d’honneur pour assister au défilé du 14 juillet en 2008, a t-il changé de nature en cinq ou six ans, absolument pas. Donc on voit qu’il y a une politique à courte vue, qui n’est pas digne de la France, mais qui est une réalité. Je ne peux pas analyser autrement les choses.

    Il y a toute fois un facteur supplémentaire, on ne peut jamais analyser la crise syrienne en tant que telle, il y a toujours d’autres renseignements comme dans toute crise internationale et que derrière la Syrie, il y a l’Iran. Et les Français et quelques autres considèrent depuis le début de la crise syrienne, que faire chuter le régime de Bachar Al Assad affaiblirait considérablement l’Iran, or en réalité la France a une volonté particulière d’affaiblir et de mettre à genoux les Iraniens, les faire capituler sur le dossier du nucléaire. Je vais vous citer un exemple: “Genève 2” était un cadre qui était refusé par les rebelles, les insurgés et la coalition nationale. Mais à l’époque où Lavrov et Kerry ont publiquement lancé cette initiative, la France dans les heures qui ont suivi a fait savoir qu’elle soutenait cette idée, mais qu’elle s’opposera à la présence de l’Iran. Et c’est une absurdité absolue, c’est une erreur totale, ça montre l’inconsistance politique de certains politiques français, comment peut ont imaginer régler le dossier Syrien, sans une participation politique active de l’Iran? Une partie des pays occidentaux perçoivent le dossier syrien à travers le prisme iranien.

     

    N’a t-on vraiment pas tiré de leçons du conflit Libyen ?

     

    L’histoire est parsemée d’interventions, qui se sont soldées par des échecs, ce qui ne signifie pas que les états ou les responsables politiques en tirent des conclusions. Est-ce que le Vietnam et la défaite cuisante des Etats Unis, les a empêché d’intervenir en Irak quelques années plus tard. On avait prévu les conséquences que ç allait avoir en Irak, on savait que ça allait déstabiliser le pays, que ça allait amener le désordre et l’instabilité. On constate une sorte d’incapacité de certains états ou de certains responsables politiques, de ne pas tirer les leçons qui s’imposent avant de se lancer dans des opérations militaires. De ceux qui ont soutenu l’intervention en Lybie, est-ce qu’il y en a qui ont tiré des leçons réelles. Kadhafi n’était pas un personnage très sympathique, mais la situation de la Lybie est probablement pire que ce que c’était à l’époque de Kaddafi. Est-ce que les choses vont se stabiliser? Oui tôt ou tard, mais je crains que la Lybie soit dans une situation d’anarchie et de chaos pour de nombreuses années encore. C’est donc un bilan d’intervention complétement négatif. La courte mémoire des dirigeants politiques, c’est une donnée de l’histoire, regrettable, mais c’est ainsi.

     

    Est-ce que la Syrie, par rapport à la Lybie ne serait pas une vraie puissance militaire? L’intervention dans ce cas là ne serait-elle pas beaucoup plus difficile qu’en Lybie?

     

    Ca c’est clair et net. On ne peut pas comparer les deux états militairement, parce que le régime de Bachar Al Assad a montré sa capacité de résistance, son opiniâtreté et son efficacité militaire, parce que le régime de Bachar Al Assad qu’on le veuille ou non il a une base sociale et c’est ce que ne comprennent pas les dirigeants français. Si ce régime Syrien n’avait pas une base sociale il aurait dégagé depuis longtemps. Ce régime bénéficie du soutien d’une base sociale de gens qui ont en Syrie tellement peur que les djihadistes ou les extrémistes prennent le pouvoir, qu’ils préfèrent rester derrière le régime de Bachar Al Assad, ça c’est la première chose. Ce régime si il serait attaqué il ne laisserait pas faire, si par exemple il y avait des bombardements aériens, l’armée syrienne possède de l’armement anti-aérien, qui est du matériel russe, matériel efficace, les bombardements seraient moins paisibles pour la chasse Françaises ou Américaines? De plus qu’est ce que fera le Hezbollah, dont on sait qu’une partie combat avec les troupes de Bachar Al Assad, est-ce qu’il ne va pas se tourner également vers Israël ? Tout ça est bien compliqué et rend la situation bien plus volatile qu’elle ne l’était en Lybie. Donc là il faut savoir mesurer précisément.

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