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    Oradour-sur-Glane : un message de paix des présidents allemand et français

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    Joachim Gauck, le Président allemand, et François Hollande se rendent aujourd’hui dans le village martyr d’Oradour-sur-Glane.

    Ce village a été le théâtre du plus grand massacre de civils qu’ait connu la France pendant la Seconde Guerre mondiale, le village a été littéralement rasé par une division SS en route pour le front de Normandie faisant 642 morts, dont 205 enfants. La visite d’aujourd’hui est historique, c’est la première fois que ce village de la Haute-Vienne va accueillir une personnalité allemande depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour le président Français cette visite est un symbole : « symbole d’une histoire, d'un passé qui se regarde en face, d'une vérité qui doit être dite, prononcée, proclamée, reconnue encore en présence des familles, mais aussi des survivants ». Claude Milord, Président de l’association nationale des victimes d’Oradour, considère lui aussi que cette visite est extrêmement importante et espère que l’histoire d’Oradour servira de leçon au monde entier pour que de tels actes ne se reproduisent plus jamais :

    Vous êtes président de l’association nationale des victimes d’Oradour, que représente pour vous cette visite franco-allemande à Oradour ?

    « C’est un événement très important, c’est une nouveauté qu’un président de la République fédérale d’Allemagne vienne à Oradour et au coté du chef de l’Etat Français, le président François Hollande. C’est une manière de rendre hommage aux martyrs d’Oradour, et aussi du coté de l’Allemagne c’est une reconnaissance officielle de ce qui c’est passé le 10 juin 1944, à propos du massacre de la population d’Oradour-sur-Glane. Cette venue d’un président allemand, il faut la voir dans le cadre d’une visite de chef d’Etat dans le cadre du traité d’amitié franco-allemande et ça contribue à donner un aspect constructif et positif pour l’avenir pour la paix et pour porter le message d’Oradour, pour que plus jamais de telles tragédies ne se reproduisent. »

    Vous avez dit que l’Allemagne est prête à reconnaître ce massacre comme un crime de guerre ? La France l’a déjà fait sous Nicolas Sarkozy, est-ce que l’Allemagne va le faire officiellement ?

    « Nous, c’est ce que l’on attend de cette visite. Je ne connais pas la teneur des discours des deux présidents mais ce sont des paroles fortes que l’on attend dans le soutien aux victimes, dans les souvenirs et l’hommage aux martyrs et aussi de la part de l’Allemagne une reconnaissance du massacre du 10 juin 1944. Par rapport aux familles, c’est un ressenti encore douloureux et c’est vrai que c’est difficile pour beaucoup d’entre nous, mais nous avons la volonté de décrisper cette situation et que l’Allemagne et la France se parlent à nouveau au sujet d’Oradour, ce qui ne s’est pas fait pendant des décennies. »

    François Hollande a déclaré que les relations franco-allemandes ne seront pas possibles sans vérité historique. Est-ce qu’il y a un autre moment historique à part Oradour auquel vous pourriez penser ?

    « La France de Jacques Chirac a reconnu le drame du Vélodrome d’hiver (veld’hiv). L’Etat français avec l’Algérie a certainement des efforts à faire pour reconnaître ses implications. De la part de l’Allemagne, c’est ce qui nous concerne essentiellement avec Oradour, en France cet événement a été qualifié de crime de guerre. En France il y a prescription pour les crimes de guerre, ce qui n’est pas le cas en Allemagne, il va y avoir un procès après une étude qui est en cours. Je ne sais pas si ce procès aboutira, mais ils ont la volonté de rechercher et de punir des criminels qui jusqu’alors étaient impunis, c’est donc une bonne chose, même si l’on va juger les personnes qui sont très âgées. Mais tout ce qui peut apporter à la vérité et à la justice est un objectif que l’association des familles des martyrs soutient. »

    Qu’est ce que cette visite représente sur une échelle plus globale ? On parle de la France et de l’Allemagne, mais à un niveau européen est-ce que cela exerce un impact ?

    « Le premier impact c’est que le message d’Oradour soit porté, pour que des Ouradours il n’y en ait plus dans le monde. Malheureusement on se rend compte qu’il y en a toujours et il y en a eu dans un passé assez récent et pas si loin de chez nous avec la Bosnie, le Kossovo, quand on voit ce qui se passe aujourd’hui en Syrie. Quel est le message que veulent faire passer nos dirigeants aujourd’hui en venant à Oradour aujourd’hui ? Il leur appartiendra d’utiliser ce message pour faire vivre la paix et c’est un objectif commun et que plus jamais de tels drames ne se déroulent dans l’avenir. Malheureusement on ne sait pas si le message d’Oradour est bien entendu partout. Chacun doit participer et porter cette mémoire et surtout que l’on n’oublie pas les 642 victimes du massacre d’Oradour. » T

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