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    Espionnage US en France : « la faute, c’est de se faire prendre »
    © Collage: La Voix de la Russie

    Espionnage US en France : « la faute, c’est de se faire prendre »

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    Ce lundi, le journal le Monde a révélé que les écoutes téléphoniques opérées par l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) en France revêtaient une dimension massive.

    En l’espace de 30 jours, entre décembre 2012 et janvier 2013, la NSA a effectué 70,3 millions d’enregistrements de données téléphoniques de Français. Les politiques français se sont tout de suite indignés, le Président de la République Française François Hollande a parlé de « pratiques inacceptables ». Nicolas Arpagian, directeur scientifique du cycle « Sécurité Numérique » à l' Institut National des Hautes Etudes de la Sécurité et de la Justice (INHESJ), considère qu’il n’y a rien d’anormal dans le comportement des Américains, que c’est une pratique courante et que la surprise est plutôt que cette pratique a été dévoilée au grand jour :

    La Voix de la Russie. Il y a eu des nouvelles révélations sur les écoutes téléphoniques en France, est-ce quelque chose d'exceptionnel ?

    Nicolas Arpagian. C’est l’illustration de la concurrence qu’il y a entre des Etats qui peuvent être des alliés politiques, mais surtout des compétiteurs économiques et diplomatiques. Donc effectivement, il n’y a rien de surprenant à ce qu’il y ait cet espionnage, cette interception des moyens de communication. Cette publication n’est par une révélation, il est logique que des Etats cherchent à savoir ce que préparent leurs alliés, même s'ils sont diplomatiquement des partenaires, ce sont également avant tout des compétiteurs.

    LVdlR. Mais pourquoi cette indignation alors ? C’est du théâtre à votre avis ?

    Nicolas Arpagian. Ce qui est toujours désagréable, c’est d’avoir la preuve de cet espionnage. La caractéristique du métier du renseignement, ce n’est pas tellement d’espionner, mais c’est de se faire prendre. Avec les documents fournis par monsieur Snowden, on a la démonstration, la présentation du mode opératoire et également l’ampleur du dispositif. Par contre, la France a choisi de convoquer l’ambassadeur américain à Paris, reçu par le directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères français, ce n’est pas une remontrance de très grande intensité. Il y a peu de raisons qu’il y ait beaucoup de communication sur le sujet, puisque les Américains ont considéré que c’était une démarche légitime de leur part dans le cadre de la sécurité nationale des Etats Unis.

    LVdlR. François Hollande a parlé d’une sorte de règle qui pourrait contrôler toutes ces pratiques, est-ce que vous pensez que c’est possible ?

    Nicolas Arpagian. La difficulté pour la majorité des Etats européens, c’est qu'ils n'utilisent que cette technologie, les technologies diffusées par Google, Linked In, Microsoft ou IBM. Nous sommes dans une situation où nous ne sommes que de simples utilisateurs. Les entreprises américaines ont choisi d’appliquer la loi américaine et on est là sur des sujets qui touchent à la sécurité nationale, donc effectivement la donnée privée risque d’être malmenée face à cette justification affichée de sécurité nationale.

    LVdlR. Quand vous parlez de sécurité nationale, où est la limite entre les besoins de la sécurité et le reste ? 0n a vu que dans le programme PRISM, ils surveillaient non seulement des gens potentiellement suspects, qui pouvaient commettre des actes de terrorisme, mais qu’ils surveillaient aussi des hommes politiques…

    Nicolas Arpagian. Et surtout ils surveillaient des correspondances d’entreprises. Et là on s’aperçoit que les gouvernements occidentaux dans ces dernières années ne sont jamais tombés ou ont été renversés pour des questions de politique internationale, ils ont toujours été mis en difficulté lors des élections à cause de la conjoncture économique et des résultats. Ca conforte l’idée que l’économie fait partie de la sécurité nationale et aux Etats Unis on considère que la défense des intérêts économiques fait pleinement partie des intérêts stratégiques et donc il est naturel aux Etats Unis de mettre à disposition des entreprises l’appareil de renseignement. Cet argument de la sécurité nationale parmi les composantes de celle-ci il y a également la sécurité économique. La seule chose c’est que ça oblige les états à admettre qu’ils sont bien concurrents économiques entre eux et que même si ce sont des partenaires diplomatiques, militaires, on voit bien que quand on parle d’économie, quand on parle d’emploi, là c’est chacun pour soi et la seule faute c’est de se faire prendre. T

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