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    L’apprentissage - entre l’exigence et le plaisir
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    L’apprentissage - entre l’exigence et le plaisir

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    Qu’est-ce que plus efficace dans l’apprentissage scolaire – la rigueur ou la motivation et le plaisir ? Cette question hante des esprits depuis toujours.

    La chaine M6 en a même fait son fond de commerce : pupitres en bois, uniforme obligatoire, instituteur sévère équipé d'une règle pour les élèves récalcitrants ont peuplé les petits écrans à l’occasion d’une émission « Retour au pensionnat à la campagne » Douze garçons et filles âgés de 12 ans à 15 ans ont tenté l'expérience de vie sans ordinateurs, smartphones ni Facebook. Soumis aux règles strictes d'une éducation qui a disparu, ils ont essayé de décrocher le certificat d'études sur les bancs de l'école style « années 1950 ».

    Mais, finalement, s’agit-il de la question de pure forme ? L’exigence et la rigueur permettrons-t-ils de « remplir » l’élève de connaissance contre son gré ? Quelle attitude doit avoir le professeur face à l’élève pour obtenir les meilleurs résultats ? Nous avons posé ces questions à Christine Caillon, professeur agrégé du russe au Lycée Henry IV à Paris

    LVDLR. Est-ce qu’il existe un style de comportement entre l’enseignant et l’élève dans l’école française? Est-ce qu’il y a une sorte de méthode pédagogique qui soit propre à l’enseignement français ?

    Christine Caillon. C’est difficile de dire qu’il y a une méthode qui soit commune à chaque enseignant français. Je pense que cela dépend beaucoup du lieu où l’enseignant se trouve, du lieu où l’enseignant travaille, et, donc, des élèves qui sont en face de lui. J’ai connu deux types de situations. Elèves de Seine-Saint-Denis, un auditoire peu favorisé, mais qui étaient à l’époque très intéressés. Je pense que les choses ont évolués, et maintenant ce serait plus difficile pour moi de travailler dans Seine-Saint-Denis que cela a été. J’y été jusqu’à 1996, pendant vingt ans, ça se passait tout à fait bien. Actuellement, j’ai devant moi des jeunes gens qui viennent du milieu intellectuel, plutôt concernés par le travail intellectuel, par l’apprentissage.

    Je ne pense pas qu’on puisse parler d’un « style », je crois qu’il y a des différents enseignants, des différents types de comportement par rapport aux élèves. Moi, personnellement, j’ai une grande exigence dans ce que j’attends des élèves qui apprennent. Je pense que pour être exigent, il faut montrer l’exemple. L’enseignant doit montrer l’exemple, doit être lui-même rigoureux, lui-même exigent envers lui-même, pour exiger ensuite le travail de ses élèves.

    Il y a aussi la question d’environnement des parents. C’est-à-dire : si les parents croient à l’école ou pas. Là, les parents qui ont mis les enfants dans mon établissement, croient à l’école, croient aussi à l’effort, je suppose, et à des études exigeantes.

    LVDLR. Depuis les années 60, plus exactement, depuis le 68, quand il a eu le revirement du style (de l’enseignement)… Cela concernait surtout l’école supérieure, bien entendu. On me racontait que le professeur venait habillé en quasi-uniforme, boutonné jusqu’au cou. Il disposait un cours et repartait. Il n’avait aucun lien affectif avec ses élèves. Est-ce que vous pensez que cette période du changement vers le « laxisme » et plus grande souplesse de comportement avec l’élève est finie ? Qu’on a compris qu’il vaut mieux être rigoureux et travailler, plutôt qu’essayer de trouver l’« amitié » de l’enfant ?

    Christine Caillon. Je l’ai connu en tant qu’élève. En 68, j’étais élève. C’est vrai que les rapports étaient très froids. Ils étaient assez éloignés entre les enseignants et les élèves. Il a eu « réaction » à cette période, mais cela parait loin maintenant. On n’a plus du tout de rapports de « copinage » avec des élèves, pas du tout. On a des rapports d’exigence, des rapports, surtout, de transmission - là, où je me trouve, dans cet établissement. Une transmission d’un savoir. Les élèves ont envie de recevoir. Je crois aussi, c’est important que ce « savoir » soit adapté aux élèves sans aucune démagogie. J’essaye de trouver un moyen terme entre cette exigence et que l’élève ait du plaisir à apprendre. Mais ce n’est pas du tout pour ça qu’on doit se comporter d’une manière démagogique, c’est-à-dire, de se plier uniquement aux intérêts de l’élève.

    Il faut lui transmettre l’intérêt.

    LVDLR. J’ai connus l’école d’enseignement du française qui a donné, j’ose dire, de bonnes résultats, je maitrise le français… Est-ce que dans l’apprentissage des langues en France existent des méthodes qui permettraient d’avoir ce plaisir à apprendre la langue sans oublier le coté quasi-mécanique d’apprentissage du vocabulaire nécessaire ?

    Christine Caillon. C’est ce que j’appelle « l’adaptation » Par exemple, l’adaptation aux moyens technologiques qui nous sont offerts. J’essaye d’utiliser, par exemple, des vidéos. On essaye de développer l’oral. Jusqu’à présent, l’enseignement des langues en France est très sanctionne par l’écrit. Il y a peu de travail d’écrit et pas assez de travail oral. Maintenant, on a des exercices de compréhension orale qui sont sanctionnés. On leur fait écouter des enregistrements, c’est très précis : on fait comprendre le contenu, et exposer en français, c’est pour tester la compréhension. On essaye d’utiliser tout ce qui nous est donné à l’Internet : des vidéos, des images à commenter, des petits films courts, des émissions aussi. Je crois que ça aussi motivé beaucoup des élèves. Ce qui n’empêche pas qu’on garde des épreuves écrites aussi.

    LVDLR. Ainsi, la réponse à la question posée au début n’est pas évidente. Qu’on passe du par cœur à la découverte, qu’on remplace l'effort individuel par le travail collectif, qu’on dévie des dictées d'une page à des textes de cinq lignes, qu’on annule les notes et instaure les observations pour ne pas «stigmatiser» les mauvais élèves… tout n’est pas juste la question de la « forme » d’enseignement.

    Une chose doit rester inchangé, le fond : la soif de connaissance du disciple et le cœur généreux du Maitre.

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