Ecoutez Radio Sputnik
    Le film Stalingrad
    © Photo : KinoPoisk.ru

    La Semaine du film russe à Paris

    Analyse
    URL courte
    0 20 0 0

    La 11ème Semaine du film russe se déroulera du 13 au 19 novembre 2013 à Paris. Les films sont sous-titrés en français. Les rencontres avec les réalisateurs sont traduites. La Semaine du film russe est un projet européen de la direction russe des festivals internationaux « Interfest ».

    Le producteur général de la Semaine du film russe à Paris Renat Davletiarov est réalisateur et président de la Guilde russe des producteurs. Notre correspondante Ioulia Pavlova s’est entretenue avec Renat Davletiarov au sujet du festival et concernant les problèmes du cinéma russe d’aujourd’hui.

    Renat Davletiarov.La Semaine du film russe à Paris fête cette année son onzième anniversaire. Le début a été exotique : un coup de téléphone du bureau de Pierre Cardin, initiateur de la Semaine. Arrivés à Paris, nous étions étonnés d’avoir vu personnellement Pierre Cardin. La Semaine a eu un grand succès pendant cinq ans mais ensuite la coopération avec le bureau de Pierre Cardin s’est interrompue pour plusieurs raisons. Nous projetons maintenant les films à la salle « L’Arlequin » Rue de Rennes. Ils font toujours salle comble et la moitié des spectateurs revient pour la part des Parisiens russophones.

    La Semaine du film russe à Paris n’est pas un événement exceptionnel. Nous engageons de telles manifestations à New York et à Berlin. C’est la coopération culturelle.

    La Voix de la Russie. En ce qui concerne le programme de cette Semaine du film ruse à Paris, qu’est-ce qui intéressera le plus, à votre avis, le public français ?

    R.D. : Je ne réponds jamais sans ambages à de telles questions parce que nous présentons les films avec leurs auteurs pour engager ensuite une discussion. Ce n’est pas un festival, nous voudrions offrir une sorte de panorama du film russe, la diversité des genres. Nous projetons des films tout différents : depuis Le géographe a bu son globe d’Alexandre Veledinski jusqu’aux comédies. Ces films me sont chers, tous, parce que leurs auteurs consentent à se rendre avec eux à Paris. Nous les sélectionnons minutieusement, nous n’invitons aucun film par hasard. Une centaine de films sont tournés tous les ans en Russie et nous n’en présentons qu’une quinzaine.

    Il y aura des premières. Nous allons projeter le film de Stanislav Govoroukhine Le Week-end dans lequel il y a des analogies intéressantes. C’est en fait l’écranisation du film de Louis Malle Ascenseur pour l’échafaud. Ces films que nous entendons présenter aux Français ont constitué des événements remarquables en Russie.

    LVdlR : Le film d’Alexandre Veledinski Le géographe a bu son globe ouvrira la Semaine. Veledinski a accordé récemment une interview au journal Troud ayant dit, en particulier, que le film russe contemporain essayait d’atteindre les sommets conquis par le cinéma soviétique. Selon le réalisateur, il existait en URSS une puissante industrie du cinéma qu’il n’y a pas actuellement.

    R.D. : Savez-vous, c’est une impression pour une large part incorrecte. Nous sommes aujourd’hui nostalgiques du puissant cinéma soviétique en envisageant un contexte bien déterminé. Près de 300 films diffusés de temps en temps à la télévision embrassent la période depuis l’après-guerre jusqu’à la désintégration de l’Union soviétique. Les meilleurs films des meilleurs réalisateurs de différents genres : Riazanov, Danelia, Tarkovski, Khoutsiev, etc., sont projetés. On peut avoir l’impression que cet espace historique soit entièrement rempli de chefs d’œuvre. Il n’en est pas ainsi, il y a eu l’immense quantité de galimatias révolutionnaires pseudopathétiques. Plusieurs films soviétiques consacrés, en particulier, à la guerre, étaient faux. Beaucoup de films étaient tournés à l’époque mais ne dirais pas que c’était un cinéma remarquable. Or, il convient d’avouer qu’il y a eu plus de chefs d’œuvre.

    Quelque nostalgique qu’on soit du cinéma soviétique, il n’existe plus, cette industrie n’existe plus. Il ne faut pas oublier que le cinéma russe n’est pas successeur du film soviétique. On était fondé de constater la mort du cinéma soviétique en 1995. Il n’y avait plus de salles de cinéma, il n’y avait plus de films et ce n’est qu’à la fin des années 1990 que cette industrie a été reprise. Il ne restait rien : ni personnel, ni équipement, ni ceux qui savaient le manipuler, ni système de vente de billets. Nous remontons à la fin des années 1990. Bref, nous avons 15 – 20 ans, notre cinéma est jeune. Il faut sans doute être indulgents aux maladies infantiles …

    Je suis en train de tourner un nouveau film et je suis de moins en moins optimiste. Il existe des problèmes liés au personnel peu qualifié : il est impossible de trouver un spécialiste compétent. C’est un problème sérieux. Le cinéma prescrit aujourd’hui une approche technologique foncièrement nouvelle qu’il est très difficile d’assurer. Nous avons beaucoup d’équipement importé mais il n’y a que très peu de spécialistes qui pourraient l’utiliser. A mon avis, c’est le problème le plus urgent. Il y a de l’argent, les salles de cinéma sont en voie de construction, les réseaux s’étendent mais on manque de main d’œuvre. Il existe des spécialités exigeant une formation et une qualification appropriées. C’est là un problème non moins important.

    Le public s'est habitué dans le contexte de la mondialisation à percevoir les vidéos et le son d’une haute qualité. On est aujourd’hui au courant de tous les événements, on connaît tous les acquis du cinéma mondial. Le film russe est pour une large part archaïque : il vit indépendamment et ne connaît pas la réaction des spectateurs. J’ai en vue l’industrie et non pas les films isolés. Il est impossible de créer les chefs d’oeuvre de Trakovski en masse, le cinéma étant l’art démocratique, une sorte de balagan, l’immense diversité des genres.

    Plusieurs tendances portent ces derniers temps à l’optimisme. Les films Métro, Le Légendaire N 17, Stalingrad ont été tournés cette année. La comédie Gorko ! a été présentée cette année. Ces films assurent de gros bénéfices même d’après les critères européens. Or, le pessimisme serait infondé.

    Le producteur général de la Semaine du film russe qui commencera le 13 novembre à Paris Renat Davletiarov a fait part de son opinion du cinéma russe.

    Lire aussi:

    À Moscou, les spectateurs russes conquis par le film sur l’Opéra de Paris
    Première en 30 ans: un cinéma à Gaza rouvre ses portes le temps d'une soirée
    Festival international du Film de Moscou: 48h pour un court-métrage!
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik