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« Le coup d’Etat à Kiev fut préparé par l’OTAN ! » T. Meyssan témoigne !

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Les événements en Crimée invitent à un moment de réflexion, car on a du mal à s’y repérer : croire ou ne pas croire en légitimité du pouvoir à Kiev ?

Faut-il ou non interdire le référendum d’initiative populaire de la péninsule de la Crimée qui semble avoir largué ses amarres pour être portée en direction de la Russie en fuite du brasier d’une guerre civile en gestation ? A partir de Damas, Thierry Meyssan, le premier journaliste protestataire de France, nous livre à crû ses impressions sur l’affaire ukrainienne.

Voix de la Russie. L’heure est très grave en Crimée. On se prépare au référendum tandis que les putschistes à Kiev font de leur mieux pour faire envenimer les choses… Qu’en pensez-vous ?

Thierry Meyssan. Pour ce qui est des événements à Kiev, le fait qu’il s’agisse d’un coup d’Etat, il suffit de le regarder pour le constater ! Ces événements ont été préparés pendant de longues années par l’OTAN et par les Etats-Unis, avec l’aide de la Pologne et de la Lituanie pour renverser le régime. L’Ukraine est familière du fait depuis la révolution orange ! Mais là on ne nous a pas rejoué la même partition que pour la révolution orange, on a mélangé à celles-ci des éléments que l’on a empruntés ou déjà expérimenté dans les printemps arabes. Cela est devenu très violent et effectivement le régime a été renversé. Mais il a été renversé d’une manière que les Européens eux-mêmes n’ont pas compris, puisque vu d’Europe, on a pu croire que ce sont les manifestants de la place Maïdan qui ont pris les Palais Nationaux. Or ce n’est pas le cas ! Les manifestants de la place Maïdan occupaient l’esprit et les écrans de télévision pour les Européens et les Occidentaux en général, pendant que d’autres groupes prenaient le pouvoir dans les Palais Nationaux qui sont dans une autre partie de la ville l’essentiel s’étant joué à la Rada c’est-à-dire au Parlement où l’on a contraint le président du Parlement à démissionner, où l’on a séquestré des parlementaires du groupe communiste pour qu’ils ne viennent pas perturber la séance. Il y a eu une quantité considérable des choses perpétrées en violation de la Constitution. Pour ce qui est de la démission du président, il n’y a pas eu de procédure d’empeachment! Il n’y a pas eu de possibilité de contrôle judiciaire ! Il n’y a pas eu la possibilité pour le président de répondre aux accusations dont il faisait l’objet !

Une fois que l’on a constaté que c’est un coup d’Etat, que faut-il donc conclure pour les éléments qui ont lieu ensuite en Crimée ? Si la population des certaines régions de l’Ukraine se retrouve dans ce coup d’Etat, c’est à elle de l’accepter mais on ne peut pas l’imposer à d’autres régions du pays. De ce point de vue, le droit international reconnaît une capacité à l’autodétermination lorsque la composition de la population dans une région est d’une nature complètement différente à ce qui existe dans le reste du pays. C’est ce que l’on a admis au Kosovo cette région ayant fait partie de la Serbie depuis beaucoup plus longtemps c’est-à-dire plusieurs siècles ce qui est loin d’être le cas de la Crimée par rapport à l’Ukraine. Logiquement on doit admettre que le référendum en Ukraine a une valeur légale internationale même si la conjoncture reste conflictuelle.

VDLR. Voyez-vous un certain parallélisme pour l’interventionnisme américain et européen avec ce qui se passa en Egypte, en Libye et Syrie ?

Thierry Meyssan. Il y a énormément de points communs ! Tout d’abord les Etats-Unis n’agissent pas de manière officielle dans ces Etats : ils prétendent que c’est leur opposition représentée par le sénateur Mac Cain qui déclenche les événements. Mais c’est une présentation tout à fait malhonnête ! En réalité le sénateur Mac Cain est, lui aussi, un fonctionnaire du gouvernement des Etats-Unis puisqu’il est le président de l’Institut Républicain des affaires internationales et que celui-ci est une branche de la National Foundation for Democracy qui lui-même fait partie du Département d’Etat contrairement à ce que disent les Etats-Unis. Cela est très facile à vérifier puisque pour le budget des Etats-Unis lorsque le Congrès vote le budget, il vote celui de la National Foundation for Democracy dans le cadre du budget du Département d’Etat et non pas de manière distincte ! En vérité, cet organisme a été créé par le président Reagan de manière conjointe avec ses homologues au Royaume-Uni et en Australie. En réalité Mac Cain est un fonctionnaire à la fois de son propre gouvernement et de l’alliance de son gouvernement aussi bien que de ceux du Royaume-Uni et de l’Australie ! A chaque fois c’est lui qui déclenche les événements ; D’autre part, on peut constater que dans chacune de ces opérations il y a eu des tirs qui ont été faits lorsqu’il y avait des manifestations, attribués au gouvernement… Mais on ne retrouve jamais les tireurs ! Et dans certains ca s on a pu constater que ce sont les mêmes tireurs qui tiraient à la fois sur la foule et sur la police. Il n’y a pas de doute là-dessus : les Etats-Unis pour créer le chaos envoient eux-mêmes des snipers ou recrutent sur place des snipers qui tirent dans les deux camps à la fois ! Et j’attire votre attention sur le fait que les écoutes téléphoniques qui ont été récemment découvertes en Ukraine, montrent d’une manière à peu près évidente que Madame Ashton est tout à fait consciente de cette manipulation. Pour ce qui est de la Lybie, lorsque j’ai fui la Lybie après la chute de Tripoli, je me suis retrouvé dans une embarcation qui prenait le large et les différentes parties au conflit étaient convenues que ce bateau contiendrait des gens issus des différents pays. Il y avait donc à bord 4 Forces Spéciales Italiennes qui venaient de sortir de la prison de Tripoli et qui ont expliqué à bord de ce bateau qu’en fait ils étaient venus au début de ces événements à Bengazi pour tirer à la fois sur la police et sur la foule et provoquer le début de la guerre civile ; Donc chaque fois nous voyons le même scénario à l’œuvre. Mais la nouveauté par rapport aux révolutions colorées qu’on avait vues depuis 1989, c’est ce recours systématique à la violence ! »

Commentaire de l’Auteur. A force de dégénérer, les Etats-Unis sont devenus une vraie plaie de l’humanité - cette ivraie qui gâche la moisson ! La preuve tangible à l’appui est fournie à la fois par la Géorgie où à Tskhinval, ville ossète, les blindés tirèrent sur les Casques bleus russes et les maisons paisibles qui abritaient des enfants ou le cas yougoslave où les Onusiens parquent les Serbes derrière des barbelés sur la terre de leurs ancêtres, au Kosovo. Dans les deux cas il y avait Washington qui se tenait derrière les combattants. Ces extra-continentaux américains qui ne sont pas de notre monde ni de notre histoire européenne régissent l’Europe comme une affaire familiale ayant la haute main en France ou en Allemagne. Alors le jour où la France succombera à son tour aux assauts des énergumènes armés en train de massacrer la Police Nationale, soyez sûrs que sur les toits de Paris seront nichés les tireurs d’élite américains qui sèmeront la pagaille et le désordre.

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