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    L’UE et la Russie, seront-elles partenaires naturels ?

    L’UE et la Russie, seront-elles partenaires naturels ?

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    Notre observateur Igor Yazon propose aujourd’hui à l’attention des auditeurs et des Internautes une interview recueillie par téléphone du Luxembourg auprès de la présidente d’East-West United Bank S.A. (EWUB) Svetlana Fedotova.

    La Banque assure un suivi financier des projets dans la coopération d’affaires Russie-UE. L’article de Svetlana Fedotova « L’Europe et la Russie, seront-elles partenaires naturels ? » publié en mai dans la revue « Toute l’Europe et le Luxembourg » éditée, notamment, en russe dans la capitale du Grand Duché a servi de prétexte pour l’interview.

    Svetlana Fedotova réfléchit dans son article à l’aggravation des relations entre la Russie et l’UE à cause de la crise en Ukraine et aux conséquences éminemment négatives d’un tel refroidissement pour la situation économique dans l’UE. Il est possible que l’ampleur de la coopération soit réduite. Igor Yazon ayant interviewé Svetlana Fedotova pendant près d’une demi-heure vous invite à suivre ses réponses à deux questions … Vaut-il la peine pour nos deux communautés de payer aussi cher les positions différentes sur la crise ukrainienne maniée par la « tierce partie » – les Etats-Unis ?

    A mon avis, non seulement la Russie et l’Europe se posent aujourd’hui cette question mais aussi toute la communauté mondiale car personne ne s’est préparé à une telle évolution des événements au plan émotionnel ni politique, répond Svetlana Fedotova. Il est tout particulièrement intéressant d’y réfléchir parce que tout en étant au cœur de l’Europe, nous apprécions ces événements comme les Russes. Je pense que il convient de constater, dans cet ordre d’idée, que certaines forces se proposent de porter préjudice à la Russie en vue de torpiller son développement. Au plan plus abstrait une question s’impose : de quelles forces s’agit-il, une telle aggravation n’étant pas dans l’intérêt de la Russie ni de l’UE au plan psychologique ni économique. Il faut se demander, en outre, pourquoi ces forces ont choisi ce moment et à qui entendaient-elles infliger leur coup …

    « Je suis financier et entrepreneur, poursuit Svetlana Fedotova, et je pense que le moment pour infliger un coup à l’UE a été très bien choisi. L’UE est menacée de désintégration et une question politique s’impose : comment évoluer. Il est notoire quels partis ont gagné les élections au Parlement européen. Certains de ces partis se prononcent ouvertement pour désintégrer l’UE. Ces tendances sont alimentées par la situation économique compliquée et un lourd fardeau de dettes. Selon cette logique, tous ces événements visent à détruire l’UE.

    Les débats concernant l’élection du président de la Commission européenne accentuent la situation défavorable dans les échelons supérieurs de l’UE. Selon Svetlana Fedotova, l’ex-premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker est la candidature la plus digne à ce poste. « Jean-Claude Juncker a investi pendant 25 ans de sa vie son énergie dans la formation d’un business-modèle du Luxembourg, dit Svetlana Fedotova. Un petit pays européen a réussi à unir les représentants des nationalités différentes et son modèle pourrait être appliqué pour consolider l’UE. Jean-Claude Juncker se prononce pour sauvegarder l’UE unie menacée de désintégration tant de l’intérieur que de l’extérieur depuis ce qu’on appelle la « troisième puissance ».

    Qui perdra et qui gagnera, à votre avis, de l’incompréhension de plus en plus profonde entre la Russie et l’UE dans le contexte de la situation en Ukraine ?

    Les deux parties : la Russie et l’UE seront, malheureusement, perdantes, répond Svetlana Fedotova. Pourquoi ? L’Europe ne saura tenir ferme. En ce qui concerne la Russie, elle est dans une situation favorable. Elle démontre la possibilité de manœuvre. Comme j’ai déjà dit, nous n’étions pas prêts : ni la Russie ni l’UE à de tels conflits. Nous examinons actuellement (dans notre banque) beaucoup de projets économiques intéressants dont l’UE et la Russie ont besoin. La Russie est enfin en renouveau et investit dans les projets intérieurs, dans l’infrastructure. La Russie et le partenaire de longue date de l’UE et de ce fait, nous mettons le cap sur l’Union en offrant l’équipement européen. Ce sont des transactions gigantesques évaluées à un demi-milliard d’euros. Imaginez-vous l’ampleur de ces contrats ! Les compagnies européennes les ont gagnées à l’issue d’une bataille honnête car il y a eu des appels d’offres. Imaginez-vous comment se porte actuellement notre business vu l’imprévisibilité de la situation. Les partis politiques et les autorités de nos pays, quels arguments devraient-ils présenter à leurs businessmen dans le contexte d’une crise très sérieuse qui dure depuis six ans ? La Russie a déjà fait une manœuvre en se réorientant vers la Chine : je le sais très bien parce que notre banque participe au financement de gros projets.

    « La Chine ne pouvait même pas rêver d’un tel bonheur, poursuit Svetlana Fedotova. La Chine est sans aucun doute une partie gagnante. Or, l’Europe est perdante. Il lui est très difficile de livrer son équipement aux Etats-Unis ou ailleurs car il n’est pas compétitif au plan des prix aux produits chinois. L’équipement n’est pas nécessaire pour la consommation intérieure, la production en Europe étant réduite et optimisée impétueusement. Ainsi, l’UE est bien sûr perdante dans tous les aspects. Je pense, de ce fait, que le coup a été envisagé essentiellement sur l’UE. D’où un nouveau paradigme pour la Russie dans ses relations avec l’UE. Quant à moi, je vois au Luxembourg que, par exemple, le business européen n’est pas prêt au plan financier à étudier les variantes avec une autre monnaie alternative à l’euro. Il existe deux variantes. Il est possible que l’UE comprenne ce qui se produit en réalité en Ukraine et revienne avec son business dans le nouveau paradigme des relations avec la Russie. Il sera maintenant pour l’Europe plus difficile de faire concurrence avec les autres. La Russie ne sera plus pour elle le partenaire numéro un. Maintenant le business européen devra évoquer de nouveaux arguments pour prouver ses avantages par rapport aux Chinois et aux autres pays en développement impétueux qui seront ses concurrents. C’est une nouvelle situation et à mon avis, les Européens ne comprennent pas à quel point cette bombe à retardement est dangereuse. J’espère, néanmoins, qu’ils sauront se concentrer sur les intérêts intérieurs et maintenir l’unité de l’UE face au monde extérieur. Les Européens doivent défendre leur modèle social, leur haute qualité de la vie. Il leur faut tout simplement se concentrer et comprendre qu’ils sont visés, qu’ils doivent réfléchir comment conserver tous les acquis enregistrés avec tant de difficultés. Les Européens sont laborieux, ils ont toujours travaillé et maintenant ils se sont rassurés. Or, ils se voient infliger un coup ! Il leur faut s’unir à nouveau et comprendre que c’est un coup infligé à leurs valeurs, à leurs priorités, à leur mode de vie social. Dès qu’ils auront compris ce qui se produit en Ukraine et autour de ce pays, en quoi consiste la différence dans l’attitude de la Russie et des Etats-Unis envers la crise ukrainienne, l’UE saura maintenir son partenariat à long terme avec la Russie. Nous espérons qu’il en sera ainsi.

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