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    Va-t-on restituer à l’Ukraine son statut de puissance nucléaire ?
    © Photo: RIA Novosti/Evgueni Biatov

    Va-t-on restituer à l’Ukraine son statut de puissance nucléaire ?

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    La guerre pour le Donbass, sciemment marginalisée par les médias occidentaux qui dénaturent le scénario pour nous faire croire qu’il s’agit d’une guerre opposant des forces gouvernementales absolument légitimes à une poignée de terroristes à la solde des agents du Kremlin, n’est autre qu’une guerre et contre la Russie elle-même et contre, à terme, l’Europe dans son ensemble.

    Selon Paul Craig Roberts, économiste et journaliste paléoconservateur américain, « la guerre avec la Russie sera nucléaire. Washington s’y est préparé [en abandonnant le traité ABM, en créant ce qu’il pense être un bouclier anti-missiles balistiques et en changeant sa doctrine de guerre pour se permettre d’être le premier à porter le coup nucléaire] ». La sentence a été prononcée et, à moins de vivre dans un monde peuplé de bisounours, on ne saurait s’en étonner.

    La guerre pour le Donbass, sciemment marginalisée par les médias occidentaux qui dénaturent le scénario pour nous faire croire qu’il s’agit d’une guerre opposant des forces gouvernementales absolument légitimes à une poignée de terroristes à la solde des agents du Kremlin, n’est autre qu’une guerre et contre la Russie elle-même et contre, à terme, l’Europe dans son ensemble, première victime des sanctions infligées. Si l’Ukraine finit effectivement par être re-nucléarisée, si l’OTAN installe ses bases militaires un peu partout en Ukraine, si l’idéologie néo-nazie rampante de Kiev prend de l’envergure, il y aura bien de quoi servir les intérêts va-t-en-guerre des USA qui sont prêts à pactiser avec le diable pour relancer leur planche à billets.

    Entre-temps, dans le Sud-Est ukrainien, des gens meurent par milliers. Leur peine est à la mesure de celle qu’éprouvent aujourd’hui les Irakiens ou les Syriens, persécutés au nom d’un seul et même système. Et le dénouement semble encore bien loin.

    Je soumets à votre attention ce nouveau témoignage d’Alexandre Sivov, journaliste habitant Odessa.

    La Voix de la Russie. Pouvez-vous décrire en quelques mots la situation dans le Donbass et dans la ville dans laquelle vous vous trouvez actuellement, c’est-à-dire Odessa ? Y-a-t-il une certaine dynamique, positive ou négative ?

    Alexandre Sivov. On peut diviser cette question en deux parties.

    D’une part, dans le Donbass, maintenant, c’est la guerre. C’est une guerre conventionnelle d’une grande intensité. La situation dans la bande de Gaza tant décriée dans les médias est un jeu d’enfant en comparaison avec ce qui se passe dans le Donbass. Pas certains points, on peut même comparer le Donbass à Verdun pendant la Grande Guerre. C’est le pilonnage total, par l’artillerie, les roquettes, l’aviation. Sur les 6,5 millions d’habitants du Donbass, la moitié est en fuite, pas pour des raisons spécifiquement ethniques mais tout bonnement parce qu'on ne peut pas vivre en zone de guerre.

    D’autre part, à Odessa, tout est tranquille, tout est « écrasé »…

    LVdlR. « Ecrasé » ? C’est-à-dire ? La liberté de parole ? Les mouvements protestataires?

    Alexandre Sivov. Oui, bien sûr. Il y a quelques jours je me suis rendu en centre-ville. On y croise des membres du Praviy Sector, des garçons en uniforme défilant en plein centre ... Tout est sous contrôle, même internet. Le moteur de recherche Yandex russe aboutit à Yandex ukrainien et aux nouvelles de Kiev.

    La VdlR. Dans la rue, peut-on se permettre de parler russe ou est-ce presque interdit maintenant ?

    Alexandre Sivov. Oui, on peut se permettre de parler russe dans la mesure où il y a un certain pluralisme, un pluralisme de type fasciste qui a existé même en Allemagne pendant le III Reich. Il y avait encore des bribes d'expression artistique, un semblant de liberté surtout entretenu pour donner une certaine image, plutôt potable, du régime nazi. On pourrait notamment établir un parallèle avec Paris sous l'Occupation.

    LVdlR. Ces derniers temps, on entend parler du fait que le parti nationaliste Svoboda entend restituer à l’Ukraine son statut de puissance nucléaire. Un expert britannique que j'avais contacté il y a peu m’avais dit ne pas en avoir entendu parler. Or, si cette intention a bel et bien été formulée, peut-on à votre sens la prendre au sérieux ?

    Alexandre Sivov. Je peux dire que la situation pourrait même être pire que celle que vous décrivez. Il s'agit d'un discours connu depuis plusieurs années et qui est à l'origine celui de M. Simonenko, le dirigeant du Parti Communiste ukrainien. J’ai moi-même entendu, me trouvant à Odessa, que 200 têtes nucléaires appartenant à l'époque à l’Ukraine n’ont pas été remises à la Russie. C’est un discours assez connu. La Russie dit que ce n’est pas vrai, qu'il est question d'une erreur statistique. Mais, j'insiste bien, ce discours existe.

    Un de mes amis, un journaliste assez connu à Paris qui travaillait comme pigiste au Monde, a vécu quelques années à Odessa. Je ne donnerai pas son nom, vous m’en excuserez. Il m’a dit que dans les milieux journalistiques parisiens très informés, on savait très bien que les Américains, pendant le démantèlement de l’URSS, se sont procurés auprès des généraux ukrainiens deux têtes nucléaires pour les soumettre ensuite à une expertise aux Etats-Unis. Cela signifie en fait qu’on a littéralement volé deux têtes nucléaires sans que la Russie ne réagisse. J’ai une question : si deux têtes nucléaires ont disparu, pourquoi ne pas supposer que les autres aient également disparu ? Il y a des rumeurs, des déclarations selon lesquelles quelque chose est resté. Personne ne sait si c’est de l’info ou de l’intox. Mais d’un autre côté, la problématique des têtes nucléaires en Ukraine n’est pas tout à fait claire. Même si en effet elles existent, les activer est une autre affaire. Néanmoins, les revendications de Svoboda sont à prendre au sérieux dans la mesure où, justement, elles révèlent indirectement l’existence de ces têtes sur le territoire ukrainien.

    LVdlR. Comment auriez-vous qualifié l’état « moral » de M. Porochenko, notamment face à la résistance du Donbass qui continue à tenir et qui manifestement va tenir jusqu’à la saison froide ? A-t-on l’impression que le président ukrainien est « démoralisé »?

    Alexandre Sivov. Je vais dire quelque chose que personne ne dit. Un de mes amis m’a dit « Regarde attentivement M. Porochenko, regarde dans ses yeux, il a dans son regard quelque chose de malsain». Il est un peu malade, pas au sens politique, mais au sens médical. Ca peut expliquer, en partie au moins, la situation au Donbass, avec toutes ces attaques incessantes de l’armée ukrainienne qui persistent sans aboutir à aucun succès. On se croirait dans un cercle vicieux. Ce n’est pas une opération normale mais un carnage dont l’armée ukrainienne est l’une des premières victimes puisqu’elle subit beaucoup plus de pertes que les insurgés. Partant de ce constat, comment ne pas se poser des questions sur l’état de santé mentale de M. Porochenko ?

    LVdlR. Si j’ai bien compris, en tout cas dans le contexte de vos réponses, l’avenir de ce que j’appellerais la « Résistance » du Donbass vous rend donc assez optimiste ?

    Alexandre Sivov. Il faut dire ouvertement que le conflit ethnique et linguistique (celui qui tournait initialement autour du statut de la langue russe) a été largement dépassé. Au Donbass, on assiste à la plus grande insurrection de gauche citadine en temps de paix depuis la Commune de Paris. De par ses dimensions et son influence mondiale, c’est la Commune de Paris du XXIème siècle. Sauf que ladite insurrection commence à prendre une tournure de plus en plus internationale et, dans une optique essentiellement politique, oui, je pense que cette insurrection pourrait être un succès ».

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