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    Un monument de Jean-Paul II ouvert à Paris
    Photo : Paul Kostka © Mission Catholique Polonaise de France

    Un monument de Jean-Paul II ouvert à Paris

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    La statue de bronze de Jean-Paul II, haute de plus de 3 mètres, offerte par le sculpteur russo-géorgien Zourab Tsereteli, qui attendait depuis plus de 4 ans de trouver une place accueillante dans Paris, est inaugurée le 25 octobre dans le square Jean-XXIII, au chevet de la cathédrale Notre-Dame.

    C’est un dénouement heureux d’une longue attente et d’une suite conséquente de démarches officielles de la Mission Catholique Polonaise de France auprès de la Mairie de Paris. La Maire de Paris, Anne Hidalgo, est restée très discrète sur la question, et nous n’avions pas pu obtenir son commentaire. Quand à Monseigneur Stanislas Jez, recteur de la Mission et initiateur de cet évènement, il a accepté immédiatement de nous raconter le détail d’un long périple de la statue du Pape à travers les méandres de la bureaucratie française vers sa place définitive sur la place publique dans la capitale.

    Stanislas Jez. On a proposé plusieurs solutions aux autorités administratives de la Ville de Paris, en commençant par les Champs de Mars, où le Pape a réuni et rencontré beaucoup des jeunes et d’adultes à plusieurs reprises. On a proposé [l’emplacement] devant l’UNESCO, on en a proposé un devant l’Eglise polonaise, et d’autres endroits différents. En ce que concerne les Champs de Mars, on m’a répondu que là-bas - c’étaient les Etats généraux de la Révolution française… J’ai rappelé que l’Histoire de la France commence non par la Révolution, mais par le baptême de Clovis. On a eu beaucoup de discussions pour ce Pape qui appartient à l’Humanité, à la culture générale, puisse être installé dans la capitale de la France.

    La Voix de la Russie. Comment est-ce possible que l’installation de la statue du Pape Jean-Paul II qui est non seulement sanctifié, mais était également le chef de l’Etat de Vatican, suscite tant de controverses ? Si on fait un petit pas en arrière, on se souvient de la même statue, offerte par Zourab Tsereteli à la ville de Ploërmel qui a suscité une discussion autour. Il existe toujours, jusqu’à présent, un « Comité contre la statue du Pape » qui « lutte » contre la statue… Comment on arrive à discuter en France autour d’une telle personnalité historique importante ?

    Stanislas Jez. Il n’était pas seulement le chef de l’état Vatican, mais le Pape. A partir du moment qu’il s’agit d’un homme de l’Eglise, comme on me l’a expliqué, on entre dans le domaine du religieux. Dans un pays où il y a la séparation de l’Eglise et de l’Etat, on « évite »… Bien que, ce n’est pas vrai, il y a beaucoup de statues des Saints et des religieux un peu partout en France.

    Mais, maintenant, avec les nouveaux pouvoirs en France, on essaye de reléguer encore d’avantage tout ce qui est religieux dans la vie privée des gens. C’est pour cela qu’il y a eu des discussions à ce sujet. Le Président précèdent parlait de la « laïcité positive », c’est-à-dire qu’il n’y aurait pas de la persécution de l’Eglise ou de discrimination de l’Eglise. Actuellement, j’ai l’impression de temps en temps, qu’à la Mairie de Paris où on fête le Ramadan, ils ne voudront, par exemple, aussi fêter Noel ou la Fête de Pâques. C’est aussi le problème de la politique générale de l’Union Européenne qui est antichrétienne.

    LVdlR. J’ai l’impression qu’il s’agit du discours à double vitesse. Récemment, lors de mon passage à Troye, j’ai observé les drapeaux républicains tricolores sur les façades d’églises. Très étonnée, j’ai posé la question à un chanoine d’une église. Il m’a expliqué que les murs appartenant à la municipalité, l’Eglise était libre d’y célébrer la messe. De toute façon, les murs appartiennent à l’Etat laïque, avec tous les Saints qui sont installés sur ces murs.

    Stanislas Jez. Vous savez qu’en 1905 l’Etat français a nationalisé toutes les églises et tous les presbytères. Maintenant, normalement, ils sont propriétaires et nous sommes des utilisateurs de ces églises. Par exemple, à Paris, on vient de rénover notre église, et on voit comment l’Etat s’occupait des églises… Heureusement, on a trouvé un sponsor privé. Ils ne prennent pas en charge leurs engagements, [qu’ils ont pris] en nationalisant des églises. C’est la situation actuelle, d’autant plus qu’il y a beaucoup d’églises qui ont besoin des réparations. Les églises construites après 1905 sont la propriété de l’Eglise.

    LVdlR. Pouvez-vous dire deux mots comment et où ce monument est installé ?

    Stanislas Jez. Entre la Cathédrale et la Seine, il y a un Square Jean-XXIII, c’est dans ce lieu central - pas derrière la Cathédrale - on a cette statue très visible pour les gens qui passent.

    La Cathédrale [Notre-Dame] est le monument historique le plus visité de Paris, même avant la Tour Eiffel, entre 7 et 8 millions de touristes y passent. Il y a des chrétiens et des gens simples, les pèlerins de la foi et ceux qui visitent la Cathédrale de point de vue culturel. Ils passent tous dans ce square aussi. C’est un lieu privilégié au cœur de Paris.

    LVdlR. La Mairie de Paris participe à l’ouverture et installation de cette statue?

    Stanislas Jez. Ils nous ont donné la permission : la Mairie et la Préfecture. Sans ça on ne peut rien faire.

    LVdlR. Y participent-ils également d’une manière financière?

    Stanislas Jez. Non. Pas du tout. Rien du tout. C’est entre Monsieur Zourab Tsereteli et nous.

    LVdlR. Vous n’avez pas peur de critiques des « comites des citoyens » ou d’associations comme c’était le cas à Ploërmel? Il y a eu pas mal d’attaques contre la présence de cette statue dans les lieux publics…

    Stanislas Jez. Tous les gens qui connaissaient un peu le Pape Jean-Paul II doivent l’accepter. Mais il y a toujours des fanatiques qui ne prennent pas en considération la dimension planétaire du Pape. Son enterrement l’a démontré : il a eu des chefs d’Etats du monde entier, il y a eu tous les représentants des religions, de tous les mouvements, il a eu des millions de personnes à l’enterrement pour rendre hommage à cet homme qui appartient à l’Humanité avant d’appartenir au Christianisme.

    Vous savez, le chien aboie, et la caravane passe… C’est seulement les gens qui ne sont pas assez intelligents et qui sont intolérants qui n’acceptent pas une pareille personnalité.

    LVdlR. Sur le socle du monument qui est un prolongement logique de la statue, on voit les inscriptions, sur les trois faces. Sur la face on aura l’inscription du nom de Jean-Paul II avec sa date de naissance et les dates du pontificat. Les autres faces : « Frères et sœurs, n’ayez pas peur d’accueillir le Christ. Ouvrez grand les portes a Christ et acceptes ses pouvoirs salvatrices. Christ sait ce qu’il y dans l’homme » Sur d’autres « Non à la guerre, elle n’est jamais une fatalité. Elle est toujours une défaite de l’Humanité. Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon »

    Nous avons interrogé Monsieur Paul Kostka, membre du Conseil de l’Association «Concorde» et responsable de ce projet à la Mission catholique polonaise de France sur les raisons qui ont poussé le sculpteur Zourab Tsereteli à offrir la sculpture à la Mission Polonaise.

    Paul Kostka. Monsieur Tsereteli a dit : « Je suis plein d’admiration pour ce Pape polonais qui par son action a rendu la dignité humaine à des millions d’hommes et de femmes » Et ceci – au niveau universel. Cela concernait non seulement les pays de l’Est, sous la chape du régime précèdent, où les gens était dépourvus de leur personnalité, de la possibilité de dire ce qu’ils pensaient. La même chose se passait ailleurs. Le Pape par ses mots très forts prononcées au moment de son investiture : « N’ayez pas peur » s’est adressé aux gens qui se sentaient oppressés, et ils l’on entendu comme un appel « N’ayez pas peur, montrez que vous existez » je pense que c’était très beau, ce qu’il a dit.

    Nous, les Polonais, nous avons accueillis ces propos [de Zourab Tsereteli ] comme un geste, presque comme une main tendue d’une nation-sœur, avec qui par le passe nous avions eu quelques taches d’histoire sombres. Etant donné que l’Histoire n’est jamais écrite d’avance, nous avons voulu avec Zourab écrire une nouvelle page. Une page d’amitié entre nos deux nations.

    LVdlR. Qu’est-ce que a servi de déclic pour la décision de la Mairie de Paris ? C’est une affaire qui durait depuis quatre ans quand-même…

    Paul Kostka. Oui…. Le déclic c’était un accord qui était donné par un architecte des Monuments Historiques. Lorsqu’on a obtenu cet accord, la Mairie s’est adressé au Préfet, et c’est le Service des espaces verts qui, à son tour a fait une demande à la Préfecture pour avoir l’autorisation. La statue est installée comme un « objet d’art » offert à la Mairie pour mettre dans une place publique.

    LVdlR.On ne souligne pas d’importance autre que ça ? C’est un « objet d’art », c’est tout ?…

    Paul Kostka. Je peux vous dire que s’il y avait d’autres considérations, peut-être nous n’aurions pas attendu quatre ans…

    Commentaire de l’auteur. On ne peut que se réjouir qu’une personnalité imminente du Pape Jean-Paul II trouve son célébration dans un lieu emblématique près des murs de la Cathédrale principale de France. Il n’y ait peut être pas passé sans un coup de grace.

    Reste étonnant quand-même que dans un pays qui doit plusieurs ascensions dans son histoire à, par exemple, Sainte-Jeanne de France ou à Sainte-Jeanne d’ Arc ; qui accueille tout visiteur étranger ou national dans des nombreuses places publiques par des processions des saints en pierre, figées sur les façades des cathédrales majestueuses ; qui continue à donner à ses enfants des prénoms de la tradition chrétienne et de célébrer les messes de baptême, du mariage et d’enterrement… on puisse s’éclipser derrière une sorte d’hypocrisie au quotidien et ne donner l’autorisation pour la statue du Pape Jean-Paul II qu’en la passant pour une « petite forme architecturale ».

    Ceci-dit, il faut être juste : l’inauguration se déroule quand-même en présence non seulement du cardinal André Vingt-Trois archevêque de Paris, mais également d’Anne Hidalgo, Maire de la ville de Paris.

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