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La guerre que les USA ont déclaré à la Russie via le Donbass semble difficile à gagner. D'un côté, pour ce qui est de la position de Vladimir Poutine vis-à-vis du dossier ukrainien, force est de constater que le roi est pat. Laisser tomber le Sud-Est serait trahir. S'investir autrement que sur un plan humanitaire pourrait lui coûter la tête.

Ceci étant, on ne saurait juger de l'état réel de la confrontation en faisant abstraction de l'état — en fait lamentable — dans lequel se trouvent les USA. Ainsi:

— L'influence subversive de Washington s'opérait par le biais des fameuses ONG américaines quasiment interdites en Russie suite à l'expérience malheureuse de la Lybie et de l'Ukraine. Frappées d'anathème, elles ne pourront plus servir les intérêts de leur Maître ce qui affaiblira de toute force son influence.

 

— L'UE craint d'avoir froid. L'abandon définitif du South Stream la rend de facto dépendante de la Russie qui pourrait, dans une logique très dure dictée par le realapolitik, demander à être remboursée. Comme il est clair que Kiev n'est pas capable de couvrir l'intégralité de sa dette gazière et que l'UE a d'autres petits chats à fouetter — la Grèce et l'Espagne n'en sont pas les moindres — le robinet risquerait d'être coupé. En tout cas partiellement. Sachant que l'Ukraine a la fâcheuse habitude de mettre la main sur le gaz destiné à l'Europe, on s'imagine que l'UE sera la première à faire pression sur Kiev pour le forcer à régler ses problèmes dans le cadre d'un consensus et avec le Donbass et avec la Russie. Un crêpage de chignons avec le faucon US n'est pas à exclure. Bien entendu, il est parfaitement improbable que la Russie en vienne à couper le robinet son but n'étant pas de repousser l'Europe. Mais la chantage est toujours possible.

— L'économie américaine est en fort mauvaise posture. Elle s'essouffle au point de succomber à l'implacable course à la primauté qu'elle s'est imposée et qu'elle a imposé au reste du monde après la fin de la II GM. Forte du sentiment de supériorité qu'elle a acquis après la fin de l'URSS, elle n'est pas prête à voir la réalité en face. Certains experts comparent Obama à Gorbatchev, seigneurs de deux Empires déclinants. Tous deux avaient changé de ligne politique en Afghanistan, tous deux ont reçu le prix Nobel de la paix, tous deux parlaient d'engager des réformes fondamentales. Que constate-t-on à l'heure actuelle? la chute du baril sonne le glas de l'industrie des hydrocarbures de schistes US. Le prix minimum du baril est estimé à 80 dollars. Nous sommes bien au-dessous du prix limite. Moins de 20% des gisements d'hydrocarbures de schiste sont rentables. Les sables bitumineux canadiens se sont avérés inexploitables car, là encore, très peu rentables. L'évidence crève la rétine: les spéculations pétrolières manifestement engagées par le couple USA-Arabie Saoudite se retournent progressivement contre le commanditaire alors donc que la Russie tient pas mal le coup vu ses importantes réserves de change, son excédent budgétaire et le fait qu'il n'y ait pas d'interdépendance abolue entre le prix du baril et la valeur du rouble.

— Initialement, les USA comptaient sur une répression par la force — quel que soit son prix — des émeutes dans le Donbass. La fin des opérations avaient été fixées à septembre 2014. Nous sommes en janvier 2015, l'insurrection remporte victoire sur victoire, progressant sur toute la ligne de front. Porochenko n'a pas remplis la mission qui lui avait été confiée quant à l'oncle Sam avec ses soldtas US et ses instructeurs otanesques, remarquons qu'ils se manifestent assez tard. L'aide finnacière de Washington est d'une façon générale très insuffisante avec une nette tendance à la diminution des derniers temps. Perdants en Syrie, les USA semblent l'être également en Ukraine.

Le temps, est-il à la désillusion pour une hyperpuissance qui depuis presque 70 ans ne se conçoit que comme telle? Certainement.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Ukraine, États-Unis, Russie
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