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La crise financière en Grèce (237)
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A peine arrivée au pouvoir, le parti grec Syriza s'est mis à réaliser les plus audacieuses de ses promesses électorales en se fixant comme cible principale la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) le symbole de tout ce qu'il y a de plus « austéritaire ».

Actuellement en grande tournée en Europe, le Premier ministre et le ministre des Finances grecs cherchent à persuader les pays partageant la même monnaie que les mesures d'austérité imposées par la Troïka ne servent qu'à étouffer le pays qui est déjà au bout du souffle. Qui plus est, cet attelage des créanciers est un organisme dont la légitimité est très discutable. Dans une interview à la radio Sputnik, l'économiste français, membre des Economistes Attérés David Cayla a fait remarquer que la Troïka était toujours un ensemble informel: « La Troïka est ce qu'on appelle une structure ad hoc. Elle a été faite uniquement en contrepartie des prêts accordés par les membres des pays de l'UE. Cette structure n'a en fait pas beaucoup de légitimité puisqu'elle a été construite, en particulier, pour établir un mode de surveillance de la Grèce et des autres pays qui ont demandé de l'aide. On a créé la Troïka pour vérifier, en gros, que l'argent prêté à ces pays en difficulté allait être « utilisé » correctement. Mais il n'y a pas de légitimité démocratique ni institutionnelle: la Troïka ne fait partie d'aucun traité européen ».

Il semble qu'au moins l'un des trois créanciers, la Commission européenne, soit prêt à l'abolition de la Troïka, une refonte de cet organisme étant présenté, au printemps 2014, dans le programme de campagne de Jean-Claude Juncker, avant qu'il soit désigné président de la Commission. Reste à savoir ce que va représenter un tel remodelage et si le FMI et la BCE l'acceptent. Ce que propose actuellement le ministre des Finances grec Yanis Varoufakis, c'est de remplacer la dette grecque (320 milliards d'euros) détenue par la Banque centrale européenne par une dette à durée illimitée. David Cayla est persuadé quant à lui que « c'est une négociation qui, par nature, ne peut être que politique car ça fait longtemps que les investisseurs privés ne détiennent quasiment plus de dette grecque ». La Banque centrale européenne reste tout de même intransigeante face aux propositions d'Yanis Varoufakis. Elle a décidé mercredi soir de suspendre une disposition qui permet aux banques grecques de financer des achats d'obligations grecques. Quelle sera la riposte de la Grèce?

La sortie du pays de la monnaie unique n'est pour l'instant envisagée ni par les autorités grecques, ni par les membres de la zone euro, même si Angéla Merkel ne considère plus le « Grexit » comme un sujet tabou. Une telle issue de l'affaire rendrait tout simplement impossible le remboursement de la dette libellée en euro.

Mais il s'agit de savoir si l'économie grecque dans son ensemble, dans son avenir, dans les 10 ou 20 prochaines années bénéficie de l'euro ou au contraire est-ce que l'euro handicape l'économie grecque? L'économiste français David Cayla considère que l'euro n'est pas une monnaie qui est adaptée à l'économie grecque pour plusieurs raisons. « La première raison c'est que c'est une monnaie dont le cours mondial est indexé sur les performances de l'économie allemande qui est une économie très performante au niveau de ses exportations et qui implique une monnaie forte. Mais un pays comme la Grèce qui a des zones touristiques, qui est sur la compétitivité-coût, aurait, lui, besoin d'une monnaie beaucoup plus faible quitte à dévaluer de temps en temps. Le deuxième souci de la Grèce, c'est que c'est un pays périphérique. Les pays frontaliers de la Grèce sont par la mer le sud de l'Italie, on a les Balkans et puis on a la Turquie qui sont, sauf l'Italie, hors de la zone euro. La Turquie devient une puissance économique assez importante dont la monnaie en réalité est faible. L'euro y pose un problème de compétitivité réelle pour l'économie grecque ».

Quoi qu'il en soit, le défi auquel est confrontée la zone euro est, certes, difficile mais indispensable à relever. Pour la stabilité de la zone euro il est mieux d'avoir la Grèce plus ou moins redressée qu'épuisée et mise à genoux sinon le marché unique risque d'éclater.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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La crise financière en Grèce (237)

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économie, euro, Syriza, Yanis Varoufakis, Grèce
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