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Vers la paix en Ukraine (128)
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Les rencontres « format Normandie » sont à la mode. Après les ententes du Minsk-2, les ministres russe, français, allemand et ukrainien des Affaires étrangères se réunissent à Paris pour discuter la mise en œuvre des accords du 12 février.

Même s'il n'y a pas "d'accord politique" pour condamner l'offensive de Debaltsevo, les ministres sont unanimes que le régime de cessez-le-feu en Ukraine était « dans l'ensemble » appliqué.

Au moment où le "quartet normand" prône une issue pacifique à la crise ukrainienne, le "héros de la fête", Piotr Porochenko, signe une vingtaine de contrats avec les Emirats arabes unis sur la livraison d'armes. N'est-ce pas la meilleure façon de prouver sa détermination à obtenir la paix? Parallèlement, le secrétaire d'Etat américain John Kerry et le premier ministre britannique David Cameron appellent à durcir les sanctions à l'encontre de la Russie. Pourquoi le monde anglo-saxon cherche-t-il à entraver les récentes ententes de Minsk-2? Et combien de rencontres au "format Normandie" suffiront à régler la crise ukrainienne?

Le président ukrainien Piotr Porochenko au salon international de l'armement IDEX 2015 à Abu Dhabi
© REUTERS / Mikhail Palinchak/
Richard Labévière, journaliste et essayiste français, rédacteur en chef de la revue de l'Institut des hautes études de défense nationale Défense (2003 — 2010), nous a décortiqué la situation.

"Au-delà du scellage de cet accord et de son application, il y a un problème ancien qui va demeurer entre l'Europe et les Etats-Unis, d'une part, et la Russie, d'autre part, sur un système de sécurité collective. Cela nous ramène à une ambiguïté, à un péché originel au lendemain de la chute du mur de Berlin et du démantèlement du pacte de Varsovie. A l'époque, il aurait fallu démanteler l'OTAN et remettre à plat un accord de sécurité collective négociée, principalement, entre l'Union européenne et la Russie. Pour de multiples raisons historiques, ce n'a pas été le cas. D'où le malentendu avec un élargissement continu de l'Union européenne et celui de l'OTAN, puisque la plupart des pays anciens membres du pacte de Varsovie, à commencer par la Pologne, ont adhéré à l'OTAN qui, depuis la chute du mur de Berlin, n'a cessé de se redéployer autour de la Russie en répétant que la Russie n'était pas l'objectif et qu'il s'agissait de contenir l'Iran ou la Chine. L'actuel secrétaire général de l'organisation Anders Fogh Rasmussen a dit ouvertement qu'il s'agissait pour l'OTAN de continuer sa politique d'encerclement de l'ancienne zone d'influence de l'Union soviétique, aujourd'hui, de la Fédération de Russie. L'épicentre de la crise ukrainienne remonte à ce malentendu et à cette espèce d'asymétrie entre l'alliance atlantique qui ne cesse de se consolider et de se déployer et la zone d'influence russe qui, depuis la chute du mur de Berlin, a perdu près d'un tiers de son territoire et de sa population.

Je pense que la situation est gelée et que l'Ukraine ne sera jamais un pays de l'OTAN. Il s'agit maintenant d'aménager et de stabiliser cette situation pour éviter une escalade militaire. Il s'agit pour l'Europe de retirer ses sanctions. A moyen et long terme, il faut que les pays européens aient une diplomatie majeure, que celle-ci s'autonomise, prenne une souveraineté et se libère de la tutelle des Etats-Unis pour, enfin, négocier, comme le disait le général de Gaulle, un système de sécurité collective en Europe de l'Atlantique à l'Oural, c'est-à-dire, sans passer par les oukases et les obsessions des Etats-Unis consistant, à chaque fois, à faire avancer les pions de l'OTAN pour consolider leurs avantages stratégiques, économiques, énergétiques, pétroliers et gaziers.

On assiste aujourd'hui à une avancée de la diplomatie britannique qui prône, entre-autres, la livraison d'armes létales à l'Ukraine. C'est tout à fait contraire à l'esprit des accords de Minsk. Classiquement, les Britanniques servent de petits coursiers aux options américaines, pas seulement en Ukraine: on le voit au Proche et Moyen-Orient, même en Afrique. Traditionnellement, leur rôle est de faire ce que les Américains ne peuvent pas faire directement.

Il faut avoir un courage diplomatique et politique pour reprendre et refonder une réelle relation bilatérale non pas entre la Russie et l'Union européenne, qui a une existence économique, mais sur le plan diplomatique. Il faire davantage confiance à des relations bilatérales classiques entre Etat-Etat: Russie-France, Russie-Allemagne, Russie-Grande Bretagne, etc., sur un cadrage westphalien qui demeure bilatéral. Plutôt d'attendre une émancipation de l'Union européenne de sa tutelle et de son agenda américain, la Russie ferait mieux de trouver des partenaires bilatéraux en Europe, à commencer par la France qui a tout intérêt à avoir une relation riche, intense et d'amitié en Europe continentale, ce que Charles de Gaulle appelait une Europe de l'Atlantique à l'Oural. "

 

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Tags:
cessez-le-feu, format Normandie, Richard Labévière, Petro Porochenko, Debaltsevo, Paris, France, Ukraine
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