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    Un cendrier

    Fumée tue... mais rapporte

    © Sputnik . Ruslan Krivobok
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    Dans la fiscalité du tabac, volontairement très complexe, pour que les gens ne comprennent pas, les 80% voués à l'État lui rapportent 14 milliards d'euros. Mais cela lui coûte 47 milliards d'euros par les dégâts sanitaires. C'est un marché de dupes. Cela nous coûte trois fois plus que cela nous rapporte.

    Tout le monde le dit, entre deux verres ou en rallumant sa cigarette: « Fumer tue. » On achète des paquets avec des propos cruels et lucides: « Arrêter de fumer réduit les risques de maladies cardiaques et pulmonaires mortelles. » Depuis un certain temps, on y a rajouté des photos chocs. Rien à faire, le tabac tue chaque année en France 73 000 personnes, dont 44 000 par cancer.

    « Les familles de ces morts devraient pouvoir se retourner contre les fabricants et les vendeurs pour mise à disposition d'une arme de mort, » — fustige Michèle Delaunay, députée de Gironde et Ancienne Ministre déléguée aux Personnes âgées et à l'Autonomie. Le précédent a été d'ailleurs déjà crée outre-Atlantique. Cette nouvelle vient de tomber: trois plus grands fabricants de cigarettes américains ont accepté le marché pour clore les poursuites. Ils payeront 100 millions de dollars aux fumeurs et leurs familles tombés malades ou morts à cause du tabac.

    Autre exemple flagrant: près de deux millions de fumeurs et ex-fumeurs québécois ont réclamé aux cigarettiers canadiens près de 27 milliards de dollars (canadiens) de dommages et intérêts. Le procès qui a débuté en mars 2012 et avait été surnomme « procès-fleuve » a pris fin en décembre dernier. Ce n'est pas pour autant que la sentence est tombée depuis. « Œil pour œil, dent pour dent » Et la monnaie sonnante pour le poumon mis en lambeau? Possible… Mais beaucoup de plaignants sont décédées au cours des procédures qui ont duré 16 ans.

    Tous les efforts du monde associatif, des médecins conscients de l'urgence d'endiguer l'hécatombe sanitaire due au tabagisme, ne coûteront rien sans l'implication de l'Etat. L'Etat français perçoit 80% du prix du paquet de cigarettes. Cette part du loup est composée de la TVA et d'accises. On peut, bien-sûr, créer une barrière de prix, rendre les cigarettes plus chères. « C'est vrai, une augmentation notable de prix en une seule fois est la meilleure arme contre la consommation de tabac, en particulier, auprès des jeunes, — nous confie Michèle Delaunay, députée de Gironde, — La seule fois quand il a eu un véritable recul de la consommation, c'était après le premier « Plan cancer » de Chirac en 2003. La consommation a diminué d'un coup de 40%.

    Toutes les études le démontrent (je parle d'études issues de l'Institut Gustave Roussy qui lutte contre le cancer) notre plan anti-tabac qui ne comporte pas de hausse de prix est voué à l'échec. Ce qui n'empêche pas de prendre les mesures qu'il comporte, mais ce ne sont que des appoints.

    Dans la fiscalité du tabac, volontairement très complexe, pour que les gens ne comprennent pas, les 80% voués à l'État lui rapportent 14 milliards d'euros. Mais cela lui coûte 47 milliards d'euros par les dégâts sanitaires. C'est un marché de dupes. Cela nous coûte trois fois plus que cela nous rapporte.

    Récemment, notre gouvernement a fait voter une modification de la fiscalité du tabac. Et cette modification entraine un bénéfice de 70 à 100 millions d'euros pour les fabricants qui sont les plus coupables dans l'histoire.»

    L'ancienne Ministre n'a pas attendu pour faire savoir son opinion: « Le Gouvernement a cédé au lobby des cigarettiers et des buralistes. »

    Le président de la confédération des buralistes, Pascal Montredon a informé de son côté que les ventes de cigarettes en France ont baissée de plus de 12% en seulement deux ans. D'après lui, cette baisse ne fait que confirmer le décrochage du marché français des cigarettes et ne peut pas ne pas inquiéter les professionnels. En décembre dernier, sur la décision du gouvernement, les taxes sur les paquets de cigarette ont baissé: les paquets qui coûtent 6,50€ seront taxés à 64,7% au lieu de 65,4%. Cela crée un manque à gagner pour les caisses de l'Etat, environ 70 millions d'euros pour 2015, selon les calculs de l'Institut Gustave Roussy.

    Et c'est cette suite d'évènements qui est pointée de doigt par tous ceux qui se soucient du futur de la nation: la différence d'un pourcent ne va pas au renforcement de la santé publique, mais, une fois de plus, à l'enrichissement des cigarettiers. « La lutte contre le tabac est considérée en France comme ringarde, — s'insurge Michèle Delaunay, — bien que ça soit un danger considérable. Ça ne me fait pas plaisir, mais la meilleure manière d'en parler, c'est de parler de lobbys. Pas de pauvres malades qui meurent du cancer. »

    Une nouveauté attend les fumeurs français en 2016: ce serait le « paquet neutre », cela veut dire un paquet standardisé avec la même forme, taille, couleur et typographie. Servirait-ce à transformer le tabac en une substance bénéfique? Certainement pas. Cela va donc continuer à rapporter et nuire. L'humoriste Roland Bacri a bien résumé la situation: « Le tabac, c'est mauvais pour l'état général mais, pour l'Etat en particulier, excellent pour le coffre. »

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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    Tags:
    tabac, cigarette, Institut Gustave Roussy, Pascal Montredon, Michèle Delaunay, France
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