Ecoutez Radio Sputnik
    Benjamin Netanyahu intervient devant l'Assemblée générale des Nations Unies (septembre 2012)

    Le problème nucléaire iranien, pomme de discorde entre les USA et Israël?

    © AP Photo/ Richard Drew
    Analyse
    URL courte
    Par
    Nucléaire iranien (2015) (124)
    0 122
    S'abonner

    Le programme nucléaire iranien est revenu au devant de l'actualité après deux événements récents.

    Le 24 février, le journal britannique The Guardian publiait des informations sur les activités nucléaires de l'Iran, basées sur les fuites des services de renseignement d'Israël et de l'Afrique du Sud. Presque simultanément, les dissidents iraniens déclaraient que Téhéran développait secrètement des armes nucléaires dans un site clandestin souterrain, malgré les négociations avec les six médiateurs internationaux. Ces derniers temps, de telles fuites ne sont pas rares — elles sont même devenues la norme. Dans ce cas précis, il faut surtout observer le moment choisi pour divulguer ces informations.

    Les données secrètes de l'agence de renseignement israélienne (Mossad) publiées par le journal contredisent de nombreuses déclarations du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, qui prétend que l'Iran serait sur le point de créer une bombe atomique. Quand en 2012, il avait prononcé à l'Onu un discours retentissant déclarant que l'Iran allait développer des armes nucléaires en moins d'un an, son propre service secret n'était pas d'accord avec lui.

    Voici un extrait du rapport secret du Mossad de l'époque: "Bien que l'Iran ait amassé assez d'uranium enrichi à 5%, ce qui suffirait pour la production de plusieurs bombes, et en a enrichi une partie jusqu'à 20%, il apparaît qu'actuellement, Téhéran n'est pas prêt à l'enrichir davantage, jusqu'à des taux plus élevés. Une partie de cet uranium a été utilisée par l'Iran pour la production de combustible nucléaire pour son réacteur de recherche à Téhéran, donc la quantité d'uranium avec un taux d'enrichissement de 20% n'a pas augmenté".

    Premièrement, l'uranium doit être enrichi à 90% pour la charge nucléaire. Deuxièmement, les Iraniens ont par la suite complètement appauvri l'uranium à 20% ou l'ont transformé en combustible pour les réacteurs, en conformité avec les Accords de Genève de 2013, c'est-à-dire avec le "Plan d'action commun".

    Tout ce qui est dit dans le rapport est tout à fait juste. Mais une question se pose: pourquoi les informations d'il y a deux ans n'ont été publiées que maintenant, fin février 2015? Très certainement parce que le 3 mars, Benyamin Netanyahou envisage prononcer un discours au Congrès américain critiquant fortement le programme nucléaire iranien et les négociations des médiateurs internationaux avec l'Iran sur le problème nucléaire. Le premier ministre israélien a promis de faire tout son possible pour empêcher la signature de l'accord à venir sur le règlement du problème nucléaire iranien.

    L'administration Obama, qui a mis en jeu sa propre autorité politique pour la signature d'un accord global et défini du "Groupe 5+1" (la Russie, les États-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, la France plus l'Allemagne) avec l'Iran, craint que l'allocution du leader israélien au Congrès puisse nuire aux négociations déjà très difficiles entre Téhéran et les Six.

    Le Secrétaire d'État américain John Kerry a déclaré que la position du premier ministre israélien "pouvait être considérée comme incorrecte". "Israël est maintenant plus en sécurité qu'avant la signature du "Plan d'action commun", auquel, d'ailleurs, le premier ministre s'était opposé. Il avait tort".

    Il n'est pas exclu que les informations secrètes du Mossad et des services de renseignement de l'Afrique du Sud aient été transmises au journal The Guardian afin de neutraliser la future intervention de Netanyahou à Washington.

    La réponse des partisans du premier ministre a suivi immédiatement. L'opposition iranienne, représentée par le Centre national de la résistance iranienne (CNRI), où le rôle principal est joué par l'Organisation des moudjahidines du peuple iranien, a décidé de prouver que, depuis des années, Téhéran avait trompé la communauté internationale. Les dissidents iraniens affirment que depuis 2008, la République islamique d'Iran conduit en secret des activités d'enrichissement d'uranium sur le site Lavizan-3, caché profondément sous la terre dans les banlieues nord-est de Téhéran. On y mène également des activités de recherche nucléaire et de développement au moyen de centrifugeuses perfectionnées IR-2m et IR-4.

    Les déclarations du CNRI ne sont pas pour l'instant confirmées. Cependant, cette organisation a clairement des sources dans la communauté nucléaire iranienne: ces dernières années, ses membres ont déjà fait plusieurs déclarations — par la suite confirmées — concernant différentes activités de Téhéran. Sans entrer dans les détails des investigations dissidentes, il faut souligner que le moment de ces déclarations n'a pas été choisi par hasard. C'est un atout de propagande, un cadeau à Netanyahou dans sa lutte contre tous les accords nucléaires possibles avec l'Iran.

    D'autre part, l'escalade de l'activité israélienne contre les accords nucléaires est également un cadeau aux opposants du président Rohani en Iran qui, tout comme les partisans du premier ministre israélien, n'acceptent aucun accord avec les Six. Désormais, on peut s'attendre à ce que les opposants des présidents en Iran comme aux États-Unis jouent encore plus activement des cartes anti-présidentielles dans leurs jeux politiques.

    Sans aucun doute, le problème nucléaire iranien est devenu, avant tout, une pomme de discorde dans les relations entre deux hommes politiques — Barack Obama et Benyamin Netanyahou. En ce qui concerne les relations entre les États-Unis et Israël, les différends personnels des leaders actuels sont peu susceptibles de secouer les liens profonds et étroits entre les deux États, qui ont beaucoup d'intérêts communs dans la région et dans le monde.

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

    Dossier:
    Nucléaire iranien (2015) (124)

    Lire aussi:

    Berlin, Paris, Londres et l’UE hostiles aux nouvelles sanctions contre l'Iran
    AIEA: pas d'enrichissement d'uranium de plus de 5% en Iran depuis le 20 janvier 2014
    Nucléaire: négociations bilatérales Iran-Etats-Unis le 20 février
    Tags:
    Benjamin Netanyahu, Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI), Centre national de la résistance iranienne (CNRI), Mossad, The Guardian, ONU, Barack Obama, Afrique du Sud, Iran, Israël, États-Unis
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik