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    Une retraitée, Kiev, Ukraine

    Le « Maïdan financier » en Ukraine. Part 2. Que faire ?

    © AP Photo / Efrem Lukatsky
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    Depuis le 24 février, Kiev est le théâtre de nombreuses manifestations liées à la crise financière.

    Les clients des banques en faillite exigent que les politiciens ukrainiens protègent leurs prêts bancaires libellés en devises étrangères, suite à la chute dramatique du cours de la monnaie nationale. Peut-on parler de « Maïdan financier » ou de « Maïdan bancaire »?

    Hélène Clément-Pitiot, économiste et spécialiste de la Russie, membre du Centre d'études des modes d'industrialisation (CEMI-EHESS), nous a décortiqué la situation en évoquant la perte de confiance massive. « Il y a deux choses. D'abord, l'inflation qui, selon les chiffres officiels, est de 30%. Certains experts parlent même d'hyperinflation, ce qui me semble excessif. Mais il est certain qu'on est au bord de la panique. D'autre côté, la dévaluation s'est accélérée depuis les dernières semaines. Si on compare à la valeur du grivna en février 2014, il fallait 8 grivnas pour un dollar. Maintenant, au cours officiel, il en faut 33 et au marché noir, il en faut presque 50! Les effets de l'inflation et de la dévaluation, ainsi que le niveau du salaire minimum actuel (il est à peu près de 40 dollars) mettent l'Ukraine au même niveau que le Ghana ou la Zambie, donc, parmi les pays les plus pauvres du monde. »

    L'Ukraine récolte les fruits de la politique irrationnelle qui a gardé, voire accentué les problèmes économiques de la période post-soviétique. Elle récolte les fruits de la guerre civile. « La chose qui est inquiétante du point de vue économique, continue Hélène Clément-Pitiot, ce sont les déclarations contradictoires de la Banque centrale, du gouvernement d'Iatseniouk et du Président Porochenko. Ces contradictions risquent de se traduire par la tentative de putsch d'un côté ou de l'autre, d'autant plus que les troupes de la garde nationale reviennent sur Kiev. Ce camp, peut-être, le plus favorable à la guerre ne l'est pas au financement de l'économie. Car la guerre ne finance pas l'économie de l'Ukraine, elle finance, peut-être, d'autres économies, mais pas celle de l'Ukraine. »

    Chornukhyne, Ukraine, le 2 mars 2015
    © AP Photo / Vadim Ghirda
    Que faire maintenant? Reste-t-il une marge de manœuvre au gouvernement ukrainien?— avons-nous demandé à Hélène Clément-Pitiot. « La marge de manœuvre en termes de réserves — c'est 6 milliards, ce qui donne un mois d'importations. De plus, les réserves d'or, plus précisément, 42 tonnes, sont déjà parties aux Etats-Unis « pour optimiser les réserves de change », comme l'a expliqué M. Iatseniouk. C'est un gage de soutien à l'option militaire inconditionnelle. C'est, par ailleurs, ce qu'avaient fait les nazis en Grèce en lui piquant toutes les réserves.

    La situation de la dette est cruciale. La dette souveraine autour de 100% n'est pas nouvelle: beaucoup d'économies occidentales sont bien au-delà de cet indice qui paraît catastrophique. Au niveau du PIB de l'Ukraine, il faut qu'elle arrive à avoir un excédent budgétaire de 4% chaque année pour que la dette n'augmente pas et reste à des niveaux soi-disant soutenables. La réalité économique fait que c'est impossible d'imaginer un excédent budgétaire régulier de 4%. Cela veut dire que la dette est déjà insoutenable. Il faudra trouver des arrangements, des compromis.

    L'Ukraine devrait être en défaut, d'ailleurs, tout comme la Grèce, confirme Hélène Clément-Pitiot. Mais le défaut ne peut pas être prononcé parce que sinon, cela mettrait la finance en danger. Cela déclencherait des paniques, des pertes importantes sur les banques qui sont considérées comme « too big to fail ». Donc, c'est hors de question. On retrouvera tout le vocabulaire nécessaire pour ne pas aborder le thème de défaut. »

    La capacité de paiement de l'Ukraine dépend largement des créanciers extérieurs, dont le FMI, la Berd, même la Russie. C'est-à-dire que faute d'injection de liquidité, les chances de défaut frôlent 100%.

    Contrairement aux propos d'Hélène Clément-Pitiot, à long terme, le défaut serait la meilleure solution, compte tenu des dettes actuelles. Vous n'êtes pas sans vous rappeler qu'en Russie post-soviétique, la croissance a repris après le défaut de 1998.

    Quoi qu'il en soit, il faudrait faire deux choses impopulaires: d'abord, lâcher le cours du grivna. Certains experts croient qu'il était fautif de maintenir la devise nationale à la surface jusqu'au dernier moment parce que l'économie faible ne doit pas avoir une monnaie forte.

    En même temps, il faut libéraliser le prix du gaz pour mettre fin à l'accumulation des dettes de Naftogaz et, par conséquent, de la dette publique. Parallèlement, il faut mettre de l'ordre dans les prétendus services « de l'ordre » où prospère la corruption.

    Bref, il faut introduire des mesures « classiques » afin de relancer l'économie dont la croissance permettra, à terme, de franchir la période de crise financière.

    Bon an mal an: des doutes continuent de planer sur le sort de l'économie ukrainienne. Une chose est claire: il faut du temps. Les Ukrainiens devront serrer la ceinture et attendre. Il n'y a pas d'autre voie.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Fonds monétaire international (FMI), Hélène Clément-Pitiot, Arseni Iatseniouk, Petro Porochenko, Ukraine, États-Unis, Russie
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