Analyse
URL courte
Projet de création d’une armée de l'UE (13)
0 557
S'abonner

Interview avec Aymeric Chauprade, eurodéputé, FN et ancien professeur de l'IHEDN

L'armée européenne est, à coup sûr, une idée qui embarque beaucoup de gens. Plus on y réfléchit, plus on se souvient des grandes heures et du faste napoléonien. Mais on ne peut être enceint à moitié. Si vous voulez une grande armée telle que préméditée par Jean-Claude Juncker autant vous souvenir de Napoléon qui se promenant à cheval après l'une de ses batailles et en observant les cadavres des soldats français a émis, pensif: «Ca ne fait rien: une nuit de Paris me refera tout ça!» Alors êtes-vous prêts à en assumer le prix avec les vies de vos proches? Il se peut, bien sûr, que l'idée de M. Juncker serait plutôt synonymique de la dissuasion, un peu comme les porte-avions qui montrent leur pavillon aux 4 coins du monde sans vraiment se mêler de la bagarre. Nous serions vraiment heureux si cela était le cas. Pourtant la tactique des ébouillantés, les petits-cousins est-européens, Baltes et Polonais, tous des va-t-en guerre, m'oblige à prendre très au sérieux la menace d'un engagement européen aux confins du Caucase ou dans les steppes de l'Ukraine. Après tout la France s'y est déjà trouvée à plusieurs reprises au XIX et début XXième.

Aymeric Chauprade, eurodéputé, FN et ancien professeur de l'IHEDN a éclairé notre lanterne sur cette question épineuse.

Aymeric Chauprade. Je crois que par la voix de M. Juncker on a fait ressusciter le vieux projet de CED c'est-à-dire la Communauté Européenne de Défense. Mais il faut regarder l'agenda! Malheureusement, il s'agit d'un agenda antirusse pour les institutions européennes. Ils sont engagés dans une politique folle de séparation et de fracture avec la Russie à propos de l'Ukraine, etc. sous la poussée des Etats-Unis. Et ça revêt un sens que M. Juncker parle de ce projet maintenant: il veut mobiliser en fait les pays européens autour de ce projet d'armée européenne qui sera une composante de l'Axe Transatlantique dirigé par les Etats-Unis. Et c'est dans un contexte aussi de la diplomatie nationale: française ou allemande pour obtenir avec les accords de Minsk un compromis! Et on sent bien ici, au Parlement Européen et à travers les institutions européennes, que les euro-atlantistes sont nombreux et qu'ils ont la volonté de contourner la France, l'Allemagne et d'autres pays qui cherchent l'apaisement. Ils veulent entreprendre cette manœuvre sous couvert de l'élargissement et d'accélération d'intégration européenne. 

RS. Mais est-ce que ça cadre avec la politique d'austérité appliquée au budget européen? Les Européens ont-ils vraiment les moyens de construire cette armée?

Aymeric Chauprade. Ce n'est évidemment pas du tout réaliste! Aujourd'hui il n'y a que deux armées européennes dotées de la vraie puissance en Europe: française et britannique. C'est aussi l'armée italienne qui est loin d'être négligeable. Donc vouloir partir avec une idée d'armée européenne est entièrement utopique vu le contexte financier qu'on connaît. Et encore une fois: tout cela n'est que l'expression de projet d'inféodation aux Etats-Unis. Ce sont d'ailleurs des déclarations qui ne sont pas suivies des faits. D'ailleurs M. Le Drian, ministre de la Défense français, qui n'est pas de mon camp politique mais qui est peut-être quand même un peu plus réaliste par rapport à des politiques socialistes, regarde ça avec un certain dédain!

RS. Mais sur ce point, les vieux pays européens ne se font-ils pas un peu brusquer par les nouveaux arrivés à l'Hémicycle, à savoir la Pologne, les pays Baltes, etc.?

Aymeric Chauprade. Mais absolument! A la tête du Conseil Européen vous avez M. Donald Tusk, un Polonais, qui comprend que cette institution, la plus respectueuse de la souveraineté qui est le Conseil Européen, à la différence du Parlement Européen ou, bien évidemment, la Commission Européenne, lui, il voit bien que les pays comme la France ou l'Allemagne, ne sont pas dans cette logique d'accroissement de tension avec la Russie. Et donc il y a une sorte de collusion qui s'est établie entre la Commission Européenne, M. Juncker, Donald Tusk qui est à la tête du Conseil Européen, et tout un lobby de parlementaires européens atlantistes que je subis presque quotidiennement au Parlement Européen et qui cherchent en fait les motifs de querelle avec la Russie. 

RS. Vous êtes intervenu tout dernièrement sur le problème du Kosovo, disparu de la une des journaux…

Aymeric Chauprade. Ma position est dans la continuité et dans la logique de mes engagements au moins à partir de 1998. Il s'agit de la Serbie, territoire à l'époque de l'ex-Yougoslavie. Les pays de l'Ouest Européen et l'OTAN ont voulu affaiblir la Serbie et la bombarder même en 1999! Et passant outre le droit international, ils ont créé ce petit Etat reconnu par 128 Etats dans le monde tandis qu'il y en a 200 au total. Autrement dit il n'est pas reconnu universellement. Je peux également dire que l'Etat du Kosovo n'est pas reconnu par plusieurs membres de l'UE dont l'Espagne. Ce petit Etat musulman qui est le Kosovo soutenu par les Etats-Unis et par un certain nombre de pays atlantistes est un archo-Etat c'est-à-dire un Etat sans économie fondée sur autre chose qu'essentiellement le trafic de drogues, d'armes, d'organismes humains. A mon avis, il s'agit d'un foyer de déstabilisation pour l'Europe aussi bien que pour son voisin serbe. Quand on dit «voisin» c'est un peu triste, le Kosovo ayant été une province historique dans le temps long de l'histoire serbe. Il y a tous les monastères sacrés dans cette région que j'avais pu visiter. Mais aujourd'hui c'est une base militaire dans le style de trafic; Et tout cela est encouragé encore par l'UE qui voudrait associer le Kosovo à travers un accord d'Association avec l'Union. Cet accord avait été paraphé en juillet 2014 l'idée étant d'intégrer cet Etat progressivement dans l'Union Européenne! C'est une politique folle qui suit la politique des Etats-Unis qui visent à affaiblir aussi la Serbie et la Russie et qui ne débouchera que sur davantage de problèmes, notamment liés à la criminalité internationale en Europe au sein de l'UE.

 

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

Dossier:
Projet de création d’une armée de l'UE (13)

Lire aussi:

Un rapport remis par le Pr Raoult il y a 17 ans prédisait le chaos à venir mais le gouvernement l’a ignoré
L'Algérie va attaquer France 24 en justice pour des «propos haineux» et convoque l'ambassadeur de France
Un chien tombé dans l’eau glacée refuse d'être sauvé par un homme qui plonge pour lui – vidéo
Tags:
Jean-Claude Juncker, pays baltes
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook