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    L’Ukraine serait une plantation occidentale de cultures OGM

    © Sputnik . Evgeny Koktysh
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    Valérie Smakhtina
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    L'Ukraine n’est pas seulement convoitée pour sa position géostratégique sur le « grand échiquier » : entre la Russie, l’Union européenne, l’OTAN et les Etats-Unis.

    Elle est surtout renommée pour ses 32 millions d'hectares de terres fertiles composées de vastes terrains de riche terre noire (26% du tchernoziom mondial), ce qui la rend particulièrement attractive pour des fabricants comme Monsanto et Dupont.

    Aujourd'hui, des entreprises agricoles étrangères contrôlent déjà plus de la moitié des terres ukrainiennes. Rien n'est plus simple avec un système de leasing pour une durée de 50 ans permettant de contourner le moratoire sur la vente de terres ukrainiennes jusqu'en 2016.

    Ainsi, l'Ukraine pourrait devenir la porte d'entrée des OGM sur le marché européen. Bien que la législation en vigueur interdise la culture des OGM, l'article 404 de l'accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne laisse la voie libre à la coopération dans le domaine de l'utilisation élargie des biotechnologies. Est-ce que cela veut dire que l'Occident considère l'Ukraine comme un marché prometteur de production des semences OGM?— avons-nous demandé à Elena Charoïkina, originaire de Dniepropetrovsk, directrice de l'Association nationale russe pour la sécurité génétique.

    « Il va sans dire que l'Occident considère l'Ukraine comme un marché important. Et je pense que ce que fait M. Porochenko dans le contexte du problème des OGM et de la signature de l'accord avec l'UE n'est autre chose qu'un crime contre son peuple. Parce que je doute fort qu'au moment de la signature de l'accord avec l'UE, les Ukrainiens comprenaient que leur pays était destiné à devenir une plantation des OGM. Si nous prenons la situation en Union européenne, nous verrons que là, une seule espèce du maïs génétiquement modifié MON 810 est semée. Ce maïs n'est cultivé que dans quatre pays et en quantités très réduites. Au fond, l'UE s'est placée à l'abri des OGM. Mais l'Ukraine se trouve sous la pression de l'Amérique. Nous savons que la Banque mondiale a conditionné l'octroi des crédits à l'Ukraine par l'extension de sa coopération en matière de biotechnologies. De cette façon, l'Europe se protège contre les OGM, tandis que l'Ukraine a été laissée à la merci des Etats-Unis qui la transformeront en un polygone. Si nous prenons les données publiées par des sources ouvertes, ce qui exclut toute théorie de conspiration, nous constatons que la société Monsanto, ce géant biotechnologique, a commencé à investir l'année dernière 140 millions de dollars dans la construction d'une usine en Ukraine, dans la région de Vinnitsa.

    Une habitante de Debaltsevo
    © Sputnik . Mikhail Voskresensky
    A la fin de juillet dernier, alors que les combats faisaient rage, il a été annoncé ouvertement que Monsanto octroyait des bourses et retirait des livres indésirables des bibliothèques dans cinq régions du centre de l'Ukraine. Les données publiées par WikiLeaks en 2011 démontrent que le Département d'Etat américain donnait des instructions aux services diplomatiques sur la nécessité de modifier l'attitude des Ukrainiens envers les OGM. Un travail intense est mené. Les bibliothèques sont dotées de livres appropriés, des terres sont achetées, des moyens sont investis dans des usines. L'octroi de crédits est assorti de conditions. Tout cela se passe en sourdine parce que l'attention du pays est détournée vers ce qui se passe dans l'Est de l'Ukraine et vers les menaces qui sont ressenties par tout le monde. Il va de soi qu'à l'heure actuelle les OGM ne sont pas le principal objet de souci des Ukrainiens. Mais demain, quand l'horreur sanglant prendra fin et le pays se réveillera, il sera clair que l'Ukraine a perdu son indépendance vis-à-vis des biotechnologies. »

    L'emprise de Monsanto va croissant. En 2013, l'entreprise a déjà investi 140 millions de dollars pour augmenter le potentiel de production en Ukraine. La BERD, à son tour, élargit l'octroi de crédits aux entreprises agricoles désireuses d'acheter des terres ukrainiennes. Ainsi, Alfred C. Toepher International a bénéficié d'une aide de 60 millions de dollars pour doubler son fief de 50 à 100 milles hectares en Ukraine. S'y ajoutent les crédits du FMI, dont le dernier, de 17 milliards de dollars, pourrait être octroyé en échange de réformes « libérales ». On a l'impression que l'Union européenne et les Etats-Unis œuvrent main dans la main pour s'emparer des terres ukrainiennes.

    « Mais ce n'est pas un cadeau, les crédits doivent être remboursés, rappelle notre expert réputé. Quand la Russie a proposé à l'Ukraine un crédit de 15 milliards de dollars à l'époque de Ianoukovitch, elle a posé la condition de ne pas adhérer à l'UE. Les craintes de la Russie en ce sens étaient tout à fait fondées. Mais la Russie n'a pas demandé d'ouvrir le marché, de modifier la structure d'une telle ou telle branche. Il était plutôt question d'un accord tripartite Russie-Ukraine-UE et les conditions étaient suffisamment transparentes et compréhensibles. Aujourd'hui, l'attitude des Etats-Unis est différente.

    La situation avec les OGM dépend dans une grande mesure des opérations militaires aussi, car actuellement, l'attention des Ukrainiens est détournée de la vie normale et de la question de savoir ce que mangent eux-mêmes et leurs enfants. Parce que pendant la guerre les gens ne sont pas vivement intéressés par ce qui est cultivé sur les champs ukrainiens. Même si les accords de Minsk restent en vigueur, le redressement économique et l'élimination des conséquences de la guerre prendront beaucoup de temps. La question de savoir de quoi les enfants ukrainiens sont nourris ne sera pas posée bientôt. Mais je pense qu'il est du devoir de notre association de s'occuper de cette question. D'autant plus que je suis originaire d'Ukraine, je suis née à Dniepropetrovsk et je suis vivement préoccupée par l'avenir de mon pays natal. »

    L'Ukraine est devenue l'otage de la situation. Ravagée par une guerre civile, elle a raté le moment pour empêcher le contrôle de ses richesses agricoles par le trio Etats-Unis-Union européenne-OTAN. Pour la même triste raison, elle n'a pas de mouvement anti OGM qui remettrait en question les risques liés à la sécurité biologique. Sans parler de la pollinisation croisée entre champs OGM et champs sans OGM, ce qui pose un problème autant pour la Russie que pour l'Europe en général. Comme si quelqu'un était intéressé à faire durer la guerre dans le Sud-Est de l'Ukraine pour asservir le pays et, plus largement, ses voisins proches et lointains.

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    OGM, Fonds monétaire international (FMI), WikiLeaks, OTAN, Union européenne (UE), Occident, États-Unis, Russie, Ukraine
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