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Les pays pauvres se précipitent dans l'UE sans hésiter, alors que les Etats qui se sentent plus ou moins à l'aise, sur le plan économique, refusent d'y adhérer et préfèrent mener leur existence heureuse à côté de l'Union européenne mais pas en son sein.

С'est le constat que l'on peut faire en analysant les dernières nouvelles de l'Europe. L'Ukraine qui ne survit économiquement aujourd'hui que grâce aux subventions européennes rêve de gonfler les rangs des membres « secondaires » et les plus démunis de l'Europe unie.

D'autre part, tout comme la Norvège qui a refusé l'adhésion à l'union par deux fois, en 1972 et 1994, l'Islande vient de renoncer officiellement à sa candidature à l'UE. Le Ministère des affaires étrangères du pays a expliqué dans son communiqué que «les intérêts de l'Islande sont mieux servis en dehors de l'Union européenne ». En effet, l'Islande est l'un des pays européens qui s'en est le mieux sortie de la crise financière qui a frappé le monde en 2008. Selon l'institut statistique national, l'activité économique de l'Islande a dépassé en 2014 son niveau d'avant la crise. Grâce à une croissance de 1,9%, le produit intérieur brut y a battu l'an dernier son record qui datait de 2008 alors qu'en zone euro, la croissance n'a été que de 0,9%.

François Asselineau, ancien de HEC, énarque puis haut fonctionnaire au ministère des Finances, fondateur du parti UPR (« Union populaire républicaine ») et son président actuel a aimablement consenti à nous faire part de sa vision de l'Europe et des raisons de l'adieu islandais.

François Asselineau. « L'Islande avait déposé une demande d'adhésion en 2009. Suite aux évènements, notamment à la crise financière, aux bouleversements constitutionnels qui ont eu lieu sur cette île, au changement de majorité politique en juin 2013, le nouveau gouvernement a décidé de suspendre la demande d'adhésion et de faire un bilan. Ils ont fait un bilan sur les avantages et les inconvénients d'entrée dans l'UE qui s'est étalé sur près de deux ans. Et le 12 mars 2015, ils ont décidé de ne pas entrer dans l'UE. Tout cela s'inscrit par ailleurs dans un contexte plus général de discrédit de la construction européenne. Les Islandais voient bien que l'Europe ne marche pas du tout. A 29, l'intégration est en train de devenir un processus à la fois dictatorial du point de vue politique, contreproductif du point de vue économique, destructeur du point de vue social, belliciste et guerrier du point de vue international. Parce que L'UE est devenu un petit peu le bras séculier des USA dans des guerres illégales vis-à-vis du Moyen Orient ou de la Russie. Quand je dis « guerres », ce sont des positions belliqueuses vis-à-vis de ces pays.

Sputnik. Après la riposte russe aux sanctions occidentales en août 2014 sous forme de l'embargo sur certains produits alimentaires, l'Islande s'est dit prête à exporter plus en Russie. On peut s'imaginer que la politique de l'UE vis-à-vis de la Russie comprenant les sanctions qui ont de l'impact négatif sur les économies européennes est devenue la dernière goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Et l'Islande a décidé de dire non. Qu'en pensez-vous?

François Asselineau. Il est certain que dans les décisions qui ont été prises il y a à la fois des décisions de nature politique et celles de nature économique. Du point de vue politique, l'Islande est un pays qui a beaucoup revendiqué son indépendance. C'est un peuple courageux, de guerriers, de combattants à l'origine. C'est un peuple de vikings qui ont créé entre le IXe et le XIIIe siècles un Etat libre islandais. Ensuite ils ont fait une guerre d'indépendance dès le XIXe siècle. C'est un peuple qui a quand même toujours beaucoup tenu à sa liberté. Mais c'est vrai qu'il y a aussi des questions économiques, en particulier tout ce qui concerne la pêche. Or, la politique européenne en matière de pêche est extrêmement contraignante et aurait été très contreproductive pour l'économie islandaise. Et il y a les mesures de rétorsions qui ont été prises par la Russie suite aux sanctions prises par l'UE. Je suppose que l'Islande ait dû faire ces calculs et s'est rendu compte que de participer à ces sanctions contre la Russie serait très négatif. Le Premier ministre islandais actuel a fait une partie de ses études à Moscou mais aussi dans d'autres pays. C'est quelqu'un qui doit avoir l'esprit ouvert et une vision de la Russie qui ne correspond pas du tout à la propagande qui est assénée aux populations occidentales depuis un certain nombre de mois contre la Russie.

Sputnik. Quelles leçons pourraient tirer les Etats membres de l'UE de cet adieu islandais?

François Asselineau. Du point de vue de la démographie, du point de vue de la superficie, du point de vue du PIB, l'Islande est parmi les petits pays du monde. Ce qui est intéressant, c'est de voir que ce pays décide de ne pas entrer dans l'UE après avoir fait ces calculs. Cela contredit la propagande que nous subissons depuis des décennies qui consistent à dire aux peuples européens et en particulier aux Français que nous devrions renoncer à notre indépendance, à notre souveraineté nationale, que ça serait quelque chose d'absolument obligatoire et fatal pour pouvoir survivre dans le monde d'aujourd'hui. On peut très bien être un petit pays et rester indépendant. Je signale au passage que le PIB par habitant de l'Islande est un peu supérieur au PIB par habitant de la France. Maintenant les islandais reconnaissent une forte croissance. Il n'y a aucune corrélation, aucun lien entre la taille d'un Etat et la richesse et le bonheur de ses habitants. Selon l'Indice de développement humain qui est calculé par l'ONU, on s'aperçoit qu'en Europe les pays qui arrivent en tête ce sont la Norvège, l'Islande, la Suisse, c'est-à-dire trois pays européens qui ont refusé d'entrer dans l'UE et qui sont plus petits que la France…

Sputnik. Quelles solutions voyez-vous, votre parti l'UPR (Union Populaire Républicaine), à l'impasse dans laquelle se trouve actuellement l'UE?

François Asselineau. L'UPR est un mouvement politique que j'ai créé le 25 mars 2007. C'est une date symbolique. C'était le 50e anniversaire du Traité de Rome. J'ai créé ce parti politique pour appeler les Français à se rassembler provisoirement, qu'ils soient de droite ou de gauche, pour faire sortir la France de l'UE, de l'euro ainsi que de l'OTAN. Nous nous disons que nous ne pouvons pas rester dans l'UE parce qu'elle ne peut pas être corrigée. L'article 48 du Traité de l'UE oblige à avoir l'unanimité des Etats pour changer et c'est un système qui est autobloquant. L'UE est en train de devenir de plus en plus tyrannique, guerrière et belliciste. On a mis dans la tête des peuples d'Europe pendant des décennies que la construction européenne c'était la paix. En réalité, l'Europe est en train de nous entrainer vers une guerre de civilisations sous la tutelle de Washington et de l'OTAN, vers une guerre contre le monde arabo-musulman et la Russie. Maintenant l'islam et la Russie sont présentés quasiment officiellement comme les ennemies de la France, de l'Europe ce qui est tout à fait criminel et scandaleux du point de vue de la réalité et de l'histoire.

Nous nous proposons de sortir de l'UE, de la zone euro et de l'OTAN par l'article 50 du Traité de l'UE et par l'article 13 du Traité de l'Atlantique Nord. En France, tous les partis politiques qui critiquent l'UE proposent tous une autre Europe et aucun de ces partis, y compris le FN, ne propose ce que nous proposons, de sortir de l'UE par l'article 50. Tous ces partis en France, comme un peu partout en Europe, ne s'attaquent pas à la racine du problème. »

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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UPR (Union Populaire Républicaine), Union européenne (UE), François Asselineau, Islande
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