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Le premier contingent militaire chinois est entièrement cantonné au Soudan du Sud. Le dernier groupe de 130 militaires chinois est arrivé le 8 avril à Djouba. 570 soldats et officiers ont été déployés sous les drapeaux de la mission de l’ONU au Soudan du Sud au début de l’année en cours.

La Chine envoyait pendant vingt-cinq ans au sein des missions de paix de l'ONU de petits détachements d'ingénieurs, de médecins, d'ouvriers routiers, de policiers et maintenant elle a stationné au Soudan du Sud trois compagnies d'infanterie et une compagnie d'approvisionnement. C'est le début de la présence militaire chinoise à l'étranger.

Il ne s'agit pas d'ingérence armée, d'autant moins d'intervention. Le contingent bénéficie du mandat de l'ONU, a dit à notre correspondant l'experte de l'Institut de l'Afrique Tatiana Deitch. Cependant, il est stationné dans le pays où les intérêts globaux de la Chine sont sérieusement endommagés:

L'administration chinoise a annoncé qu'elle défendrait activement les intérêts du pays à l'étranger. La Chine est intéressée aux livraisons sans accrocs de pétrole soudanais. C'est pour ça qu'elle engage la mission militaire au Soudan du Sud. Qui plus est, Pékin a beaucoup investi au Soudan: plus de dix milliards de dollars avant sa désintégration.

La Chine a financé l'infrastructure pétrolière, la prospection des gisements. Les compagnies chinoises étaient attaquées, ruinées pendant la guerre en Libye, leurs collaborateurs étaient enlevés. Pékin en a évacué 36 mille Chinois, perdu des dizaines de milliards de dollars et assumé le préjudice moral. C'est en ce moment que la Chine a déclaré qu'elle défendrait plus activement ses intérêts à l'étranger.

L'expansion commerciale, économique et financière de la Chine dans le monde prend de l'ampleur ce qui accentue les risques globaux pour ses intérêts. Pékin est donc contraint de compléter la présence économique dans diverses régions par la présence militaire. Le Soudan du Sud en est le premier exemple.

La tendance s'accentuera jusqu'à ce que l'Occident révise sa politique et le système mondial soit transformé, a dit dans une interview à la radio « Sputnik » l'expert de l'Union des géopoliticiens Konstantin Sokolov:

L'Occident résout ses problèmes en employant la force ce qui entraîne inévitablement la réaction de la Chine. Le renforcement de l'armée chinoise ces dernières années la pousse à démontrer quelque part ce potentiel. Aujourd'hui les intérêts de la Chine et des Etats-Unis sont entrés en collision en Asie centrale. C'est une région d'importance vitale pour la Chine. Elle y puise le pétrole, le gaz, a placé d'immenses capitaux dans le développement de l'infrastructure. Pékin voudrait en faire de même en Afghanistan où il existe des gisements richissimes de minéraux utiles rares et précieux. La Chine ne pouvait pas y avoir accès vu la présence des Américains. Maintenant ils s'en retirent et la Chine y renforce son influence.

Selon l'expert, la Chine a un accord d'assistance militaire avec le Kazakhstan en cas de menace à la sûreté des pipelines. La présence militaire chinoise en Afghanistan n'est pas envisagée. Dans le même temps, la Chine se charge pour la première fois de régler le problème afghan en proposant sa médiation entre Kaboul et les Talibans dans le contexte du retrait des Etats-Unis et de l'OTAN. La Chine est intéressée à la paix dans ce pays, condition sine qua non de l'accès à ses ressources minérales.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
talibans, OTAN, ONU, Tatiana Deitch, Konstantin Kossatchev, Kaboul, Afghanistan, Occident, Asie centrale, États-Unis, Libye, Djouba, Soudan du Sud, Chine
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