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Crise migratoire (789)
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A Luxembourg débute la réunion extraordinaire conjointe des Ministres des Affaires étrangères et des Ministres de l’Intérieur de l’Union européenne. Le nouveau naufrage en Méditerranée qui pourrait avoir causé la mort de plus de 700 migrants exige une réponse de fond au problème de péril des centaines d’hommes, femmes et enfants.

Pour l'instant, d'après l'annonce des garde-côtes italiens qui coordonnent les secours, le bilan officiel de ce naufrage, survenu dans la nuit de samedi à dimanche dans les eaux libyennes, est de 24 morts et 28 rescapés.

Les autorités européennes, arriveront-ils à trouver une solution radicale au problème, arriverons-ils à remédier à ce mal qui pousse les centaines de personne de prendre la mer? Le problème n'est pas dans ces chalutiers, ferrys, zodiacs et d'autres embarcations de fortune qui prennent la mer, mais la tragédie de Lybie et la guerre est la cause de ces départs massifs au risque et péril.

« Manifestement, la réunion des ministres européens est une réaction émotionnelle, — nous explique Yassen Zenati, un journaliste et politologue algérien, ancien rédacteur en chef de l'AFP au Proche-Orient, — La tragédie est tellement importante! On parle aujourd'hui de 900 morts, parmi lesquels — beaucoup d'enfants et de femmes. Ils ont été obliges de convoquer cette réunion des ministres des affaires étrangères pour quoi faire?

Là, est toute la question: qu'est-ce qu'on peut faire?

Pour l'instant, la seule politique européenne commune sur la Méditerranée a été de faire des barrages pour empêcher l'immigration de venir, en plus — sans parvenir à l'état tangible. En réalité, la politique migratoire de l'Europe est la somme de politiques nationales. Il n'y a pas de politique européenne. Chaque pays a ses instruments, ses moyens, sa politique et depuis la création de l'Espace Schengen on n'est jamais arrivé à avoir une politique migratoire commune sur les frontières extérieures de l'Europe.

Le vrai problème ne vient pas de protection des frontières, mais du désordre qui a été instauré dans les pays arabes, africaines et maghrébins sur le pourtour méditerranéen par les politiques militaires et des interventions qui s'avèrent de plus en plus chaque jour plus imbéciles les uns que les autres. Il suffit de voir quelles sont les origines des immigrés clandestins: c'est surtout la Syrie et la Lybie. Ces deux pays aujourd'hui sont à feu et à sang. On n'a jamais prévu de politiques d'accompagnement d'intervention militaire. On voit bien que à travers les derniers évènements en Méditerranée que la Lybie, dans un chaos épouvantable, draine tous ces migrants. Certains viennent d'Erythrée avec sa dictature atroce depuis la scission avec l'Ethiopie. D'autres — de Somalie qui sombre dans une anarchie. Il en a des immigres qui viennent d'Afrique sub-saharienne, en traversant la Lybie.

Tout le problème est là. Il faudrait faire des politiques de développement pour stabiliser la population et pour faire la politique de stabilisation des pays tels que la Lybie, actuellement entre les mains des milices.

Les Européens n'arriveront à rien faire, s'ils ne montrent au-delà de l'émotion, une détermination politique à prendre à bras le corps le problème de développement des pays sub-sahariens (qui ont les moyens de se développer!) et de protection et de rétablissement de la sécurité et de la stabilité dans les pays comme la Lybie ou la Syrie. »

« Nous devons agir », déclare le président français François Hollande. Il faut « agir avec décision et rapidité », — appelle la communauté internationale le pape François. « Partageons la prise en charge des réfugiés » — propose le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon « choqué et profondément attristé »

Même si la réaction rapide parait nécessaire, les discussions autour de l'aide que pourrait fournir l'Union Européenne au gouvernement d'union nationale en Libye sont inévitables. Une de solutions, issue du désir d'entretenir la sécurité maritime et assurer les sauvetages en cas de besoin — celle de dépêcher des navires de guerre au large de côtes libyennes pourrait, au contraire, « créer un appel d'air » et provoquer d'autres départs de migrants. Effectivement, d'après certaines sources, les autorités européennes craignent que les migrants comptent sur ces patrouilles pour les secourir.

Entre-temps, des candidats à prendre la mer acculés et en absence d'autres solutions sont en train de payer les passeurs…

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Crise migratoire (789)

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Tags:
naufrage, migration, Union européenne (UE), Yassen Zenati, Méditerranée, Syrie, Libye
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