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70ème anniversaire de la Victoire dans la II GM (116)
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L'ancien combattant de la guerre Vladimir Hrozny qui habite aux confins de Brno dit : « Je suis seul en Tchécoslovaquie ».

Son sort fait penser à un roman d'aventure. Vladimir est d'origine russe: il est né dans la taïga de l'Oussouri. Il part à 18 ans de Novossibirsk au front comme volontaire. Il est pilote de chasse, mitrailleur, pilote de reconnaissance, participe aux combats en Roumanie, en Bulgarie, en Yougoslavie, en Hongrie, en Autriche. Il rejoint à la fin de la guerre le 2ème corps mécanisé du lieutenant-général légendaire Sviridov sur le territoire de la Tchécoslovaquie où il participe aux combats pour Brno. Vladimir Hrozny fait part de ses souvenirs:

Je suis dans le service de renseignement du quartier général du corps. Nous avons reçu le 8 mai un communiqué sur l'insurrection à Prague, on appelait au secours l'Armée soviétique. Le capitaine Kopylov et moi, nous étions chargés de préciser ce qui se produisait en réalité. Il était très difficile de pénétrer à Prague, nous avons rattrapé deux fois les colonnes hitlériennes qui reculaient. Or, les Allemands n'y prêtaient pas attention malgré notre char avec l'étoile rouge en le prenant sans doute pour un trophée. Nous voilà aussitôt après minuit aux confins de la ville, à Zizkov à un arrêt de tramway. Frappés par le silence, on n'entendait des tirs qu'au centre de la ville et nous l'avons rapporté aux chefs. Nos chars entrent à Prague à l'aube. Je me souviens du passage sur la place Venceslas, de foules jubilantes, de fleurs, les habitants nous tendent des petits pains par la fenêtre. Tout le monde fête la Victoire. Or, pour nous la guerre n'est pas terminée. Nous avançons vers l'Ouest. Les hitlériens concentrent près de Milin, non loin de Pribram, les dernières forces des SS qui reculent commandés par le Sturmbannführer Karl von Pückler-Burghausen, commandant des troupes SS en Tchéquie et en Moravie. J'y ai été à nouveau atteint par un fragment d'obus.

La bataille de Milin, près de Pribram, qui a eu lieu les 9-11 mai 1945 est considérée comme la dernière bataille de la Seconde guerre mondiale. Vladimir Hrozny grièvement blessé reste pendant longtemps à l'hôpital. Blessé pour la quatrième fois, il aurait dû être démobilisé. Son unité regagne la Patrie. Sorti de l'hôpital, il va à Prague où il rencontre Indra Novakova. Les jeunes gens perdent la tête d'amour et décident de se marier. Vladimir est contraint de prendre la citoyenneté tchécoslovaque. Comment il y réussit? Avec l'aide de ses amis tchèques et grâce au désarroi qui règne à l'époque. Vladimir reçoit son nom Hrozny avec sa nouvelle citoyenneté. Les jeunes mariés se rendent en URSS mais Indra n'aime pas la Patrie de Vladimir. Elle revient en Tchécoslovaquie et espère que son mari la rejoindra aussitôt. Or, on ne le laisse pas partir. Il décide de s'évader par la frontière entre l'Ukraine et la Slovaquie. Il est saisi et condamné à trois ans de prison. Ayant entrepris une nouvelle tentative, il est à nouveau arrêté et condamné à dix ans de camps. Vladimir est mis en liberté après la mort de Staline. Lorsqu'il arrive à nouveau en Tchécoslovaquie, il s'avère que sa femme a épousé depuis longtemps un autre et a deux enfants… La deuxième femme de Vladimir Hrozny est de 27 ans plus âgée que lui. Vladimir parle couramment tchèque en affirmant: « Je suis Russe ». Il est profondément respecté en Tchéquie, toujours invité aux manifestations consacrées à l'anniversaire de la Seconde guerre mondiale. Vladimir Hrozny fait des cours et raconte ses souvenirs aux écoles, aux établissements d'enseignement supérieur, il a eu récemment une rencontre avec les étudiants de la faculté pédagogique de l'Université Masaryk à Brno.

Comment le Tchèque russe apprécie la campagne dans la presse tchèque visant à réviser le bilan de la guerre et le rôle de l'Armée soviétique dans l'écrasement du fascisme?

« Je lutte en Tchéquie pour la Russie, dit Vladimir Hrozny, 92 ans. Il est impossible de lire tous ces « études » dont les auteurs prétendent que les Américains aient libéré la Tchécoslovaquie des hitlériens, que ce soit avant tout leur mérité. Certes, tout comme l'armée roumaine, comme les soldats de Wojsko Polska, ils ont participé aux combats. Les Etats-Unis ont même bombardé les villes tchèques. Le 14 février 1945 ils ont bombardé Prague. C'est vrai. Or, ce n'est que l'Armée soviétique qui a sacrifié les vies de 140,000 soldats au nom de la liberté des peuples tchèque et slovaque alors que 116 Américains ont péri sur ces territoires. Des pertes incomparables. Je comprends, d'ailleurs, que la perte d'un être est la perte du monde entier ».

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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70ème anniversaire de la Victoire dans la II GM (116)

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70e anniversaire de la Victoire, histoire, Seconde Guerre mondiale, Tchécoslovaquie, URSS
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