Ecoutez Radio Sputnik
    Mistral

    La France aura à assumer les Mistral!

    © Sputnik. Grigory Sysoev
    Analyse
    URL courte
    Résiliation du contrat Mistral (128)
    0 5166637

    En Russie, la décision de l'Elysée d'abroger le contrat des Mistral a provoqué une levée de boucliers généralisée de la part des députés et observateurs politiques.

    Le tollé a été encore plus large à cause de l'incompréhension totale de la part des citoyens russes. «Se ficher à un tel point de l'honneur national! La France a vraiment vécu!» déclarait intransigeant un chauffeur de taxi qui m'a emmené hier à mon rendez-vous. Madame Dugenou en cause avec ses voisins de palier et les retraités trouvent le sujet encore plus passionnant que les séries télévisées. Et enfin, au niveau qui n'est pas celui du plancher des vaches, au Ministère de la Défense, on avoue étudier les avatars de la pensée commerciale française cherchant à minimiser les pertes et sauver les meubles d'un contrat en perdition déclarée.

    Cependant la France, elle, réagit. Les politiques, les hommes d'affaires et même — suprême surprise! — les médias s'insurgent contre la décision à la Marie-Antoinette prise par un Président qui justement se soucie comme d'une guigne de l'opinion publique française et se moque royalement de la renommée de son pays pourvu que les maîtres soient contents de lui à Washington. Hautain, il observe Paris à travers les baies vitrées donnant sur un jardin clôturé dans une rue barrée avec des SRS en gardiens des lieux. «Allons!» a-t-il l'impression d'avancer, «Les chiens aboient et la caravane passe!» Cette fois-ci seulement, les chiens c'est son peuple, ces «sans-dents» qu'il méprise tant oubliant que la place de Grève n'est pas tellement loin.

    Gilles Lebreton est parmi les politiques honnêtes qui n'ont pas mâché leurs mots pour cracher leur amertume sur le perron dallé du Château. Cet eurodéputé FN se bat à fer émoulu en défendant bravement la France et sa province natale où les gens n'ont pas l'air de comprendre les beaux messieurs du gouvernement. Il a signé une déclaration qu'il rendit publique où M.Lebreton dresse le sombre bilan d'une affaire ténébreuse. Selon lui, les Mistral ont donné un coup de canif dans la réputation du complexe militaro-industriel français. Voici ce qu'il nous a confié dans un entretien en toute exclusivité:

    Gilles Lebreton. En effet, je pense que la France est l'un des plus grands pays dans le domaine de l'armement. Donc lorsqu'elle signe des contrats avec des partenaires fiables comme l'est la Russie, elle se doit d'honorer ses contrats et de ne pas interférer dans la livraison en l'occurrence des deux Mistral. D'autant qu'ici il n'y a pas de motifs valables pour interrompre cette livraison; le motif qui est pris est celui de la guerre en Ukraine. Mais il y a deux événements différents à mon sens: il y a d'abord l'affaire de la Crimée! Mais la population de la Crimée s'est prononcée démocratiquement pour le rattachement à la Russie. J'estime que c'est l'application du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Et il n'y a pas à revenir là-dessus. J'estime même que l'UE aurait dû participer à la préparation du référendum plutôt que de protester. Le deuxième point c'est en effet le conflit dans l'Est de l'Ukraine. Ca me paraît plus délicat mais ce qu'aurait dû faire l'UE plutôt que d'emboîter le pas aux Etats-Unis de façon aveugle, c'était justement de profiter de sa position européenne pour aider la Russie et l'Ukraine à trouver une solution ce qui n'a pas été fait. Et finalement on a vu que dans le cadre des accords de Minsk-2, c'est l'Allemagne et la France en tant qu'Etats qui ont été obligés d'intervenir puisque l'UE a failli gravement.

    Vous voyez, j'estime que si on met au clair ces événements-ci, il n'y a pas lieu à prendre le prétexte pour refuser de livrer les Mistral!

    Actuellement, il y a deux solutions qui sont à l'étude la première étant de vendre les Mistral à un autre acheteur. A ma connaissance, aucun autre acheteur ne s'est manifesté pour l'instant. La deuxième solution serait en effet de défaire ces Mistral ce qui coûterait très cher! Il y a peut-être une troisième solution qui n'est pas évoquée pour l'instant: ce serait que la marine française les récupère elle-même. Ce serait peut-être la meilleure solution puisque nous en sommes là! Les bateaux ayant coûté très cher, autant les utiliser!

    Je rajouterais que l'avantage de cette dernière solution si la France les reprenait pour elle, ce serait que l'on ne peut exclure une embellie future dans les relations entre la France et la Russie. Cela nous permettrait éventuellement dans l'avenir d'essayer de rattraper le coup si je puis dire. Le Président Hollande est extraordinairement impopulaire. Il y a la présidentielle dans deux ans. Je pense qu'il va les perdre. Nous sommes, entre la France et la Russie, dans une phase qui, malheureusement, n'est pas bonne sur le plan de nos relations. Mais il n'y a pas de raisons que les choses ne s'embellissent pas très prochainement! Par le passé, la France et la Russie ont eu de bonnes relations. Et il n'y a pas de raisons que cela ne puisse se reproduire.

    Question. On est en rapports permanents avec toute l'équipe FN en Bretagne — Jean-Claude Blanchard, Christian Bouchet et d'autres personnalités — tout le monde pense qu'il y a gros à perdre pour la France en matière de renommée en tant qu'un armurier mondial fiable. Qu'en pensez-vous?

    Gilles Lebreton. Vous avez raison d'évoquer cet aspect. Sur le plan de notre industrie d'armements, c'est assez catastrophique l'image que l'on donne puisque l'on va décourager nos acheteurs. Il est évident qu'on ne tient pas notre parole vis-à-vis de la Russie. Et demain si d'autres Etats sont tentés de signer des contrats pour la construction des navires à Saint-Nazaire, ils peuvent être amenés maintenant à réfléchir et peut-être à se tourner vers d'autres pays comme, par exemple, la Corée qui est un grand fabricant des navires de guerre. Moi-même j'ai été à Saint Nazaire parler à des ouvriers et je peux vous dire que là-bas il y a une très grande inquiétude pour l'avenir.

    Commentaire de la Rédaction. Gilles Lebreton a cent fois raison de fustiger le gouvernement incompétent qui dirige la France et qui vend des éléphants trompant énormément une nation crédule. Ainsi donc la note s'avérerait autrement plus salée par rapport aux prévisions de M. Bricolage. C'est que les Russes ont largement contribué à la construction des malheureux navires: ils ont livré une grande partie des deux coques et les mécanismes qu'ils entendent récupérer maintenant.

    Qui plus est, chaque jour de non-livraison coûte la peau de fesses au mouillage dans la zone portuaire. Les chantiers trinquent et la note augmente. Selon les esimations d'un analyste militaire russe rompu à ce dossier épineux, le minimum à casquer s'élèverait à plus de 3 Milliards d'euros en cumulant tous les dommages et intérêts prévus par le contrat.

    Cependant l'audit international avance que la Défense russe pourrait faire valoir quelques clauses du contrat qui n'auraient pas été encore rendues publiques au niveau national en faisant plafonner le chiffre à plus de 5 Milliards d'euros! Le budget de la République a-t-il les réserves pour en assumer le coût? Et il y a pas mal de têtes brûlées parmi les politiques russes qui proposent de négocier avec la France en tenant compte de la livraison d'armements en Syrie et en Ukraine où la France est tout sauf la colombe de la paix!

    La suggestion de Gilles Lebreton de trouver preneur pour ces bateaux-orphelins pourrait s'étoffer via la Chine qui, elle, serait en passe de réfléchir à cette acquisition. Si le tout se ficèle, la Chine les aurait à bas prix, un peu comme la ligne de production de l'avion régional Fairchild-Dornier bradée par les Allemands à Pékin pour quatre sous il y a 12 ans de cela. La Russie pourrait récupérer les bâtiments dans un port chinois moyennant une petite commission mais pour un prix largement inférieur par rapport aux dommages et intérêts qu'elle présenterait à la France. Résultat: Moscou fera payer à Paris une plaisanterie qui a tourné court. Comme quoi on ne badine pas avec les Russes!

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Dossier:
    Résiliation du contrat Mistral (128)

    Lire aussi:

    La saga des Mistral toucherait-elle à sa fin ?
    Député russe: Moscou doit réclamer 1,5 md EUR pour les Mistral
    Mistral russes: le démantèlement coûtera entre 15 et 20 M EUR
    Mistral : Tous au sabordage ! Parés à la manoeuvre !
    Amiral français: vendre les Mistral à des pays tiers
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik