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Bruxelles est obsédé par l’idée de se débarrasser du gaz russe. Il est depuis longtemps clair que ces tentatives sont absolument désavantageuses au plan économique mais les politiciens essaient de persuader tout le monde que pour assurer un avenir radieux il faut renoncer au gaz russe.

Le monde était il y a deux ans au seuil d'une révolution de schiste: les experts américains promettaient constamment des pertes qu'essuiera la Russie. Or, il n'y a pas eu de révolution et les prix bas des hydrocarbures mettent en question les perspectives de mise en valeur onéreuse des gisements de schiste. Même si ces gisements sont exploités, il faudra livrer le GNL à l'Europe. Les frais de transfert du GNL depuis les Etats-Unis en Europe rendent le prix incommensurablement élevé pour le consommateur. Or, les Américains se proposent de réaliser plusieurs tâches à la fois et font tout pour priver l'Europe de la possibilité de manœuvre. Le directeur du département analytique de la compagnie Alpari Alexandre Razouvaev estime:

En théorie c'est réel mais il faut construire des terminaux pour accueillir ce gaz ce qui prend du temps et est onéreux. Il faut faire correspondre les prix à ceux du pétrole et, par conséquent, le gaz sera relativement bon marché. Il est possible que cela ne soit pas rentable du point de vue des fournisseurs. Renoncer à cent pour cent au gaz russe en faveur du gaz américain est une idée politique. Les Américains exercent sans doute la pression sur leurs partenaires. Cependant, au plan économique personne n'a inventé rien de meilleur que le livraisons de Gazprom par les gazoducs. Les Américains mettent à profit leur potentiel et leur influence pour développer l'économie et réaliser leurs objectifs géopolitiques.

Certes, il existe des fournisseurs plus proches, par exemple la Norvège. Sa part constitue aujourd'hui un quart du marché gazier européen. Les Norvégiens étaient convaincus il y a deux ans que cet indice serait porté à 40% d'ici 2030 et le gaz poserait en perspective le fondement de l'économie du pays. Cependant, ces pronostics étaient vite démentis. L'extraction a baissé et il n'y aura pas de nouveaux grands gisements. Les politiciens européens évoquent de plus en plus rarement le « miracle norvégien ».

Les Européens espèrent toujours rechercher une alternative sinon dans le Sud. 10 milliards de m3 de gaz azerbaïdjanais qu'il est prévu de livrer à l'étape initiale ne suffiront qu'à satisfaire les besoins de l'Europe du Sud et partiellement du Sud-Est. Les livraisons de gaz turkmène sont envisagées depuis plusieurs années. Le gazoduc transcaspien dans le fonds de la Caspienne reliera le Turkménistan à l'Azerbaïdjan. Or, il faut être prudent avec ce projet et il ne faut pas sous-estimer la position de l'Iran, dit l'expert de l'Union des industriels du pétrole et du gaz de Russie Roustam Tankaev:

En ce qui concerne la Turkménie, je doute, malgré les déclarations de l'UE, qu'elle s'intègre d'ici 2019 au marché européen. Il est très compliqué de construire le gazoduc transcaspien. Deux pays sur cinq: la Russie et l'Iran s'y opposent résolument. Il est difficile d'aménager le gazoduc via l'Iran parce qu'il entend vendre son gaz à l'Europe et évince les concurrents. Les Chinois contrôlent le gaz iranien, ils y sont intéressés et empêcheront les livraisons en Europe. Le facteur turkmène est exclu.

Il existe bien sûr du gaz des pays du Proche-Orient où la situation change tous les jours. La région étant au centre des intérêts des Etats-Unis, on ne saura prochainement garantir les livraisons de gaz en provenance du Proche-Orient en Europe. 

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
Russie, Europe, Norvège, Turkménistan, Azerbaïdjan, Alexandre Razouvaev, Roustam Tankaev, Union européenne (UE), Gazprom, gaz
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