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    Mariani: "La suspension de la livraison des Mistral, premier pas vers l'abandon"

    © Sputnik. Georges Gobet
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    Résiliation du contrat Mistral (128)
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    Personnalité politique française, Thierry Mariani est de toutes les batailles, et incarne une voix de plus en plus entendue à l'UMP.

    Respecté par ses électeurs pour la droiture de sa position, Thierry Mariani est un fervent supporteur d'une politique européenne axée sur le fameux axe Paris-Berlin-Moscou. Représentant aux yeux des Russes de cette France émancipée de la tutelle américaine, le député français nous livre son analyse, sur plusieurs questions, dont celle des Mistrals.

    Sputnik: L'information sur l'affaire « Mistral » est assez controversée. D'après certaines informations, la Russie serait sur le point de renoncer à la livraison des porte-hélicoptères français pour non-respect des délais, même si M. Rogozine a démenti qu'une décision définitive ait été prise. Qu'en dites-vous?

     

    Thierry Mariani: Je ne suis pas le chef de l'Etat français donc je ne suis pas dans le secret des dieux. Mais il y a quand même des faits qui sont connus. D'abord nous avons signé un contrat pour la livraison des deux de ces navires. Les marins russes étaient d'ailleurs déjà en formation sur ces bateaux. Le premier navire était déjà complètement achevé et aurait dû déjà être livré. Le premier point qui est évident — c'est qu'aujourd'hui la France n'a pas respecté le calendrier.

    Deuxièmement, ce qui est sûr aussi, c'est que la France a décidé à l'heure actuelle officiellement de suspendre l'application de ce contrat. Vous savez, quand on suspend quelque chose en politique, c'est toujours le premier pas vers un abandon. Je pense que cette suspension de contrat était une erreur parce qu'en réalité rien n'obligeait juridiquement la France à geler ce contrat puisque dans le matériel militaire qui était sous l'embargo, et qui était signé après cette date, eh bien, Mistral ne rentrait pas dans cette catégorie. Mais nous avons décidé de geler ce contrat ce qui est, je le répète, une erreur.

    Troisièmement, comme vous l'avez souligné, aujourd'hui on est un peu dans un imbroglio où, côté russe, on nous annonce que la vente ne serait pas faite. Côté français, on ne dit rien ouvertement. Mais tout laisse croire que les affirmations du côté russe sont fondées. Or aujourd'hui on est très certainement dans une négociation qui a déjà commencé, à savoir que la partie russe est en droit de demander une indemnisation puisque la France ne respecte pas le contrat. C'est tout à fait normal! Et la France fait discrètement — ce qui est logique aussi! — limiter la casse c'est-à-dire de faire en sorte que cette indemnisation soit la plus faible possible. On aura confirmation de tout cela, je pense, officiellement bientôt. Ce qui est sûr c'est que ce contrat n'est pas en voie d'être réalisé et, je le répète, je pense que c'est une grave erreur.

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    © AFP 2017 Jean-Sebastien Evrard
    Sputnik: La France pourrait-elle brader ces navires à la Chine sans l'aval de la Russie ou bien, selon votre déclaration, ces bateaux pourraient-ils être utilisés pour résoudre les problèmes migratoires du pourtour méditerranéen?

    Thierry Mariani: D'abord, une partie des bateaux a été fabriquée en Russie. Le câblage a été entre autres assuré par les Russes. Donc il est évident que ce bateau aujourd'hui ne pourrait pas être vendu sans l'accord des Russes. Puisqu'une partie de sa valeur est, si je puis dire, originaire de la Russie. Est-ce que la France peut vendre ces bateaux à qui bon lui semble? A cette heure-ci, à mon avis, non! Et quand la Russie dit que ce bateau ne peut être vendu que quand on aura réglé le différend commercial, cela me semble tout à fait logique. Ensuite, le vendre à qui? De vous à moi, aujourd'hui, à ma connaissance, il n'y a aucune piste crédible! D'abord ce qui est sûr c'est que la marine française n'a pas besoin de ces bateaux. Puisque la marine française est déjà équipée de trois navires identiques. Et cela suffit. Et deuxièmement, aujourd'hui, aucune marine étrangère n'a, semble-t-il, manifesté le souhait de les acheter. Si on veut les vendre, il est à savoir que les deux bateaux avaient été faits pour l'usage par l'armée russe. C'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de choses qui sont à revoir parce que les hélicoptères russes ne sont pas forcément de la même dimension que les hélicoptères d'une autre nationalité.

    Alors l'usage par l'Europe, c'est une idée que j'ai lancé. Vous savez, la France est dans cette situation parce qu'un certain nombre de nos partenaires ont demandé la solidarité! Mais il faut qu'elle se manifeste des deux côtés puisque, semble-t-il, le gouvernement français a décidé de ne pas vendre ces navires à la Russie. Je veux dire qu'il faut que ceux qui nous ont demandé cela fassent un geste et participent à l'achat de ces navires. L'Europe est en réalité un nain politique et un nain militaire. Un nain parce que nous n'avons aucun moyen! Or nous avons dans le monde par moments, des citoyens européens impliqués dans les crises et qui peuvent avoir besoin d'être évacués. Je me souviens quand il avait fallu évacuer plusieurs milliers d'Européens, notamment du Liban. On peut avoir des crises sanitaires ou tout simplement internationales et c'est bien ce qui se passe actuellement en Méditerranée. Et puisque l'Europe parle de la solidarité, il faut que l'Europe aujourd'hui l'ait par rapport à des citoyens français qui vont devoir assumer la note de ce boycott pas voulu.

    Si l'Europe avait fait preuve de sa solidarité, elle aurait acheté ces deux bateaux qui permettraient enfin à l'Europe d'avoir une force d'action humanitaire. Les Mistrals ne sont pas des bateaux de combat mais de logistique, de soutien. Et c'est d'ailleurs pour cela qu'il a été totalement stupide de faire un lien avec la crise ukrainienne. Si l'Europe se procure demain ces deux navires, dans l'urgence cela lui permettrait, par exemple, d'être présente en Méditerranée pour sauver des vies humaines de ces migrants qui meurent en mer, mais aussi pour traiter peut-être à bord leurs demande d'immigration. Parce qu'à l'heure actuelle, la pire solution c'est de les débarquer sur le sol européen et après chacun sait qu'ils ne sont pas expulsés, qu'ils restent en Europe et qu'ils grossissent le flot des sans-papiers. Donc si l'Europe se dotait d'une force humanitaire, cela permettrait à la fois de sauver des vies et de protéger nos frontières.

    Et enfin, ces bateaux pourraient être utiles pendant les crises internationales qui — hélas! — ne manqueront pas de se manifester dans d'autres points de la planète.

    Cela permettrait également le contribuable français de ne pas être seul à payer la note de ces bateaux qui ne sont, malheureusement, pas vendus!

    Sputnik: On dit que ces bateaux coûtent très cher même au mouillage à Saint-Nazaire ou en plus, ils occupent de la place. S'ils étaient détruits, cela nuirait-il encore davantage à François Hollande?

    Thierry Mariani: Très franchement, je ne le pense pas! François Hollande est en très mauvaise position dans les sondages, mais cette affaire des Mistrals représente une somme importante puisque l'addition finale devrait être aux alentours d'1,2 milliard. Mais par rapport au déficit actuel du budget français, cela représente une somme qui n'est pas majeure. Je pense tout simplement que c'est un mauvais signe qui est donné à l'étranger parce que je pense que quand on signe un contrat, on doit le respecter. La parole et le respect de la signature en matière du commerce international c'est quelque chose de primordial! Quand on achète quoi que ce soit, on a envie d'être livré! Si le fournisseur devient un fournisseur incertain, eh bien, des fois on signe chez un autre fournisseur!

    Je pense que le signe envoyé par la France sur ce contrat est extrêmement mauvais.

    Sputnik: D'après la presse russe, la marine nationale de la Russie serait en passe de concevoir ses propres porte-hélicoptère. Cependant, les marins russes seraient maintenant au courant de certaines caractéristiques des bâtiments de guerre français. Si cela était exact, s'agirait-il d'un usage légal de technologie étrangère, ou cela constituerait-il un quiproquo juridique inextricable?

    Thierry Mariani: Est-ce que la Russie est capable de construire des bateaux identiques? La réponse me paraît être évidente! La Russie est un grand pays; et je pense que la signature de ce contrat est plutôt un acte politique entre le Président Medvedev de l'époque et le Président Sarkozy! Ils l'ont fait pour montrer que les deux pays pouvaient collaborer ensemble. Mais la Russie, elle, est capable de fabriquer toute seule des navires! De surcroît, le contrat des Mistrals a permis déjà une partie de transfert des technologies. ¨Puisque la marine russe a été associée, en partie, à la construction de ces navires. Si demain la marine russe décide de construire elle-même des bateaux qui ne seront peut-être pas absolument identiques et qui s'inspireront beaucoup des bâtiments de type « Mistral », je le regretterai mais je ne vois pas comment je pourrais le condamner! La France avait, bien évidemment, une solution si elle voulait éviter cela: il suffisait qu'elle honore sa signature. Le Président Hollande a choisi de ne pas respecter ce contrat… C'est à mon avis quelque chose de très dangereux parce que désormais effectivement la Russie est en mesure de fabriquer des bateaux presqu'identiques. Et pourquoi pas ne pas les commercialiser?

    Sputnik: Monsieur Mariani, merci.

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