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    Modération et exactitude. Histoire longue du vieux continent. Partie n°1

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    Dmitri Geer
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    L’Allemagne explique au monde entier, mais surtout à l’Europe, comment il faut parer les velléités séparatistes. Or ses voisins ne se gênent pas pour suivre son exemple et appliquer une politique fédérale heureuse.

    Olga Zinovieva, directrice de l'Institut biographique d'Alexandre Zinoviev, coprésidente du Club Zinoviev de Rossiya Segodnya
    © Sputnik . Vladimir Trefilov
    Le succès de l'Etat nation allemand tient au fait d'avoir réuni des régions puissantes, mais surtout bénéficiant d'une autonomie importante. Et même si, de temps à autre, on se remémore dans les lands particulièrement prospères, qu'il y a 150 ans, ils étaient forts et indépendants, ces rêves ne font pas écho auprès de la majorité de la population. Peut-être, parce que durant tout ce temps l'Allemagne a connu des unions et des divisions, l'arrivée au pouvoir des nazis et la tragédie de l'après-guerre. Vladislav Biélov, directeur adjoint de l'Institut de l'Europe auprès de l'Académie russe des sciences retrace ce trajet historique de l'Allemagne moderne:

    Pour l'Allemagne, on doit prendre pour point de départ 1871, lorsque le grand Bismarck réunit quelques 30 Etats allemands indépendants, dont la Prusse était le plus important. Depuis 1871, l'Allemagne a traversé une histoire très compliquée de la République de Weimar au Reich nazi. En 1949, en conformité avec le système légal fondateur du pays, un Etat fédéral est créé, regroupant les lands des zones d'occupation des Etats-Unis, de la France et du Royaume-Uni. En 1991, les districts de la RDA se sont réunifiés à la RFA. A ce jour, nous avons 16 Etats fédérés. L'Allemand est la somme des Bavarois, Souabes, Prussiens, etc. En Allemagne, on compte 143 dialectes.

    De l'avis des spécialistes, ce sont précisément les dialectes qui divisent principalement l'Allemagne. Il existe un grand nombre de blagues et de plaisanteries à ce sujet. Or cela n'a pas de répercussions sur les rapports entre les habitants des différents lands. On peut dire que les tendances séparatistes sont restées dans le passé, conclut Alexandre Galkine, professeur et collaborateur scientifique principal de l'Institut de la sociologie auprès de l'Académie russe des sciences:

    L'augmentation des velléités séparatistes est très souvent liée à une grave crise politique. Il y en a eu après la révolution allemande de novembre 1918. Elles se sont accentuées aussi dans certains lands après la défaite de l'Allemagne hitlérienne en 1945. Mais je ne les exagérerai pas, parce qu'en Allemagne on a trouvé un équilibre optimal de coexistence de régions autonomes et, à bien des égards, indépendantes du gouvernement central. On y a mis en place un système de contre-pouvoirs, de partage des fonctions assurant une autonomie aux anciens Etats indépendants et actuellement lands d'Allemagne fédérale.

    De temps en temps, certains politiques cherchent à jouer la carte du séparatisme, mais ils comprennent qu'ils ne peuvent pas compter sur un large soutien populaire. La situation peut radicalement changer en cas de crise politique, mais pour le moment les autorités fédérales à Berlin savent l'éviter avec habilité, remarque Alexandre Galkine:

    Cette autonomie satisfait parfaitement l'essentiel de la population. Le séparatisme existe, bien entendu, mais en tant que mouvance marginale. Toutefois si des divergences politiques aiguës ou une crise du système politique survenaient, ces penchants referont surface. Cependant, un contexte favorable est actuellement inexistant. Et nous n'avons aucune raison de parler de menace séparatiste.

    Or ce que réussissent les économies prospères n'est pas à la portée d'économies moins développées, où le nombre de citoyens mécontents de leur situation va en augmentant. Pendant que les autorités centrales font tout pour reporter le début des réformes économiques, des hommes politiques sur place cherchent, de temps en temps, à jouer sur les sentiments de l'électorat. En Allemagne, cela est difficile au moins pour deux raisons: en plus de la transparence économique et politique de l'Etat, les Allemands ont une très bonne mémoire historique.

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    Tags:
    Alexandre Galkine, Vladislav Biélov, Europe, Allemagne
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