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    Mistral

    La saga des Mistral touche à sa fin

    © Sputnik. Laetitia Notarianni
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    Valérie Smakhtina
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    La saga des «Mistral» semble toucher à sa fin. La France a pris la décision ferme de ne pas fournir les deux bâtiments de projection et de commandement (BPC) de type Mistral à la Russie, a déclaré le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, à Washington.

    Il a précisé que les pénalités prévues par le contrat étaient estimées à 1,2 milliard de dollars.

    Deux choses laissent perplexe. Il est d'abord symbolique qu'une telle annonce soit faite à Washington et qu'elle coïncide avec le début du forum des BRICS à Oufa, en Russie. Idem pour le montant des pénalités qui ne rime à rien, les chiffres variant de trois à cinq milliards de dollars. Mettons les choses au clair.

    Richard Labévière, journaliste et essayiste, rédacteur en chef de la revue de l'Institut des hautes études de défense nationale Défense (2003-2010), rédacteur en chef d'Esprit@corsaire, s'est dit scandalisé par cette affaire. «C'est une décision totalement incohérente et indécente qui manifeste l'alignement de la France sur les Etats-Unis et la conséquence du retour de la France dans le commandement militaire intégré de l'Otan, opéré par Nicolas Sarkozy en 2011, nous a-t-il confié. Dans le contexte des crises syrienne et ukrainienne, les Etats-Unis et d'autres pays de l'Otan, notamment la Pologne et les pays baltes, ont fait pression sur la France… On est dans un jeu de dupes, on est dans un véritable scandale diplomatique qui perdure. C'est également une insulte à l'histoire et à la mémoire historique, sachant que la Russie avait payé un très grand sacrifice lors de la Seconde guerre mondiale (le bilan de l'URSS est plus de 27 millions de victimes).»

    Mistral perdant
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    Cependant, la non-livraison des Mistral — ce n'est pas grave pour la Russie. Sachant qu'à l'origine, les bateaux étaient censés contrer une agression potentielle de la part de l'Otan en mer Noire, Moscou n'en a plus besoin. La raison est simple: le rattachement de la Crimée avec la base militaire de Sébastopol exclut toute possibilité de création d'une base otanienne dans cette région.

    « Le contrat a été signé par les présidents de l'époque MM.Dmitri Medvedev et Nicolas Sarkozy à un moment où la Russie voulait davantage participer aux opérations de maintien de la paix des Nations-Unies et montrer à l'Occident qu'elle partageait ses valeurs, continue Richard Labévière. Le contexte géopolitique a changé. Qui plus est, l'achat de ces deux porte-hélicoptères ne modifiait en rien la balance stratégique. La Marine russe a suffisamment de capacités de projection et de déploiement pour assurer sa propre défense et ses propres missions. »

    Jean-Yves Le Drian a envoyé un appel du pied à Washington, en suggérant que si les Etats-Unis achetaient les Mistral, il en serait ravi. Par ailleurs, il s'est vu opposer le mutisme du ministre américain de la Défense, Ashton Carter, sur cette question. Richard Labévière a vivement critiqué cette proposition implicite du ministre français. « Ce sont des postures de boutiquiers et de petits marchands indignes, a-t-il tranché. Il est absolument inconcevable que les Etats-Unis achètent ces bateaux dont ils n'ont aucun besoin, surtout sachant que les Mistrals ont été usinés en fonction des besoins russes avec des bateaux doubles coques pour aller dans les mers froides. Ils tordent le bras à leur soi-disant allié, mais ce sont des gens dont la politique étrangère ne vise que leurs intérêts. Ils ne font jamais de cadeaux, leurs choix, leurs options sont mus seulement par l'argent et le roi dollar.»

    Quel avenir pour les Mistrals? N'importe quel scénario peut être envisagé jusqu'au plus absurde, indique Richard Labévière. Il a été proposé soit de les faire couler, soit de les vendre aux Etats-Unis ou au Canada, soit de le vendre à l'Union européenne pour transporter les migrants clandestins du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord… «Tout ce qu'on sait aujourd'hui c'est que la situation actuelle coûte beaucoup d'argent, des milliards d'euros à la France. On arrive à des chiffres astronomiques et ce sont les contribuables français qui payeront la note», conclut l'expert.

    Cependant, à quelque chose le malheur est bon. La Russie a largement profité du transfert de technologies. Elle a prouvé qu'elle était dans la mesure de construire un navire alternatif au BPC français. La maquette du Priboï fut présentée dans le cadre du forum Armée-2015, du 16 au 19 juin dans la région de Moscou. Richard Labévière a partagé avec nous une note positive: «L'ensemble des entreprises qui ont été associées à l'opération Mistral, ont découvert le partenaire russe, ses fiabilités en termes d'échanges. On peut espérer que, malgré le fiasco des Mistral, les PME prolongent leurs contacts et leurs échanges commerciaux avec la Russie et que les partenaires qui ont été victimes de la non-réalisation de ce contrat dépasseront ce choix politique qui incombe seulement au président Hollande et à son gouvernement. Espérons que ce choix politique n'entrave pas et ne pèse pas plus éternellement sur les relations entre la Russie et les acteurs économiques européens.»

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    Tags:
    Mistral, France, États-Unis, Russie
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