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    Drapeau grec

    La Grèce est mise sous la tutelle des Etats-Unis

    © REUTERS / Jean-Paul Pelissier
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    Valérie Smakhtina
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    Désillusion ? Malaise ? Une semaine après le NON au référendum qui a soulevé une vague d'enthousiasme en Grèce, l'accord trouvé dimanche tard dans la nuit a du mal à être digéré.

    « Cette proposition comporte fondamentalement un nouveau programme d'austérité, de contre-réforme et de privatisation, elle n'aurait pas dû être votée au Parlement », expliquent 15 députés grecs dans une lettre ouverte au Comité central du pays.

    En réalité, la pilule ne passe pas du côté de nombreux parlementaires européens. Georges Gastaud, professeur de philosophie, militant communiste, interrogé par radio Sputnik, s'oppose au soi-disant compromis: « C'est une terrible défaite pour le peuple grec et la mise en tutelle de la Grèce. L'Union européenne veut humilier la Grèce et ne lui faire aucune concession sérieuse. Le problème de tous les pays de l'Europe, sauf l'Allemagne, est qu'ils ont perdu leur indépendance. Je ne compte pas sur François Hollande, qui cède toujours à Angela Merkel au dernier moment, je compte sur les peuples qui doivent comprendre que, malheureusement, on ne peut pas traiter avec l'Union européenne. »

    François Asselineau président et fondateur de l'Union Populaire Républicaine, ne mâche pas ses mots: « La grande leçon à tirer de cette affaire — il n'y a pas d'autre Europe possible. Soit on accepte les traités européens libéraux, c'est-à-dire, une politique libérale de démantèlement des services publics, de démantèlement des acquis sociaux, d'appauvrissement général du plus grand nombre, de précarisation générale des populations pour le profit d'une toute petite oligarchie, soit on sort de l'Europe, de l'euro, on reprend sa monnaie et sa souveraineté nationale. Il n'y a pas de possibilités entre les deux. » Georges Gastaud partage le même avis: « Il faut que la Grèce se souvienne qu'il n'y a pas que l'Occident mais aussi l'Orient avec ses traditions orthodoxes. Elle peut avoir d'autres secours que tout simplement se tourner éternellement vers les pays qui la pressent comme un citron. »

    Le choix est, certes, difficile. D'une part, on a la zone euro et la monnaie unique censée rapprocher les peuples européens. Or, la crise grecque a montré qu'il n'en est rien. D'autre part, on a, par exemple, les pays des BRICS qui tendent la main à Athènes. Lors des sommets de BRICS et de l'OSC les 8-10 juillet à Oufa, les pays membres ont souligné qu'en cas d'adhésion, la Grèce pourrait compter sur l'aide de la Banque de développement qui sera prochainement créée. La Russie a, pour sa part, annoncé qu'elle envisageait de livrer directement des combustibles à la Grèce afin de l'aider à faire repartir son économie. Or, Alexis Tsipras, en visite à Saint-Pétersbourg où se déroulait, les 18-20 juin, le Forum économique international, n'a pas demandé d'aide à la Russie.

    Qui vivra verra, mais on peut dire dès aujourd'hui que l'économie européenne gérée par les institutions financières internationales, comme la BCE ou le FMI, se présente comme un moyen de pression politique. On le voit aussi bien à travers le mécanisme de sanctions, imposée à l'Iran et à la Russie, qu'à travers la crise grecque. Car la BCE distribue la « monnaie des Européens » sur des critères qui ne tiennent pas compte du bien-être des populations.

    François Asselineau pousse l'idée de politisation de la monnaie unique plus loin. Il pointe du doigt la vraie personne qui, à son avis, a réglé l'affaire grecque — le secrétaire au Trésor américain, Jacob Lew, qui est en contact permanent avec M. Tsipras, avec la Banque centrale européenne, avec Jean-Claude Juncker, avec Angela Merkel. « La monnaie européenne a été inventée par les Etats-Unis, ce que confirment les documents secrets défense déclassifiés par l'administration américaine, en l'été 1965. Ce sont les Etats-Unis qui, au moins depuis 50 ans, essayent d'avoir une monnaie européenne. C'est très important pour eux parce que si la Grèce était sortie de l'euro, c'est l'ensemble de l'échafaudage d'asservissement qu'ils ont mis en place depuis la fin de la Seconde guerre mondiale qui risquerait de s'effondrer. C'est un sujet de nature géopolitique américaine et non pas un sujet de nature financière. »

    On en déduit que la Grèce d'Alexis Tsipras est un pion sacrifié sur l'autel du « grand échiquier » américain, ce que prouvent les fissures au sein du Syriza. Mais qu'est-ce qu'on voit au sein de l'Union européenne en général? D'une part — l'effet de domino avec l'Europexit (l'Italie, l'Espagne, le Portugal et le Royaume-Uni). D'autre part — François Hollande a promis plus d'intégration dans la zone euro. Les experts craignent que cette promesse de l'Elysée n'aille dans le sens des erreurs passées.

    Enivrés par leur victoire sur un peuple à genoux, les dirigeants de la zone euro risquent d'aggraver le bilan, aussi négatif pour les vainqueurs que pour les vaincus. Tandis qu'il n'y a qu'un seul acteur, le gagnant « suprême » de l'affaire, qui tirera son épingle du jeu…

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    Tags:
    zone euro, Union européenne (UE), Georges Gastaud, François Asselineau, Grèce, États-Unis
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