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Le Burundi attend, sans grand suspens, les résultats de la présidentielle qui doivent offrir un troisième mandat controversé à Pierre Nkurunziza, dont la volonté de se maintenir au pouvoir a plongé le pays dans une grave crise politique.

Au terme d'une élection marquée par des violences, le boycott de l'opposition et une participation en berne, le dépouillement a commencé, mais les résultats ne seront pas disponibles avant jeudi soir. Serait-ce possible que le président Pierre Nkurunziza, jugé « dictateur » reste au pouvoir?

Ce sont des mesures institutionnelles et des mesures visant à terroriser la population qui rendent sure la victoire du chef de l'Etat. Charles Emptaz, reporter et spécialiste des zones de conflits, explique: « La crise que connaît le Burundi aujourd'hui était prévisible. Dès le début de son premier mandat, le président Pierre Nkurunziza a progressivement délaissé la pratique démocratique du pouvoir avec des menaces, des intimidations, des éliminations d'opposants, une corruption massive, le trucage de la carte électorale, etc. Des jeunes du parti présidentiel avouent être payés pour terroriser, voire tuer tous les opposants. Bref, il y a un tas de mesures prises par Pierre Nkurunziza pour se maintenir au pouvoir. Des centaines de milliers de Burundais ont quitté leur pays, souvent à pied, à travers la forêt».

La révolte devient de plus en plus violente. A force de se faire tuer, les opposants, à l'origine pacifiques, ressortent les armes de la guerre civile, font des cocktails Molotov qui deviennent des grenades, commettent des attentats et passent dans une guerre asymétrique. « On passe d'un conflit politique qui devait se jouer dans les urnes à une opposition armée. Le conflit risque de durer et d'être violent, » constate Charles Emptaz. « Cela présage ce que tout le monde craint dès le début — un embrasement du pays avec, d'un côté, un camp prêt à tout pour se maintenir au pouvoir et qui a prévu cette guerre, et, de l'autre côté, avec les populations qui se radicalisent ».

Protestataires au Burundi
© REUTERS / Goran Tomasevic
Si le Burundi plongeait dans le chaos, il va déstabiliser toute la région, en touchant le Rwanda, l'Ouganda et la République démocratique du Congo. La paix est très fragile dans le pays qui vient de se redresser après douze ans de guerre civile qui, elle aussi, a été provoquée par les élections de 1993. Comme au Rwanda voisin, il s'agissait d'un conflit ethnique entre Hutus et Tutsis qui étaient une race dominante. Même si le mouvement de protestation de 2015 ne porte pas de caractère ethnique, les anciennes tensions s'accroissent. Parallèlement, la menace d'une catastrophe humanitaire s'accentue dans le pays. Plus de 70 personnes ont péri depuis le début des manifestations, et le bilan ne cesse pas de s'aggraver. Terrorisés par les milices burundaises, les Imbonerakure, plus 150.000 réfugiés « politiques » ont fui le pays vers la Tanzanie, le Rwanda, l'Ouganda et le Congo. 

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
élection présidentielle, élections, Charles Emptaz, Pierre Nkurunziza, Burundi, Afrique
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