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Le Pentagone est profondément déçu: le Kirghizstan a dénoncé unilatéralement l'accord de 1993 portant sur la collaboration avec les Etats-Unis et décidé de fermer la base militaire américaine Manas, près de Bichkek. Serait-ce la fin de partie américaine dans le pays?

Le refus de prolonger le bail de la base militaire de Manas revient régulièrement au Kirghizstan, qui avait instrumentalisé la présence militaire américaine à des fins budgétaires. En 2009, par exemple, les Etats-Unis ont dû tripler le loyer de 17,4 millions de dollars à 60 millions par an pour maintenir leur position militaire. Or, le non renouvellement du contrat sur la base de Manas s'inscrit dans le processus de désengagement des Etats-Unis en Asie centrale suite au retrait des troupes américaines d'Afghanistan. Selon Philippe Migault, expert de la problématique militaire de l'IRIS, grand reporteur au Figaro, «il est temps que l'aéroport international, occupé des avions de combats et des moyens militaires américains et français depuis 2002, puisse retrouver son plein potentiel pour l'aviation civile».

Pour les Américains, Manas et le Kirghizstan en général est un point d'ancrage clé en Asie centrale. A l'époque, la base servait de centre de transit pour les militaires engagés en Afghanistan et accueillait environ 1.500 soldats. Mais l'intérêt majeur des Etats-Unis est d'être présents «en Asie centrale ex-soviétique appelée l' "étranger proche" afin de combattre l'influence russe. C'était une manière d'essayer de contrecarrer le retour de la Russie dans la région, que ce soit par le biais de l'Union douanière ou de l'Organisation du traité de sécurité collective», constate Philippe Migault.

La Kirghizie a toujours pianoté entre les Etats-Unis et la Russie, rivaux dans la région. Moscou dispose d'une base militaire de Kant. En 2012, le Président russe Vladimir Poutine a dû signer un accord avec le gouvernement kirghiz qui prévoyait l'annulation progressive d'une dette de 350 millions d'euros en échange du maintien de leur présence militaire jusqu'en 2032 dans le pays. Philippe Migault témoigne:

«Le jeu des Kirghiz est celui des Ukrainiens: essayer de retirer le meilleur de ce que peuvent offrir les Occidentaux et la Russie. On est toujours dans une politique de balance. La Kirghizie a rejoint l'Union douanière et l'Organisation du traité de sécurité collective, en d'autres termes, elle est rentrée dans la sphère d'influence russe. C'est un processus qui est irréversible.»

Ayant évacué leur base après huit ans des exigences de la Kirghizie, les Etats-Unis ne veulent pas perdre leur influence en Asie centrale. «Tout ce qui peut permettre de dresser les opinions publiques des différents pays concernés contre la Russie est vu comme quelque chose de positif aux Etats-Unis, dit notre expert réputé. Ce type de processus est encore à redouter dans les années qui viennent. Qu'est-ce que sont les révolutions oranges si ce n'est pas quelque chose encouragé par les Etats-Unis?»

La question rhétorique de Philippe Migault, ainsi que la fine comparaison de la Kirghizie et de l'Ukraine n'est pas le fruit du hasard. Les deux pays sont assis entre deux chaises. Bichkek, si son choix en faveur de la Russie est décisif, aurait, sans doute, à craindre… 

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
aéroport Manas de Bichkek, Philippe Migault, Asie centrale, Bichkek, Kirghizstan, États-Unis, Russie
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