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    Participants are seen at a digital working space during the World Climate Change Conference 2015 (COP21) at Le Bourget, near Paris, France, December 1, 2015

    Une COP21 sous influence des multinationales

    © REUTERS / Christian Hartmann
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    Deuxième semaine de la COP21. Après les négociateurs, place aux ministres. Et pendant ce temps-là, au Grand Palais, on cherche aussi des Solutions aux dérèglements climatiques.

    "ON" c'est à dire beaucoup de multinationales, trop de multinationales pour les ONG qui parlent de "fausses solutions" depuis un moment et craignent l'impact négatif du lobby mercantile sur l'issue des négociations….

    La première ébauche du texte de l'accord mondial sur le climat a été remise samedi à Laurent Fabius. Elle sert de base aux ministres, qui négocient dès lundi. Ce weekend a été ponctué d'arrestations musclées de membres d'ONG venus dénoncés la présence de multinationales à l'exposition « Solutions COP21 » du Grand-Palais. Que ce soit au travers des sponsors ou des participants à l'exposition, Katia Roux, responsable des campagnes France, à Peuples Solidaires — ActionAid, estime que la présence des multinationales à la COP21 est démesurée:

    ​"Le rôle des multinationales aujourd'hui, dans le cadre de la COP21, est effectivement démesuré. Elles sont très présentes, elles poussent pour avancer leurs solutions, c'est-à-dire leurs solutions au changement climatique. Des solutions qui vont être basées sur des intrants chimiques, sur une agriculture dite « climato intelligente », sur le développement des hydro-carburants par exemple, donc autant de solutions que nous dénonçons, nous société civile, puisque nous considérons que se sont de fausses solutions qui ont des effets très très dangereux sur l'environnement et sur les droits humains."

    Jusqu'au 10 décembre, l'exposition au Grand Palais réunis entreprises, associations et collectivités locales. Parmi les entreprises venues promouvoir leurs initiatives en faveur du climat, on y retrouve Engie, Renault-Nissan, Michelin, Sanofi, l'Oréal, Suez ou encore Coca-Cola. De la pure hypocrisie selon les ONG qui sont venus manifester et se sont faites expulsées du lieu. Cependant, les ONG n'ont pas attendu la COP21 pour dénoncer l'influence négative de multinationales sur les politiques climatiques. Les Amis de la Terre France, en partenariat avec le CRID et Peuples Solidaires-Action Aid France, ont mis en place « les Prix Pinocchio du Climat »:

    "Les prix Pinocchio sont un événement qui pour nous permettent de dénoncer la responsabilité de ces entreprises dans l'affaiblissement des politiques climatiques et l'impact de leurs activités sur les communautés locales. Nous avions trois catégories dans ce prix Pinocchio: la catégorie lobby, puisqu'il est avéré que ces entreprises mènent des activités de lobby très forts pour justement faire passer leurs solutions. La catégorie greenwashing, puisqu'elles se ventenr d'être des défenseuses du climat alors même qu'on voit des impacts très négatifs liés à leurs activités. Et la catégorie impact sur les populations locales puisque les projets qu'elles mettent en place ont des incidences et violent les droits des populations locales. Donc ces prix nous ont permis de mettre en avant le grand écart qui est fait entre les discours avancés par ces multinationales et la réalité du terrain que subissent les populations locales et l'environnement."

    Et les vainqueurs de cette année sont EDF, BNP Paribas et Chevron qui sont aussi, paradoxalement, participants à la COP21:

    "Pour BNP Paribas, par exemple, qui est l'un des sponsors de la COP21, et bien cette entreprise a été épinglée pour son soutien financier aux secteurs du charbon partout dans le monde, et notamment à d'énormes centrales en Afrique du Sud et en Inde. Donc c'est assez contradictoire de mener ce genre d'activité et dans le même temps d'être sponsor de la COP21. De la même manière, EDF est sponsor de la COP21 et a été distingué pour sa campagne publicitaire qui visait à faire du nucléaire une énergie propre et pour ses investissements dans les énergies fossiles. Donc ce qu'on essayait de mettre en place en exergue c'était ce grand écart là. Y compris pour Chevron: la politique très agressive de lobby pro-gaz et d'huile de schiste en Argentine, par exemple. Donc les prix Pinocchio servent vraiment à dénoncer ce double discours et cette écart entre les vraies et les fausses solutions."

    Cette semaine, nous entrons dans la dernière phase des négociations: le brouillon est entre les mains des ministres qui doivent se décider sur un accord final. Mais le poids des multinationales risque d'être encore trop significatif, selon Katia Roux. Sans être autour de la table des négociations, les multinationales entretiennent une relation de longue date avec les dirigeants:

    "Oui, elles influencent. Le premier cercle, ce sont les Etats qui négocient entre eux, mais on la très bien vu ça date pas d'hier, toutes les campagnes qu'on a pu mener par exemple sur les agro-carburants en France étaient assez significatifs, on a le leader sur le marché français de l'agro-carburant Avril Sofiproteol, qui a mené une campagne très agressive de lobby et toutes les campagnes qui pouvait être menées en face étaient amoindries. Et donc on a le sentiment que ce sont d'avantage les entreprises, les multinationales, qui sont écoutés par nos dirigeants politiques aujourd'hui et qui dictent le ton. Et ce ton là, ce sont de fausses solutions."

    L'accord mondial doit être ambitieux et contraignant. Toujours à l'étude, le brouillon est parsemé de points qu'ils restent à acter, y compris la question clé l'augmentation maximale des températures: « moins de 1.5°C » ou « bien en dessous de 2°C ». La question du financement, qui reste à éluder, réveille les clivages Nord-Sud, entre les pays les plus émetteurs de gaz à effet de serre et ceux qui en subissent les conséquences de plein fouet. Inquiète, la société civile espère que les multinationales ne pèseront pas davantage que les populations locales impactées.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.


    http://unfccc.int/files/bodies/awg/application/pdf/draft_paris_outcome_rev_5dec15.pdf

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    Tags:
    COP 21, France
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