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    Jean-Yves Le Drian

    Bretagne: les forces politiques sont en équilibre dynamique

    © AFP 2019 Jean-Francois Monier
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    Entre les deux tours des élections régionales, deux régions seulement ne cuvaient pas de surprises: la Corse et la Bretagne. Dans cette dernière, la liste du socialiste Jean-Yves Le Drian s’est de nouveau imposée avec 51,41% des voix.

    Cependant, le candidat FN Gilles Pennelle se félicite des 18,87% obtenus dans une région traditionnellement socialiste.

    Paul Molac, le député écologiste breton, colistier de Jean-Yves Le Drian et député de l'assemblée nationale, avoue que ce fut un auditoire qu'il n'attendait pas forcément à ce niveau-là. Il voyait le score pour les socialistes plutôt autour de 45-46% que 51% comme ça a été le cas.

    "Je pense qu'il y a plusieurs choses dont il faut se rendre compte, — précise Paul Molac,- la personnalité de Jean-Yves Le Drian, très certainement, a pesé, puisque c'est quelqu'un qui incarne l'esprit breton. Il ne cherche pas à faire des polémiques, cherchant à faire des choses pragmatiques, concrètes et cherchant à faire avancer les choses, concrètement sur le terrain plutôt que de faire de l'idéologie".

    Paul Molac affirme qu'un autre fait a aidé l'"ancien-nouveau" président Le Drian, c'est l'exposition médiatique importante en tant que ministre de la défense. Ensuite, il a derrière lui un bon bilan pour la région Bretagne: une des régions de la France où il y a le moins de chômage, une des régions de France où l'économie, malgré les difficultés, fonctionne relativement bien. Et, une chose très importante aux yeux des électeurs bretons, le nouveau président de la région est quelqu'un qui a l'esprit breton en ce qui concerne la défense de la langue et l'identité bretonne. "Il fait ce qu'il faut dans les limites de ce que veulent les Bretons… il colle bien à la réalité du terrain," souligne Paul Molac.

    Apres ces trois raisons, il y a une quatrième. Vu qu'il ne restait plus qu'une seule liste de gauche, certains électeurs se sont dit "on va se reporter sur celle de Jean-Yves Le Drian, ce n'est pas qu'on est toujours d'accord avec lui, mais plutôt que laisser monter la droite ou l'extrême-droite, on préfère que ce soit Le Drian".

    Pour l'instant, cas exceptionnel en France, Jean-Yves Le Drian cumule les mandats. D'après Paul Molac, cela ne changera pas grand-chose, parce que Jean-Yves Le Drian a toujours été derrière son équipe et a toujours regardé ce qui se passait en région.

    "Tant qu'il y a l'état d'urgence et je ne vois pas trop comment on peut faire autrement. Vous voyez bien que les Bretons ne lui en ont tenu rigueur. D'autre part, ils étaient assez fiers de voir que leur président de région était aussi celui dont on avait besoin à Paris. Tant qu'il y a un état d'urgence, on ne peut s'en aller, on ne peut pas dire +il y a des morts à Paris, donc je retourne en Bretagne+".

    Certains politologues parlent des listes de droite comme des "plus grands perdantes de cette élection". On annonçait une vague à minima bleue et à maxima bleue marine. Or elle n'a pas eu lieu. Mais il faudrait plus pour décourager Marine Le Pen: "Rien ne pourra nous arrêter", a affirmé dimanche soir la chef de file du Front national.

    En Bretagne, le Front national est arrivé en troisième position du second tour des élections régionales. Loin derrière Jean-Yves Le Drian, le FN fait néanmoins, son retour au conseil régional. Cela suffit à redonner confiance à sa tête de liste, Gilles Pennelle.

    "Il y a trois chiffres. Premier chiffre c'est le score 19%, hier soir. C'est un score qui n'a jamais été atteint en Bretagne. Deuxième chiffre, nous avons gagné 30.000 électeurs supplémentaires entre les deux tours. Et le troisième chiffre c'est que nous avons fait élire douze conseillers régionaux en Bretagne. Pour nous, en Bretagne, c'est historique, parce que la Bretagne a toujours autrefois voté peu Front national, maintenant, c'est fini".

    D'après Gilles Pennelle, tête de liste FN, en Bretagne, ce qui se réclamerait d'un autonomisme, d'un indépendantisme sont minoritaires. Pourtant, le Front nationale propose de sortir de l'Union européenne, restant "totalement opposés à l'idée d'indépendance de la Bretagne".

    On ne peut pas ne pas évoquer le premier dossier que les élus du Front national vont essayer de remettre sur le devant de la scène lors des premières réunions de l'assemblée régionale.

    "Nous allons nous pencher immédiatement sur la grave crise agricole que connait la Bretagne, — nous confie Gilles Pennelle, — la Bretagne est en train de connaître aujourd'hui la crise agricole la plus grave de son histoire. Il faudra que le conseil régionale se penche résolument sur ce dossier agricole".

    D'après lui, l'embargo qui a été fait contre la Russie, nuit gravement. Aujourd'hui, en Bretagne, il y a deux conséquences: premièrement, des producteurs de cochons bretons qui ne peuvent plus vendre en Russie et, deuxièmement, les Allemands sont en train d'inonder le marché français avec un porc qui est beaucoup moins cher.

    "Pour nous l'embargo russe, provoqué par la politique de François Hollande, est désastreux pour l'agriculture bretonne", martèle Gilles Pennelle.

    Au cours des quatre années écoulées l'agroalimentaire français a vu disparaître plus de 2.000 emplois. A chaque fois qu'on parle avec des élus locaux, ils sont lucides: ce n'est pas seulement la conjoncture économique globale, mais les contre-sanctions prises par la Russie à l'encontre de l'exportation des produits alimentaires européens qui jouent un rôle important dans l'équilibre budgétaire fragile de la filière. Et l'initiative de faire changer les choses est en grande partie entre les mains des élus régionaux.
    Ainsi, le changement dans l'équilibre des forces dans les régions changera également les vecteurs d'actions et influencera les décisions.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    élections, Front national (FN), Jean-Yves Le Drian, France
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