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L’Arabie Saoudite tente de gagner en quantité : de plus en plus d’acteurs dans la région soutiennent Riyad dans sa confrontation avec Téhéran. C’est maintenant La Ligue Arabe qui dénonce le « comportement hostile » de l’Iran, malgré une agressivité bien plus évidente de la part des saoudiens.

Riyad rompt la relation diplomatique, qualifie les 47 exécutions, dont celle d'un dignitaire chiite, l'imam Al Nimr, d' « affaires uniquement internes au Royaume » et appelle les autres pays de la région à faire de même. Il semblerait que les saoudiens aient peur. Après la destruction de l'Irak, l'Arabie Saoudite et l'Iran sont les deux majeures puissances du Moyen Orient. Riyad jouissait jadis de sa domination dans la région, mais après la signature de l'accord sur le nucléaire iranien, Téhéran se défait du poids des sanctions et reprend sa place légitime. De quoi s'inquiéter, d'après Milad Jokar analyste politique et spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient:​

« Est-ce qu'il s'agit du conflit de hostilité entre sunnites et chiites ou est qu'il s'agit d'une question géopolitique ou l'ordre est en train de se renverser ou l'Iran était sous un régime de sanction le plus grand que le monde ait connu. A partir de la levée des sanctions qui s'annonce, l'Iran sortira de son isolement et l'Arabie Saoudite craint que ce soit à ces dépends. Donc l'Iran retrouve son rôle et son positionnement naturel dans la région qui a un positionnement supérieur par sa population, par sa superficie, par ces ressources naturels et de part de son histoire d'état nation et l'hostilité est perçue en Arabie Saoudite mais en tout cas cette utilisation de l'affaire anti-Iran anti-chiite est quelque chose qui sert à tenter de contrer ce renversement géopolitique qui est en faveur de l'Iran en ce moment ».

Une des autres craintes des saoudiens est d'ordre économique. L'or noir perd en valeur tous les jours, le baril du pétrole passera bientôt sous la barre de 34 dollars et, selon Milad Jokar, le retour sur le marché de l'Iran forcera l'Arabie Saoudite à se serrer encore plus la ceinture:

« C'est sûr que l'Arabie Saoudite exporte beaucoup plus de pétrole que l'Iran, l'Iran a une production de 3 000 000 de barils par jour et l'exportation n'est que seulement de 1,1 million alors que l'Arabie Saoudite c'est au-delà de 10 million de barils par jour donc c'est sûr que l'Arabie Saoudite en terme de volume est beaucoup plus importante par rapport à l'exportation de son pétrole et effectivement le retour du pétrole iranien sur le marché mondial est vu comme une crainte par les saoudiens.»

Malgré la rupture des relations diplomatique de la part de Riyad, Téhéran ne s'est pas précipité pour utiliser la même palette. Ahmad Nokhostin, journaliste à Radio Iranienne Francophone à Téhéran, estime que ce confit a été voulu par l'Arabie Saoudite qui cherchait un prétexte:

« Les saoudiens en fait cherchaient depuis longtemps, semble-t-il, un prétexte pour parachever leur acharnement contre la République islamique d'Iran, c'est pourquoi ils ont tenté de mettre en application un scénario préparé à l'avance, c'est pourquoi ils ont décidé de rompre les relations diplomatiques avec l'Iran. Ensuite ils ont tenté de contraindre d'autres pays de la région, notamment le Conseil de coopération du Golfe Arabique, également la Ligue Arabe à suivre cette politique irrationnelle du régime de Riyad envers Téhéran. Mais là aussi ils ont échoué parce qu'il y a eu parmi les membres du Conseil de coopération des pays qui ont refusé de s'aligner à cette politique de Riyad »

La politique des saoudiens dans la région est souvent critiquée: l'intervention militaire au Yémen, la perception assez particulière du terrorisme qui permet difficilement d'avoir les mêmes buts en Syrie que les autres forces qui luttent contre Daech. Et désormais le conflit diplomatique avec l'Iran. D'après Ahmad Nokhostin, les iraniens ne cherchent pas la confrontation:

« Les saoudiens qui ont tout fait jusqu'à présent pour déstabiliser la région. Cette fois-ci ils ont décidé de s'acharner contre l'Iran. Mais l'Iran qui a toujours fait preuve de rationalité, qui a toujours fait preuve de patience, cette fois-ci a dit également par le biais de son ministre des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, qui a écrit une lettre au secrétaire général de l'ONU M.Ban Ki-moon, en disant que l'Iran ne cherche absolument pas une escalade de tensions. La politique de l'Iran dans la région est celle d'un bon voisinage. Là aussi on peut dire que dans cette nouvelle politique ne peuvent rien obtenir et leur politique est vouée à l'échec d'avance »

La puissance perse va pouvoir récupérer ses avoirs gelés et cela va changer le visage géopolitique habituel du Moyen Orient où la pétromonarchie arabe siégeait seule sur le trône régional. Le confit a explosé depuis l'exécution de l'imam Al Nimr, mais d'après Pascal Boniface, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques, la religion serait une raison secondaire:

« La raison religieuse viens d'habiller voir de cacher les arrières plans politiques mais s'est bien les rivalités stratégiques ainsi que régionales entre deux pays importants — l'Iran et l'Arabie Saoudite. Certes il y a un pays que est sunnite et l'autre chiite du moins qu'il est majoritairement mais il y a surtout aussi deux puissances régionales rivales un pays arabe et un pays perse, une monarchie conservatrice, un pays qui se veut république révolutionnaire et donc les facteurs de différenciation voir de clivage entre l'Iran et l'Arabie Saoudite ne sont pas réduits au niveau religieux »

Le Moyen Orient est divisé entre ceux qui soutiennent Riyad dans sa politique constituée de craintes, et ceux qui sont du côté de Téhéran qui tente de retrouver sa puissance d'avant. Pascal Boniface voit une sortie possible de cette confrontation en l'aide d'un médiateur:

«On peut penser que la confrontation ne va pas déborder sur le terrain militaire et qu'il y aura pas une guerre directe entre l'Arabie Saoudite et l'Iran dont les deux pays serraient d'ailleurs largement les vaincus et cela couterait trop chers au deux pays voir même les régimes serrait mis en cause dans chacun des deux cas. Et là tout le problème est de savoir comment ils vont pouvoir sortir de cette situation qui est finalement assez gênantes pour eux, il faudrait pouvoir trouver un médiateur. Ce ne sont pas les Etats-Unis dans la mesure où les Etats-Unis ont depuis peu simplement remplis langue avec Téhéran et que l'Iran ne voudrait pas donner un tel avantage à Washington et c'est peut-être là que la Russie qui a des contacts aussi bien avec l'Arabie Saoudite qu'avec l'Iran pourrait jouer un rôle »

La politique agressive des saoudiens, fondée sur les peurs donnera bientôt ses fruits. Mais combien de conflits la région pourra-t-elle encore subir, quand les ambitions ne sont pas accompagnées de la raison…

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
politique, diplomatie, Téhéran, Riyad, Arabie Saoudite
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