Analyse
URL courte
Par
2145
S'abonner

Les Alévis de France et d’Europe jeûnent au nom de la justice protestant contre les massacres en Turquie des minorités alévies et kurdes. Les grèves de la faim ont commencé en Turquie et ont été reprises depuis la semaine dernière par des associations alévies en France, en Allemagne, en Suisse, ou encore en Autriche.

L'alévisme est une croyance syncrétique qui regroupe environ 15 millions personnes en Turquie, une partie se trouve sur le sol européen, et la communauté lance un appel à l'aide pointant du doigt la politique controversée du président Erdogan, qui balaye tous les mouvements religieux qui ne sont pas sunnite. C'est en région parisienne à Arnouville, que la première grève de la faim alévie a eu lieu, pendant une semaine quelques dizaines de personnes ont pu attirer l'attention des français, estime Alper Kucun, chargé de la communication à la Maison Culturelle des Alévis d'Arnouville:

« Au niveau des autorités turques on n'a pas eu de nouvelles, on est parti par le consulat aussi, au 5eme jour de la grève pour déposer une germe noire, on n'a pas eu de nouvelles, on n'a pas été accueilli au niveau des françaises, donc nous au niveau de notre association on a eu 7 000 visites pendant une semaine, donc 7 000 personnes qui sont venus nous soutenir, que ça soit nos adhérents, d'autres associations ».

Même si plusieurs médias importants ont pu réagir à cette grève de la faim et rendre la protestation plus visible aux yeux de la population, d'après Alper Kucun c'est avant tout le gouvernement français qui doit réagir:

« C'est même une des clés en fait l'intervention de la France, il faut demander des comptes à Monsieur Erdogan, qu'est ce qui se passe là-bas, parce qu'il y a un black-out médiatique, on ne voit pas ce qu'il se passe, il y a un couvre-feu général, pas d'eau, pas d'électricité, les morgues sont pleines, les familles entassent les corps dans les congélateurs. C'est vraiment des situations inhumaines, c'est une catastrophe, c'est un génocide. Il faut intervenir, il faut demander des comptes, là on a des académiciens en Turquie qui ont récoltés des signatures pour la paix et ils sont poursuivis en justice par Monsieur Erdogan. Tout est illogique dans ce pays, tout nous parait étrange mais personne ne fait rien en fait. Comme je vous l'ai dit tout à l'heure pour moi le silence c'est preuve d'une complicité, soit je ne sais pas on n'arrive pas à comprendre, on ne sait pas pourquoi ils n'interviennent pas alors que si l'Europe ou la France ou même des Etats-Unis interviennent c'est que ça changera beaucoup donc nous c'est pour ça, c'est pour réveiller l'opinion publique, réveiller les médias, en fait on fait tout ça pour ça ».

La grève de la faim à Arnouville s'est arrêtée vendredi dernier et le relais a été pris par l'association alévie de Nantes. Les participants se sont réunis sur la place centrale de la ville pour avoir plus de visibilité. Céline Yaldirak, secrétaire du centre Culturel des Alévis de Nantes explique que ces deux jours sans nourriture étaient pour que la France comprenne que les yeux fermés sur la politique intérieure turque pourraient couter cher à l'Europe dans son ensemble:

« Ce qui se passe en Turquie actuellement va avoir des conséquences graves également en France, on l'a vu à Paris récemment avec les attenants, enfin ça va vraiment se propager un peu partout parce que ce n'est pas spécialement en fait la situation Kurde, c'est vraiment très concret en fait, c'est des situations géopolitiques assez complexes en Turquie. Le gouvernement Turque soutient Daech, opprime toutes les minorités: les Kurdes, les Alévis, donc oui en effet on attend un soutien de la France de l'Europe et même voir des Etats-Unis »

Presque simultanément la grève a démarré à Bordeaux. Depuis six jours une partie de la communauté alévie se prive de nourriture pour les mêmes raisons que celles des autres villes françaises. D'après Dogan Hezer, président du Centre Culturel des Alévis de Bordeaux, c'est la paix en Turquie qu'ils recherchent:

« On a commencé le 13, on est au sixième jour, on a quand même espoir sur ce qui va se passer dans le pays et si le gouvernement pourra arrêter le massacre. Quand les gens arrêteront la grève n'est pas encore déterminée. On dit arrêtons la guerre, la paix tout de suite, résoudre les problèmes par négociation avec la population Kurde et enlever les sièges dans les villes qui sont assiégées depuis certaines 32 jours, certaines 45, certaines 2 mois qui sont assiégées par l'armée Turque ».

A l'instar de la Turquie, la vague de grèves de la faim organisées depuis deux semaines par les alévis a traversé la France: Arnouville, Melun, Nantes, Lyon, Bordeaux et Meleouz…Mais une nouvelle initiative lancée à Strasbourg pourrait amener l'histoire à un niveau encore plus important. Suleyman Akguc, responsable de la diplomatie au sein de la Fédération de l'Union des Alévis en France, va déposer une plainte à la cour européenne, et il explique à Sputnik ses motivations:

« On ne peut pas rester silencieux face à tout ce qui est perpétré en Turquie dans les dernières dates qui sont sanglantes dans l'histoire turque le mois de juillet et le mois d'octobre cumules à eux seules sur 2 explosions plus de 150 personnes. Tout ça c'est en fin de compte un positionnement de la Turquie face à la géopolitique locale et en fin de compte à son double jeu vis-à-vis des instances internationales se disant d'un côté contre le terrorisme et d'un autre coté en servant de base arrière justement à ces terroristes. Tout ça on le dénonce et on mène des actions notamment au niveau de la Turquie mais comme au niveau de la Turquie tous les medias sont complètement muselés et que aucune en fin de compte expression démocratique ne peut être relier dans aucun media il reste pas beaucoup de choses a faire a part dire qu'on fait la grève de la faim et faire des évènements qui sont un petit peu on va dire extrêmes et les grèves de la faim ça attire un petit peu d'attention. »

La Turquie, qui a promis de résoudre la crise migratoire qui secoue l'Europe, et plus particulièrement depuis un an, risque de l'empirer d'après Suleyman Akguc:

« Il faut s'attendre à une deuxième ou une troisième vague de flux migratoire venant de Turquie d'Anatolie et de la population kurde civile qui vit justement en Turquie parce que ils n'ont pas trop le choix, des villes sont assiégés, les journalistes sont interdit, la population n'a pas le droit de sortir depuis maintenant plus d'un mois et on se retrouve avec une population qui n'a pas d'autre choix que l'exil et quitter ces terres. Ces terres ils ont l'habitude, les arméniens ont été il y a 100 ans de ca complétement effacées de la Turquie, maintenant Erdogan et sa pensée unique est en train de passer comme un rouleau compresseur sur la Turquie et va créer une troisième vague migratoire »

La Turquie d'Erdogan semble avoir un projet pour la paix en Syrie, pays composé d'une mosaïque de peuples et de religions. Cependant, sa capacité à gérer ses propres problèmes intercommunautaires apparait aujourd'hui loin d'être convaincante…

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

Lire aussi:

Le problème kurde dévoile le manque de libertés en Turquie
L’UE dangereusement dépendante d’Erdogan
Attentat d'Istanbul: une guide turque sauve des touristes allemands
Erdogan: "Il n’y a pas de problème kurde en Turquie!"
Tags:
grève de la faim, grève, Recep Tayyip Erdogan, Turquie
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook