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    la Maison blanche

    Nouvelles sanctions américaines contre l’Iran

    © AFP 2018 Brendan Smialowski
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    Gaëlle Nicolle
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    24h après l’entrée en vigueur de l’accord sur le nucléaire, Barack Obama a présenté de nouvelles sanctions contre l’Iran. Dans son discours à la Maison Blanche, le président américain s’est félicité des résultats d’une « diplomatie forte ».

    Mais l'optimisme était de courte durée: selon les Etats-Unis, le programme balistique iranien violent les obligations internationales de l'Iran. Dans un récent communiqué, le député Les Républicains Jacques Myard relève que ce rééquilibrage des forces dans la région, suite à l'accord sur le nucléaire, suscite des craintes de la part de l'Arabie Saoudite et d'Israël. Cette décision américaine est aussi un message destiné à ses détracteurs internes:

    "Je crois qu'il faut regarder cette décision au regard de la politique intérieure américaine. Le président Obama a été fortement critiqué pour avoir voulu, avec les autres partenaires sur l'affaire du nucléaire, c'est à dire les 5+1. Il a poussé pour qu'il y ait une solution, et je m'en réjoui. Mais il a été fortement critiqué en interne. Il a été critiqué par le camp des républicains, or aujourd'hui nous savons bien que les élections vont avoir lieu dans quelques mois aux Etats-Unis. Je crois qu'il faut analyser d'une part la levée des sanctions comme faisant plaisir à ceux qui voulaient cet accord, et d'autre part les sanctions nouvelles à ceux qui aujourd'hui critiquent le président Obama, et qui sont engagés dans une élection interne aux Etats-Unis."

    Barack Obama quitte la Maison Blanche dans un an. Ces nouvelles sanctions n'ont rien de comparables avec le précédent arsenal qui a paralysé le pays durant des années. Après deux tests de missiles en octobre et en novembre 2015, ce sont actuellement cinq ressortissants iraniens et un réseau d'entreprises basées aux Émirats arabes unis et en Chine qui ont été ajoutés à la liste noire du département américain du Trésor. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a qualifié ces nouvelles sanctions d'"illégitimes". Pour Thierry Coville, chercheur à l'Iris et spécialiste de l'Iran, l'intention iranienne à travers ces essais de missiles reste encore à prouver:

    "Les américains soupçonnent l'Iran d'essayer des missiles qui pourraient éventuellement porter des décharges nucléaires. Déjà, il y a un débat là-dessus. J'avais entendu dire que tous les experts n'étaient pas d'accord sur le fait que les missiles qui sont essayés par l'Iran puissent porter une charge nucléaire. Je ne pense pas que cela rentre dans la compétence de l'AIEA de s'occuper du programme balistique iranien. Je pense que c'est un débat plus large sur la stratégie militaire de l'Iran, cela peut être inquiétant s'il y a une charge nucléaire mais d'un autre côté, l'Iran vient d'accepter avec cet accord d'arrêter, de ne plus produire de l'uranium qui puisse servir à fabriquer des têtes nucléaires. Donc le risque, au moins pendant 10 ans, n'existe pas. Deuxièmement, je pense à la stratégie militaire de l'Iran: l'Iran n'a attaqué personne depuis 300 ans. Et en terme de budget militaire, je pense qu'il y a des pays dans la région qui dépensent beaucoup plus que l'Iran "

    La décision américaine est paradoxale mais elle ne n'affaiblit pas le tournant géostratégique qui s'opère au Proche et Moyen-Orient, même si elle risque de créer de nouvelles tensions entre l'Iran et les Etats-Unis. L'Iran a respecté les conditions de l'accord général de juillet 2015 qui garantit la nature strictement pacifique de son programme nucléaire. Jacques Myard, dans son communiqué, estime que la France devrait saisir sa chance de renouer avec l'Iran:

    "Nous devons véritablement renouer avec l'Iran, nous devons notamment recommencer tous les programmes universitaires. Vous savez que les intellectuels iranien, les ingénieurs, les économistes, les hommes de l'art, les culturels, se sont toujours tournés vers la France et ont souvent défendu avec brio notre culture dans leur propre pays. Il y a toujours eu en France des intellectuels qui connaissent bien la Perse, qui connaissent bien l'Iran. Donc, c'est ce cycle géostratégique de la culture et de l'université que nous devons reprendre avec l'Iran. Malheureusement, il y a eu une trop longue parenthèse, et malheureusement, nous avons constaté que lors de ces négociations que la France, à travers M. Fabius, a été un peu trop rigide à mon sens, dans l'approche qui finalement, heureusement, a permis quand même d'avoir un accord signé en juillet 2015." 

    Si Obama se réjouit du succès diplomatique que constitue l'accord sur le nucléaire, les négociations de cet été ont fait l'objet de vives critiques du côté américains, et notamment républicains. La libération de cinq Américains en échange de la libération de prisonniers avec Téhéran n'est pas vu d'un bon œil: « traiter avec l'ennemi en abandonnant des otages ». La vocation du message, à lier à la politique intérieure comme extérieure, est donc clair: les Etats-Unis ne baissent pas la garde face à l'Iran.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    accord iranien, programme nucléaire iranien, sanctions, Hassan Rohani, Barack Obama, Iran, États-Unis
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