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    Bruxelles veut mettre en place des politiques de retour des migrants économiques

    © AFP 2017 Vladimir Simicek
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    Gaëlle Nicolle
    Crise migratoire (782)
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    60% des migrants arrivés en Europe au mois de décembre sont des migrants économiques. C’est la Commission européenne qui livre ce chiffre, établi par Frontex. L’Europe doit donc se concentrer sur les politiques de retour, selon le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans.

    La Suède et la Grèce, par exemple, sont déjà confrontées à ce problème: la Suède a l'intention d'expulser 80.000 migrants arrivés en 2015 et dont la demande d'asile a été ou sera rejetée. Les retours, effectués en charters, pourraient prendre des années, selon le premier ministre. La Grèce, de son côté, peine à renvoyer les migrants économiques vers le Pakistan ou le Maroc: les pays d'origine ne se montrant pas toujours coopératifs.

    Miguel Puente, porte-parole de la Commission Européenne en France, pointe les difficultés:

    "En ce moment de crise migratoire, il faut travailler sur deux axes. C'est-à-dire l'axe de l'asile, d'accepter les réfugiés et les redistribuer au sein de l'Union européenne mais aussi travailler sur l'axe du retour. Et là, franchement, c'est vrai que l'on n'a pas eu beaucoup de succès dans le sens où l'on n'a pas conclu d'accord de réadmission avec plusieurs pays, par exemple le Pakistan ou le Maroc. Ces accords sont en train d'être négociés et malgré ces chiffres que vous mentionnez, en réalité, il faudrait renvoyer beaucoup plus de migrants irréguliers dans leur pays d'origine. Et en ce moment, les procédures bureaucratiques et le manque d'accord de réadmission avec certains pays d'origine empêche ce retour."

    L'espace Schengen est mis à mal, et ça pourrait être pire. Face au flux de réfugiés, certains pays européens ont réintroduit des contrôles à leurs frontières. Sur les 26 États membres de l'espace Schengen, la Suède, le Danemark, l'Allemagne, l'Autriche et le France ont réinstauré des contrôles à leurs frontières pour six mois. Deux autres pays y songent: la Norvège, et la Pologne. Le 25 janvier, les ministres de l'Intérieur européens ont appelé la Commission à allonger la période durant laquelle les pays sont autorisés à suspendre Schengen. Les accords peuvent effectivement être suspendus 2 ans si les frontières extérieures sont vulnérables, comme c'est le cas actuellement de la Grèce. Elle dispose d'un sursis de trois mois pour prouver qu'elle arrive effectivement le flux de migrant qui arrivent sur ses côtes: mais n'est-ce pas trop demander à un pays déjà en crise, ne se dirige-t-on pas inexorablement vers une suspension de 2 ans des accords Schengen? Si c'est le cas, la Grèce ne serait pas de facto suspendue de Schengen, comme annoncé par plusieurs médias.

    "Il y a toute une série d'instruments financiers, d'aides pour la Grèce, pour essayer de reconstruire la meilleure gestion de la frontière, l'agence Frontex est en train de déployer beaucoup de moyens en Grèce. On a mis en place des « hot spots », c'est-à-dire des centres de triage de réfugiés sur les îles de la mer Égée et là des agents européens coopèrent et aident au maximum les autorités grecques. Elles aussi nous ont demandés de l'aide, mais c'est une situation difficile."

    Réfugiés en Finlande. Archive photo
    © AP Photo/ Panu Pohjola/Lehtikuva
    Le retour les migrants dans leur pays d'origine: message dissuasif pour les prétendants à l'asile ou message politique pour rassurer les citoyens de l'UE? Selon Frans Timmermans, ce chiffre fourni par Frontex doit servir d'accélérateur à la mise en place d'une politique de retour "efficace et harmonisée", car il en va de la sympathie des citoyens envers les demandeurs d'asile. Effectivement, selon un récent sondage Ifop commandé par Atlantico, 60% des français se montrent défavorables à l'accueil des réfugiés.

    Jean-François Quantin du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP) est plus circonspect sur la volonté et l'efficacité des déclarations de la Commission:

    "Il y a déjà les pays qui sont clairement en guerre, vers lesquels on ne peut pas vraiment renvoyer, qui sont l'Erythrée, la Syrie, le Soudan et d'où viennent la majorité des demandeurs d'asile. Là, on sait qu'ils sont en guerre et qu'on ne peut pas y renvoyer des êtres humains: ce serait commettre un crime. Pour les autres, il faut des procédures comme celles de l'Ofpra en France, qui mettent des mois à instruire les dossiers, à rencontrer les personnes, pour établir si elles sont réellement en danger dans leur pays. Donc à la va vite déclarer en quelques heures ou quelques jours que c'est un migrant économique ou un réfugié, c'est totalement illusoire."

    Chaque jour 2.000 à 3.000 migrants arrivent en Europe. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime que 45 361 migrants sont arrivés en Grèce par la mer entre le 1er et le 26 janvier, soit 31 fois plus que pour tout le mois de janvier 2015. Le prochain Conseil européen doit faire le point sur la mise en œuvre des décisions qu'il a prises pour faire face à la crise des migrants et des réfugiés: nous verrons si elles sont adaptées aux réalité du terrain.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    crise migratoire, économie, réfugiés, Union européenne (UE), Jean-François Quantin, Frans Timmermans, Miguel Puente, Bruxelles
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