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    À quoi joueraient les USA avec leur nouvelle stratégie de défense?

    © AFP 2018 Saul Loeb
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    Kamal Louadj
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    Le Pentagone vient de publier sa nouvelle stratégie de défense, dans laquelle il désigne la Russie et la Chine comme les principaux dangers pour les États-Unis. Le monde, serait-il en passe de revivre la guerre froide? Décryptage.

    Après la publication de la stratégie de sécurité nationale en décembre 2017, le Pentagone vient de publier, le 18 janvier 2018, sa stratégie de défense nationale. Ce document est extrêmement important car il explicite la façon avec laquelle Washington envisage de mettre en œuvre la défense nationale américaine, conformément aux orientations du Président. Le 20 janvier, CBS News a publié un article intitulé:

    «Le terrorisme n'est plus la priorité des militaires, dit Mattis». La chaîne écrit: «Il y a un changement majeur dans la stratégie militaire américaine. Vendredi, plus de 16 ans après les attentats du 11 septembre, le secrétaire américain à la Défense James Mattis a déclaré que le terrorisme n'était plus la priorité numéro un». «Le maintien de l'avantage militaire sur la Chine et la Russie est maintenant la première priorité», a-t-elle ajouté.

    Avec ce changement majeur annoncé, les États-Unis sont-ils en train de rétablir officiellement la guerre froide? Y'a-t-il, dans la réalité, des faits permettant de faire ce parallèle? Et quelles évolutions et répercutions pourrait avoir la nouvelle politique de défense américaine sur la sécurité dans le monde?

    Le Pentagone remet au goût du jour la guerre froide!

    Conformément à son engagement préalable, Donald Trump a confié aux généraux des armées américaines la mise en œuvre de sa politique de défense nationale. Dans ce document, signé par le secrétaire d'État à la Défense, James Mattis, on peut lire: «Il est de plus en plus clair que la Chine et la Russie veulent façonner un monde conforme à leur modèle autoritaire, en obtenant le droit de veto sur les décisions économiques, diplomatiques et sécuritaires des autres nations».

    Concernant Pékin, le document dénonce le fait que:

    «La Chine mise sur la modernisation militaire, les opérations d'influence et l'économie prédatrice pour contraindre les pays voisins à réorganiser la région indopacifique à leur avantage». Puis arrive Moscou: «Parallèlement, la Russie cherche à exercer son droit de veto sur les pays à la périphérie de ses décisions gouvernementales, économiques et diplomatiques, à briser l'Organisation du traité de l'Atlantique nord et à changer les structures économiques et de sécurité européennes et du Moyen-Orient». Le document ajoute: «Des régimes voyous, tels que la Corée du Nord et l'Iran, déstabilisent des régions par la quête d'armes nucléaires ou le parrainage du terrorisme».

    C'est la première fois depuis la chute de l'Union soviétique en 1991, et la visite du Président américain Richard Nixon, en Chine, du 21 au 28 février 1972, que Moscou et Pékin sont explicitement désignés comme des ennemis des États-Unis.

    Après le démantèlement du pacte de Varsovie en mars 1991, l'Otan, bien que privée de toute raison d'existence, a non seulement résisté, mais, en 1999, elle a intégré la Pologne, la République tchèque et la Hongrie. L'Alliance atlantique a continué de s'étendre autour des frontières de la Russie en rajoutant la Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004. Comme l'a observé le Président Poutine dans une interview accordée à la Corriere della Sera, en Italie, en 2015: «nous ne nous développons nulle part; ce sont les infrastructures de l'Otan, y compris les infrastructures militaires, qui se dirigent vers nos frontières. Est-ce une manifestation de notre agression?». L'Otan va encore plus loin en envisageant des plans de guerres futures.

    En effet, le magazine militaire américain Stars and Stripes a publié un numéro, en septembre dernier, sous le titre: «Gros canons, une meilleure bouffe pour les soldats américains sur la mission de dissuasion de la Russie» en Lituanie, expliquant que des armes et de la nourriture ont été fournies aux «500 soldats de la 173e Brigade aéroportée qui ont fait irruption dans les pays baltes ce mois-ci en vue de décourager l'agression russe».

    Ensuite, le journal britannique Independent a rapporté que «les forces spéciales américaines ont été déployées près de la frontière avec la Russie dans le cadre d'une présence «persistante» des troupes américaines dans les pays baltes. Des douzaines de soldats des forces spéciales sont stationnés le long du flanc Est de l'Europe pour rassurer les alliés de l'Otan, la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie. Cette mesure permettra également aux États-Unis de surveiller les manœuvres russes, craignant une nouvelle déstabilisation suite au référendum de 2014 en Crimée… Les forces d'opérations spéciales américaines complèteront 4.000 soldats postés en Pologne, en Lituanie, en Estonie et en Lettonie dans les prochains mois».

    Bien que Moscou n'ait jamais menacé aucun État balte, et qu'il n'y ait pas la moindre preuve qu'il veuille envahir la Lituanie, les médias mainstream américains et européens affirment que le choix de la majorité des habitants de Crimée, lors du référendum, de rejoindre la Russie, était en quelque sorte une preuve d'agression russe, s'étendant à la Baltique. Alors qu'un an après, Forbes a rapporté que «les Criméens sont heureux là où ils sont […] sondage après sondage montre que les locaux — qu'ils soient ukrainiens, russes ou tatars — sont pour la plupart tous d'accord: la vie avec la Russie est meilleure que la vie avec l'Ukraine».

    Actuellement, les seuls pays tampons qui restent pour Moscou face à un encerclement complet de l'Otan à sa frontière occidentale sont la Finlande, la Biélorussie et l'Ukraine. Le Kremlin ne devrait pas être paranoïaque pour regarder cette carte avec inquiétude. En rajoutant le bouclier antimissiles et les armes atomiques tactiques, que les États-Unis ont stationnés en Pologne, en Roumanie et en Turquie, le tableau serait complet pour que les autorités russes soient renforcées dans leur scepticisme.

    La Chine, quant à elle, subit d'énormes pressions militaires via le problème nord-coréen. En effet, lors d'une réunion à Vancouver, au Canada, cette semaine, les États-Unis et 19 autres pays, la plupart d'entre eux membres de l'Otan, ont appelé à des sanctions plus strictes contre la Corée du Nord qui vont au-delà des attributions des Nations unies. La conférence, coprésidée par la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland et le secrétaire d'État américain Rex Tillerson, a publié une déclaration belliqueuse, appelant la Corée du Nord à abandonner ses armes nucléaires ou à faire face à une action militaire américaine. La Chine a réprimandé l'événement canadien comme étant coincé dans la «pensée de la guerre froide».

    Tillerson a déclaré que le risque d'une guerre dans la péninsule coréenne «continue de croître». Le Président Trump a fait écho à cette déclaration, un jour plus tard, dans une interview accordée à l'agence de presse Reuters, dans laquelle il mettait également en garde contre une éventuelle guerre. Dans cette même interview, Trump a aussi blâmé la Russie pour «avoir aidé et encouragé la Corée du Nord».

    Où les États-Unis veulent mener le monde?

    «Les militaires se préparent tranquillement pour un dernier recours: la guerre avec la Corée du Nord», c'est le titre d'un reportage du New York Times, où il est signalé que de vastes plans du Pentagone pour un assaut aérien préventif contre la Corée du Nord impliquant une «attaque en profondeur» menée par des parachutistes de la 82e Airborne et des forces spéciales. Ces informations, ajoutées aux stratégies de guerres économique et financière contre la Chine, la Russie et l'Iran, toutes de grandes puissances militaires, feraient craindre le pire à l'humanité. Tout ceci sur fond d'une grave crise à venir du dollar, nous feraient rappeler les sombres moments du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. Il est toutefois faux de penser qu'un conflit militaire est inévitable. Des solutions réelles et pratiques existent, comme le montre bien tous les projets de développements communs que les BRICS proposent au monde entier, pour sortir de l'ornière de la guerre en construisant une paix mondiale basée sur les partenariats gagnants-gagnants. Il suffirait d'en saisir l'occasion.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    nouvelle version, guerre froide, stratégie défense, Stratégie de sécurité nationale (Etats-Unis), escalade, OTAN, Vladimir Poutine, James Mattis, Donald Trump, pays balkaniques, pays baltes, Corée du Nord, Iran, Chine, Russie, États-Unis
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