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    Le 2 février, le Pentagone publie sa première «Revue de la posture nucléaire» des Etats-Unis depuis huit ans

    «Revue de la posture nucléaire» US: un retour à la logique de la guerre froide?

    © Sputnik . David B. Gleason
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    Maria Tonkova
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    Le 2 février, le Pentagone publie sa première «Revue de la posture nucléaire» des Etats-Unis depuis huit ans. Ce document reflèterait le changement de la politique nucléaire sous Donald Trump. Marquerait-il la renaissance des règles d’une confrontation mondiale?

    La publication de la nouvelle «Revue de la posture nucléaire» («Nuclear Posture Review» ou NPR) est un évènement d'une importance primordiale puisque qu'elle reflète non seulement la vision de l'Administration Trump, mais aussi les changements de la politique américaine en cette matière sur fond d'une évolution négative des relations mondiales.

    C'est la quatrième version de la NPR depuis la fin de la guerre froide, qui peut être considérée comme un retour à la logique de la confrontation entre les grandes puissances, à en juger par sa version préliminaire publiée à la mi-janvier.

    Dissuasion nucléaire: les réminiscences de la guerre froide

    La nouvelle «Revue de la posture nucléaire» des Etats-Unis représenterait le changement de la vision américaine concernant le rôle des armes nucléaires dans le monde d'aujourd'hui. Le contraste avec la politique du prédécesseur de Donald Trump est impressionnant.

    La NPR 2010 prévoyait une concentration sur la lutte contre le terrorisme nucléaire et la prolifération des armes de destruction massive, ce qui reflétait la hiérarchie des menaces pour la sécurité nationale des États-Unis.

    La «Revue de posture nucléaire» actuelle renverserait cette hiérarchie, en mettant au premier plan les menaces émanant de la modernisation des arsenaux de la Russie et la Chine, ainsi que celles présentées par le programme nucléaire nord-coréen et le potentiel technologique iranien.

    Dans la version préliminaire de la NPR 2018, la partie intitulée «Le retour de la compétition entre les grandes puissances» occupe l'une des premières pages.

    «Tandis que les États-Unis ont continué de réduire la quantité et la saillance des armes nucléaires, d'autres pays, comme la Russie et la Chine, se sont avancés dans une autre direction», lit-on dans le projet de la NPR.

    Cela témoignerait du retour de la compétition entre les grandes puissances et d'une possible course aux armes nucléaires.

    L'idée d'un «monde sans armes nucléaires» enterrée?

    Dès le début de son premier mandat présidentiel, Barak Obama promouvait l'idée d'un «monde sans armes nucléaires» qu'il a présenté pour la première fois en mai 2009 à Prague. Grâce à cette promesse, le 44e Président américain s'est vu décerner le prix Nobel de la paix.

    «L'existence de milliers d'armes nucléaires est le legs le plus dangereux que nous a laissé la guerre froide… Ainsi, aujourd'hui, j'affirme clairement et avec conviction l'engagement de l'Amérique à rechercher la paix et la sécurité dans un monde sans armes nucléaire», avait-il déclaré dans la capitale tchèque.

    Cette idée a été également inscrite dans la «Revue de la posture nucléaire» adoptée en 2010, visant à réduire «le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de la sécurité nationale américaine», tout en reconnaissant que «ce but ambitieux» ne pouvait être atteint rapidement. C'est l'accomplissement des conditions de le New START, le traité russo-américain conclu en 2010, qui était censé contribuer à l'accomplissement de la nouvelle stratégie des États-Unis.

    Bien que la «Revue de la posture nucléaire» 2018 réitère l'attachement à l'idée d'un monde sans armes nucléaires, les efforts pour y arriver seraient moins intenses.

    «Les stocks d'armes nucléaires américaines se sont réduits de plus de 85% en comparaison avec le maximum de la guerre froide. C'était une période prometteuse… Ces aspirations n'ont pas vu le jour. Les adversaires stratégiques des Américains n'ont pas suivi notre exemple. Le monde est plus dangereux, pas moins», lit-on dans le projet de NPR 2018.

    Selon Reuters, en février 2017, lors d'une conversation téléphonique avec le Président russe, Donald Trump a refusé l'idée d'entamer des négociations sur la prolongation du traité START après son expiration en 2021.

    Une modernisation d'envergue

    Bien que les intentions de Barak Obama concernant une éventuelle renonciation à ce type d'arme de destruction massive aient été honorables, il a toutefois initié la modernisation de l'arsenal nucléaire américain.

    «L'arsenal nucléaire massif dont nous avons hérité de l'époque de la guerre froide, caractérisée par une confrontation militaire bipolaire, n'est pas adapté aux défis représentés par des terroristes kamikazes et des régimes inamicaux en quête d'armes nucléaires», lit-on dans la NPR 2010.

    Donald Trump a hérité du programme de modernisation lancé par Barak Obama qui, d'après les dernières estimations, coûtera aux États-Unis 1,2 trillion de dollars au cours des trente années à venir.

    Les armes nucléaires deviennent plus utilisables

    Selon le projet de la nouvelle NPR, les États-Unis mettent l'accent sur le développement des armes nucléaires de faible puissance. Selon Alexandra Bell, spécialiste du Centre du contrôle d'armement et de la non-prolifération, étant «plus utilisables», ces armes sont censées convaincre les autres pays que les États-Unis «répondront en acte à une agression». Cela augmenterait la possibilité du recours à ce type d'armes.

    Une autre nouveauté inscrite dans la NPR 2018 qui suscite des préoccupations des experts est la possibilité d'employer des armes nucléaires non seulement en réponse à une attaque aux armes conventionnelles, mais aussi à une cyberattaque.

    La «Revue de la posture nucléaire» 2018 marquerait donc le changement de la vision américaine concernant le rôle des armes nucléaires aujourd'hui. Serait-elle un appel à agir?

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    guerre froide, course aux armements, bombe atomique, nucléaire, Pentagone, Donald Trump, États-Unis
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