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    Le Caire

    Mohammed ben Salmane en Égypte: quel avenir pour les relations entre Riyad et Le Caire?

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    Kamal Louadj
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    L’Égypte et l’Arabie saoudite discutent au Caire de leur avenir commun. Le Président Abdel Fatah al-Sissi a accueilli dimanche le prince Mohammed ben Salmane, en visite de trois jours dans le pays. Les deux capitales s’accordent sur toutes les questions d’intérêt commun, à l’exception du dossier syrien.

    Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, est arrivé au Caire le dimanche 4 mars pour une visite officielle de trois jours en Égypte. Il s'agit de son premier déplacement à l'étranger en tant qu'héritier du trône à Riyad. Les deux pays sont des puissances régionales et entretiennent de longue date des relations économiques, politiques et stratégiques. À l'issue de sa rencontre d'hier avec le prince saoudien au palais présidentiel d'al-Ittihadiya, le Président égyptien Abdel Fatah al-Sissi a mis l'accent sur «le souci de l'Égypte d'améliorer sa coopération avec l'Arabie saoudite dans plusieurs domaines, soulignant le calendrier important et précis de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane en Égypte et considérant les grands défis auxquels le Moyen-Orient est actuellement confronté», selon le communiqué du porte-parole de la Présidence égyptienne, Bassam Radhi, rapporté par le quotidien al Khaleej. Les deux responsables ont aussi affirmé leur volonté de «Continuer à travailler ensemble pour s'opposer aux interventions régionales, qui tentent de diviser les pays de la région, et s'unir comme un seul front pour faire face aux risques et relever les défis auxquels est confrontée la région du Moyen-Orient», lit-on dans ce même communiqué.

    Les deux pays comptent faire avancer leur coopération économique dans les domaines de l'agriculture, l'environnement et le tourisme et faire de celle-ci le tremplin de leurs entretiens sur les dossiers régionaux, comme la guerre en Syrie et au Yémen, les relations avec l'Iran, l'influence du mouvement des Frères musulmans* et la lutte contre le terrorisme et la radicalisation des jeunes.

    L'économie, fer de lance des relations entre les deux pays

    Le Président égyptien, qui est candidat à sa propre succession aux élections présidentielle, dont le premier tour est prévu du 24 au 26 mars prochains, a lancé un programme de réformes économiques en novembre 2016, avec l'aide du FMI, afin d'endiguer la crise dans laquelle se débat le pays depuis années et, surtout, depuis la Révolution du 25 janvier 2011.

    Les deux parties ont signé plusieurs accords dans les domaines de l'agriculture, de l'environnement et du tourisme, selon le quotidien Al Sharq Al Awssat.

    Dans le secteur de l'agriculture, l'accord prévoit la création d'un fonds commun d'investissement, doté de 10 milliards de dollars, pour le développement des terres désertiques du sud du Sinaï. Elles sont appelées à être incluses dans le projet Neom lancé par Mohammed ben Salmane en 2017, dans le cadre de son programme Vision 2030, pour la diversification de l'économie saoudienne. L'Egypte apportera sa part dans le fonds d'investissement (50%) en louant ces terres à long terme.

    Dans le même cadre, l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Jordanie se sont entendues pour développer la région concernée par le projet Neom et sur leur littoral de la mer Rouge dans le cadre d'un méga-projet touristique. 15 fronts de mer, 4 nouvelles villes et 50 stations balnéaires sont à construire. Les régions concernées sont: al-Akaba en Jordanie, Sharam al-Cheikh et al-Ghardaa en Égypte, et Neom en Arabie saoudite, explique le quotidien Al Sharq Al Awssat.

    L'Arabie saoudite et l'Égypte ont également signé un protocole d'accord dans le domaine de l'environnement pour protéger les côtes la mer Rouge de la pollution et pour préserver les récifs coralliens, selon le quotidien. Les deux pays travailleront avec la Jordanie pour encourager les compagnies maritimes et touristiques européennes opérant en Méditerranée pendant l'été à se déployer sur les côtes de la mer Rouge en hiver. L'Arabie Saoudite négocie actuellement avec plus de sept voyagistes européens pour stimuler la navigation maritime dans la région, a fait savoir le quotidien.

    Les enjeux politiques et géopolitiques du Moyen-Orient

    Coté égyptien, la visite du prince Mohammed ben Salmane est comprise comme un soutien apporté par ce dernier au Président égyptien. «Sa visite sera interprétée comme la preuve que Ryad continuera de soutenir Sissi pendant le prochain mandat», a expliqué à l'AFP Mostafa Kamel al-Sayed, professeur de Sciences politiques à l'Université du Caire.

    L'Arabie saoudite et certains pays du Golfe, sont en conflit avec le Qatar, à cause du soutien que l'émirat apporte au mouvement des Frères musulmans*, considéré comme les instigateurs des printemps arabes, et de ses relations avec l'Iran, accusé par le Royaume saoudien d'avoir des visées hégémoniques dans la région et de livrer des armes aux rebelles houthis au Yémen. A ce propos, le président égyptien a affirmé que « la sécurité des pays du Golfe conditionne la sécurité nationale de l'Égypte», selon le communiqué de la Présidence égyptienne, cité par le quotidien al khaleej. «L'Égypte ne permettra pas qu'on porte atteinte à la sécurité des pays du Golfe et elle s'opposera avec efficacité à toute tentative de le faire», a-t-il ajouté.

    Cependant, les vues des deux pays divergent sur la question du règlement de la crise syrienne. En effet, Le Caire est pour une résolution politique du conflit qui devra préserver l'intégrité territoriale du pays. Riyad exige le départ du président syrien, Bachar el-Assad, qu'il considère comme responsable de la guerre et, de surcroît, un allié de l'Iran et du Hezbollah.

    Les deux pays réussiront-ils à rapprocher leurs vues concernant le dossier syrien, l'avenir nous le dira.

    *Les Frères musulmans sont une organisation interdite en Russie.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    Mohammed ben Salmane Al-Saoud, radicalisation, sponsor du terrorisme, projet, lutte antiterroriste, développement, environnement, tourisme, agriculture, Hezbollah, Abdel Fattah al-Sissi, Arabie Saoudite, Egypte, Iran, Syrie
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