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    Le président du Kenya, Uhuru Kenyatta (à gauche), se promène avec le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson

    Comment les USA cherchent à «neutraliser» la domination chinoise en Afrique

    © AFP 2018 Jonathan Ernst / POOL
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    Kamal Louadj
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    Le 12 mars s’est achevée la visite de l’ex-secrétaire d’État américain Tillerson en Afrique. Une visite symbolique sur fond d’appétits grandissants de la Chine dans la région. Les enjeux.

    Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, a terminé hier, lundi 12 mars, sa première visite de 5 jours sur le continent africain. Sa tournée l'a conduit successivement dans cinq pays: l'Éthiopie, Djibouti, le Kenya, le Tchad et le Nigeria. Bien que ce voyage ait été programmé 14 mois après l'arrivée de Donald Trump au pouvoir, il n'en demeure pas moins que l'Afrique intéresse les USA. Lors d'une conférence donnée, le 6 mars, à l'université George Mason, à Fairfax en Virginie, ayant pour thème les relations des États-Unis avec l'Afrique, Rex Tillerson a déclaré:

    «Pour comprendre où va le monde, nous devons comprendre que l'avenir, c'est l'Afrique. Les pays d'Afrique compteront de plus en plus dans les nombreux défis mondiaux en matière de sécurité et de développement, ainsi que pour les vastes débouchés de croissance économique et d'influence».

    «L'Afrique dispose encore de vastes ressources naturelles non exploitées. L'expertise du secteur privé des États-Unis peut faciliter le développement responsable de ces ressources, aidant ainsi à sortir davantage d'Africains de la pauvreté, leur donnant leur part de la valeur économique de ces ressources», a-t-il ajouté.

    Dans le même discours, Rex Tillerson s'est livré à une attaque virulente à l'égard de la Chine, le concurrent des USA sur le marché africain «(…) qui encourage la dépendance en s'appuyant sur des contrats opaques, des pratiques de prêts prédateurs et des accords corrompus qui poussent les nations à s'embourber dans l'endettement et qui nuisent à leur souveraineté, ne leur permettant pas d'atteindre une croissance autosuffisante à long terme».

    A lire les propos du chef de la diplomatie américaine, on s'attendait à ce qu'il propose un vrai plan de développement pour les pays figurant dans l'agenda de sa visite. Hors, il s'est contenté, dans son discours, d'annoncer le versement d'une somme de 533 millions de dollars d'aide humanitaire pour l'Éthiopie, la Somalie, le Sud Soudan et le Tchad.

    Les ambitions américaines en Afrique contrecarrées par la Chine

    Les chinois ont devancé Tillerson en Ethiopie. En effet, le 1 janvier 2018, a été inaugurée une ligne ferroviaire moderne, de 756 km, reliant l'Éthiopie à Djibouti construite par deux sociétés chinoises, la China rail engineering corporation (CREC) et la China civil engineering construction corporation (CCECC). Cette ligne permet le transport de fret et de personnes. Ce projet a coûté quatre milliards de dollars. Ce qui ne facilitera pas la tâche du chef de la diplomatie américaine à Addis-Abeba de convaincre les dirigeants de ce pays de revenir sur leur coopération avec Pékin.

    «permettez-moi d'abord de souligner qu'aucun pays ne peut se développer sans infrastructure solide. Et la Chine est, de ce point de vue, un très bon partenaire», a déclaré Ali Youssouf, ministre des affaires Étrangères de Djibouti, en réagissant aux propos du responsable américains à l'égard de la Chine, ciré par le site Mirastnews.

    En plus, les investissements de la Chine en Afrique ne cessent d'augmenter. Selon un rapport du Financial Times, datant d'août 2017, cité par le journal Tout sur l'Algérie, la Chine a investi 36 milliards de dollars en Afrique, ce qui constitue 10 plus que les investissements des USA. Les échanges entre la Chine et l'Afrique, selon le même rapport ont atteint en 2017 le montant de 170 milliards.

    «L'an dernier, les échanges commerciaux totaux avec les États-Unis sont montés en flèche pour atteindre 38,5 milliards de dollars, contre 33 milliards de dollars en 2016», a déclaré Rex Tillerson dans son discours cité ci-dessus.

    Le Ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, s'est aussi rendu en Éthiopie le 8 mars, mais sans rencontrer le chef de la diplomatie américaine. Il était question lors de cette visite de la construction par la Russie de centrales nucléaires, selon le quotidien borkena.com.

    La présence militaire US en Afrique via la lutte contre le terrorisme

    Les États-Unis qui se voient dépassés par la Chine en Afrique sur le plan économique, essayent de récupérer leur retard par une plus grande présence militaire. En effet, les discussions de Rex Tillerson avec les chefs d'États africains et ses homologues lors de sa visite se sont concentrées sur la lutte contre le terrorisme. Dans ce cadre, les USA ont une base militaire à Djibouti, dans laquelle sont déployés 4000 soldats et une autre base de drones au Tchad pour surveiller le Sahel. L'armée américaine a aussi déployé 1.700 soldats de ses forces spéciales dans 20 pays africains, un nombre qui devrait augmenter dans les prochains mois.

    L'armée américaine opère déjà en Libye, au Niger, au Sahel et elle a dernièrement proposé à la Tunisie de sécuriser sa frontière ouest avec l'Algérie, chose que ce pays a catégoriquement refusée.

    L'Afrique est en train de se développer et elle attire de plus en plus l'attention des grands pays. Plusieurs pays de ce continent sont des producteurs de pétrole dont l'Algérie, la Libye, le Nigeria, l'Angola, le Ghana, le Congo, le Gabon et la Guinée-Équatoriale, dans l'ordre d'importance de leur production. Alors l'armée américaine serait-elle en train de se déployer en Afrique sous couvert de lutte contre le terrorisme afin de mettre la main sur les ressources du continent avant ses concurrents? L'Avenir nous le dira.

    Pour rappel, Rex Tillerson, a été limogé aujourd'hui par Donald Trump. C'est Mike Pompeo, directeur de la CIA, qui lui succédera à ce poste sur décision du Président.

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    Tags:
    investissements, économie, coopération militaire, visite d'Etat, Rex Tillerson, Russie, Chine, États-Unis, Afrique
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