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    Alexeï Navalny

    Lorsque Deutsche Welle invite ses lecteurs à boycotter la présidentielle russe

    © Sputnik . Andrei Stenin
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    Elena Semionova
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    Alors qu’en Occident la Russie et ses médias sont stigmatisés pour une prétendue ingérence dans les élections aux quatre coins du monde, l’allemand Deutsche Welle publie à moins d’une semaine de la présidentielle russe de «précieux» conseils visant à torpiller la crédibilité du vote, mesure prônée par le «principal opposant du Kremlin».

    «Rester à la maison, suivant l’appel de Navalny, ou rendre nul un bulletin, comme le conseille Khodorkovski? En quoi le boycott diffère-t-il du vote de protestation et comment la décision affectera les élections?», à moins d’une semaine de la présidentielle un article plus que curieux a fait son apparition sur la version russe du site de l’édition allemande Deutsche Welle.

    Intitulé «Cinq stratégies de comportement protestataire lors de la présidentielle russe», il constitue une sorte de manuel destiné aux lecteurs russophones qui ne trouveraient pas le candidat qui puisse les représenter et seraient perdus entre le choix de raturer leur bulletin, de le ramener chez eux à titre de trophée (ce qui empêcherait qu’on n’usurpe leur voix) ou de ne pas se rendre aux urnes.

    D’ailleurs, ceux qui n’ont pas encore choisi leur méthode pour exprimer leur désaccord lors du premier tour du vote fixé au 18 mars ou hésitent entre le boycott et le vote pour un candidat lambda donné perdant y trouveront de «précieux» conseils qui ne leur seraient pas venus à l’esprit – par exemple celui d’obtenir le certificat de vote à distance et ne pas voter.

    Pour chaque «stratégie», les auteurs de la publication analysent son impact sur l’issue du vote, visiblement pour aider les lecteurs à mieux s’orienter et afin que leur choix final soit compatible avec le résultat désiré (sur lequel on reviendra à la fin de la publication). Ainsi, il est expliqué que les bulletins nuls augmentent le taux de participation, mais diminuent le pourcentage des voix de chacun des candidats sans exception. En outre, apprend-t-on, «si le taux de ce type de bulletins atteint les 3 à 4%, ceci permettra de parler d'un certain mal-être».

    Qui plus est, ceux qui comptent opter pour cette stratégie et rendre nul leur bulletin en écrivant «On en a marre de Poutine», suivant le conseil de l’ex-oligarque Mikhaïl Khodorkovski, il est conseillé d’être prudent. Non pas en raison des agents de Poutine qui sauront identifier l’intrus et le détruire, mais parce que: «Si cette inscription ne touche qu’une seule case, par exemple celle en face du nom de Poutine, le bulletin sera reconnu comme valide et la voix sera comptabilisée», selon Deutsche Welle.

    Ne pas déposer le bulletin dans l’urne augmentera inévitablement le taux de participation, comptabilisé non en fonction des voix finales, mais en fonction des personnes venues voter, précise la publication.

    Obtenir le certificat de vote à distance et ne pas voter «augmente le taux de participation», explique-t-on, précisant qu’une fois détaché de son bureau de vote, l’individu est raillé des listes électorales jusqu’à ce qu’il se présente à un autre bureau de vote. Y auriez-vous pensé?

    Donner sa voix au candidat le moins antipathique semble ne pas être un bon choix non plus.

    «Repensez-y à 100 fois si vous voulez vraiment que les voix données en signe de protestation soient à l’avenir brandies par le candidat en tant que preuve de sa puissance politique?», indique Deutsche Welle citant Alexandre Kynev de l’École des hautes études en sciences économiques.

    Tous les chemins mènent à Rome. Après avoir passé en revue tous les avantages et les inconvenants des quatre stratégies, on arrive à la dernière et la «plus simple» (voire la plus souhaitée).

    «Renoncer au vote se répercute directement sur le taux de participations. […] Les politologues sont unanimes sur ce point – gagner avec un taux de participation faible n’est pas très prestigieux», lit-on dans l’article.

    Logique. Sauf que cette stratégie de prédilection est celle à laquelle avait appelé l’opposant Alexeï Navalny, souvent désigné dans la presse mainstream occidentale comme le «principal opposant au Kremlin» après que sa candidature a été refusée. D’ailleurs, les auteurs ne le cachent pas: «Surveiller le taux de participation est la principale stratégie d’Alexeï Navalny, homme politique non admis aux élections», précise le dernier paragraphe du texte.

    Prendre cette publication à la légère? Et si à une semaine de l’élection allemande, américaine ou française un média russe avait diffusé dans la langue du pays du vote un mode d’emploi similaire, l’auriez-vous fait?

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    Tags:
    vote, bulletin, boycott, élections, médias, Présidentielle russe 2018, Deutsche Welle, Mikhaïl Khodorkovski, Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, Russie
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