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    Nord Stream 2

    Nord Stream 2: en visant la Russie, les USA frappent-ils l’Europe ?

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    Maria Tonkova
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    Les États-Unis n’abandonnent pas leurs efforts pour bloquer la réalisation de Nord Stream 2, et menacent à présent d’appliquer des sanctions contre les compagnies impliquées dans sa construction, dont les européennes. L’Europe saura-t-elle résister à cette pression?

    Depuis la semaine dernière, les États-Unis ont repris leurs menaces concernant une possible introduction de sanctions visant à bloquer la construction de Nord Stream 2. Ils proclament haut et fort que leur but principal réside en l'assurance de l'indépendance énergétique de l'Europe. Néanmoins, ces mesures sont susceptibles de frapper tant les compagnies européennes impliquées dans ce projet que les pays qui peuvent bénéficier de sa réalisation.

    Préoccupés par les intérêts européens?

    Mercredi, le Département d'État américain a encore une fois menacé de bloquer la construction de Nord Stream 2 sans toutefois introduire de mesures concrètes. Ce faisant, les États-Unis affirment défendre les intérêts européens.

    «Comme beaucoup de gens le savent, nous nous opposons au projet Nord Stream 2 […]. Nous estimons que Nord Stream 2 sapera la sécurité et la stabilité énergétique de l'Europe. Cela donnera à la Russie un nouveau moyen de mettre la pression sur les pays européens, et en particulier sur l'Ukraine», a déclaré mercredi Heather Nauert, porte-parole du Département d'État américain.

    Mme Nauert a précisé que les sociétés et les individus impliqués dans la réalisation de ce projet risquaient d'être exposés aux sanctions prévues par la loi CAATSA (the Countering America's Adversaries Through Sanctions Act). Pour le moment, l'emploi de telles mesures restrictives reste de l'ordre de la menace.

    Selon ce document, les États-Unis s'attribuent le droit d'imposer des sanctions aux acteurs qui auraient fait après le 2 août 2017 des investissements contribuant à la capacité de la Fédération de Russie de construire des gazoducs ou lui fournissant «des biens et des services […] qui facilitent l'extension, la construction ou la modernisation» de tels gazoducs.

    Ces derniers temps, la rhétorique des responsables américains hostiles à la construction d'un nouveau gazoduc s'est intensifiée. Un groupe composé de 39 sénateurs américains a réclamé le 15 mars à l'Administration Trump d'utiliser «tous les outils qu'elle a à sa disposition» afin de bloquer le projet de gazoduc Nord Stream 2 destiné à acheminer du gaz de Russie en Allemagne en passant par la mer Baltique.

    «Nous devons garantir que nos alliés européens comprennent notre détermination à soutenir leur indépendance énergétique et l'impact néfaste de Nord Stream 2 sur leurs intérêts de long terme», lit-on dans une lettre adressée par ces sénateurs à Steve Mnuchin, secrétaire du Trésor américain, et John Sullivan, secrétaire d'État des États-Unis par intérim depuis le 13 mars 2018.

    L'Europe a-t-elle besoin de la tutelle des États-Unis?

    Un nombre de compagnies européennes, dont le français Engie, l'anglo-néerlandais Shell, les allemands Uniper et Wintershall, et l'autrichien OMW, peuvent être touchées par de possibles sanctions américaines. Néanmoins, cela ne réduit pas la détermination de plusieurs pays européens, estimant que ce gazoduc leur permettra d'importer du gaz russe bon marché sans passer par des pays de transit, de mener le projet de Nord Stream 2 jusqu'au bout.

    Fin février, le Président russe a rencontré le nouveau chancelier autrichien Sebastian Kurz qui a confirmé le soutien de son pays à la construction de Nord Stream 2.

    «L'Autriche a une attitude très positive envers ce projet», avait alors déclaré M.Kurz.

    Auparavant, la chancelière allemande Angela Merkel avait indiqué que l'Allemagne n'avait jamais considéré Nord Stream 2 comme étant nuisible pour la sécurité énergétique européenne. Fin janvier, l'Allemagne a donné son feu vert à la construction et à l'exploitation d'un tronçon de gazoduc de 55 km dans les eaux territoriales allemande.

    «Nous avons des positions différentes au sujet de Nord Stream, nous [l'Allemagne, ndlr] considérons ce projet comme étant économique. Nous sommes favorables à la diversification», a-t-elle dit le 16 février lors de sa rencontre avec le Premier ministre polonais Mateusz Moravecki dont le pays s'oppose farouchement à ce gazoduc.

    Le ministre des Affaires étrangères allemand de l'époque, Sigmar Gabriel, avait exhorté en décembre 2017 l'Europe à devenir «un acteur qui compte» face aux États-Unis, y compris en ce qui concerne les sanctions antirusses et la construction de Nord Stream 2.

    En janvier dernier, le président du conseil d'administration du groupe français Engie a déclaré que sa compagnie continuerait à soutenir le projet Nord Stream 2 en dépit des sanctions américaines.

    Auparavant, le Ministre français de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire avait déclaré que la France avait désapprouvé les sanctions extraterritoriales des USA qui compliquaient les relations avec la Russie.

    Par ailleurs, certains hommes politiques européens ont fait part de leurs doutes concernant les intentions des États-Unis qui affirment que leurs sanctions n'auraient pour but que de renforcer la sécurité énergétique européenne.

    «Ce qui se passe actuellement [au sujet du Nord Stream 2, ndlr] se situe sur le plan politique et est dicté par l'Amérique. Pourquoi nos livraisons de gaz seraient frappées ou pourraient l'être par des sanctions? Uniquement parce que les Américains veulent exporter leur gaz de schiste», a déclaré Gerhard Schröder, ex-chancelier allemand qui qui préside depuis plusieurs années le comité d'actionnaires du projet Nord Stream.

    Le projet Nord Stream 2 prévoit la construction d'un gazoduc depuis le littoral russe jusqu'à l'Allemagne en passant par le fond de la Baltique. Sa capacité totale sera de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an. La construction de ce nouveau gazoduc vise à doubler Nord Stream 1 lancé en 2011 et qui avait permis de réduire le transit ukrainien de 100 mmc à 50-70 mmc par an.

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    sanctions antirusses, gazoduc, gaz, Nord Stream, Nord Stream 2, Wintershall, Shell, OMV (groupe énergétique), ENGIE (ex-GDF Suez), Bruno Le Maire, Gerhard Schröder, Vladimir Poutine, Sebastian Kurz, Angela Merkel, Allemagne, France, États-Unis, Russie
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