Ecoutez Radio Sputnik
    Le Prince Mohammed ben Salmane, Prince héritier d'Arabie saoudite

    Des milliards pour les USA et le Royaume-Uni, mais la maison des Saoud est en déficit?

    © Sputnik . Sergei Guneev
    Analyse
    URL courte
    Kamal Louadj
    31813

    Au Royaume-Uni, et actuellement aux États-Unis, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a promis des investissements énormes dans ces deux pays, alors que le royaume saoudien est en crise financière. Comment le prince saoudien envisage-t-il de financer tous ses engagements?

    Le prince Mohammed ben Salmane, prince héritier d'Arabie saoudite est en visite officielle aux États-Unis depuis le 19 mars. Cette visite sera consacrée à la concrétisation des contrats d'un montant de 380 milliards de dollars, dont 110 milliards de dollars destinés à l'achat d'armements américains, signés avec le Président américain, Donald Trump, en mai 2017 à Riyad. Le prince saoudien a aussi signé lors de sa visite du 7 mars au Royaume-Uni un accord préalable pour l'achat de 48 avions Eurofighter Typhoon avec le groupe de défense britannique BAE systems pour plusieurs milliards de dollars. Or selon le site Zonebourse, relayant une dépêche des agences AWP/AFP, «depuis 2014, l'Arabie saoudite totalise un déficit budgétaire de 260 milliards de dollars et prévoit un déficit de 52 milliards pour cette année (2018, ndlr)». Et là une question se pose: vu cet énorme déficit, de quelle façon compte s'y prendre Mohammed ben Salmane pour honorer tous ses engagements, cités ci-dessus, envers les États-Unis et le Royaume-Uni tout en finançant son projet Vision 2030?

    Une tâche difficile avec les prix actuels du pétrole

    La tâche, pour les autorités saoudiennes, de combler le déficit budgétaire de l'État, avec un prix du pétrole bas, ne sera pas facile. En effet le gouvernement saoudien, lors de la présentation le 19 décembre 2017 de son budget 2018 a annoncé, selon l'AFP, que «Riyad prévoit des revenus de 783 milliards de riyals (208,8 milliards de dollars) et des dépenses de 978 milliards de riyals (260,8 milliards de dollars), les plus élevées de l'histoire du royaume, selon des communiqués officiels lu à la télévision saoudienne». Pour faire face à cette situation des mesures fiscales ont été prises. Riyad a baissé les subventions «aux carburants et à l'énergie, prévoit d'introduire une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 5% début 2018», selon l'AFP. Et il a «introduit des taxes sur les cigarettes et les boissons gazeuses en juin», ajoute la même source.

    Le prince héritier saoudien a aussi envisagé de récupérer environ 100 milliards de dollars des membres de la famille royale et des hauts responsables saoudiens arrêtés en novembre 2017 à Riyad et libérés depuis.

    La dernière opération, sur laquelle comptait Mohammed ben Salmane pour ramener environ 100 milliards de dollars dans les caisses de l'État saoudien, est l'introduction en bourse de 5% du capital de la société pétrolière publique, Aramco. Mais cette cotation en bourse paraitrait bien compromise, après l'attaque balistique subie par la société saoudienne. En effet, le 22 mars, les rebelles houthis ont annoncé avoir lancé un missile balistique de type Bar-1 sur les installations d'Aramco situées dans la province méridionale de Najran. Bien que la société ait fait savoir, selon Reuters, que son site de Najran n'avait pas été touché par le missile houthi, les investisseurs qui seraient intéressé par l'achat des actions d'Aramco y réfléchiraient désormais à deux fois avant de miser leur argent sur une entreprise qui risque à tout moment d'être bombardée.

    Un problème de plus: la Chine et la Russie quittent le navire dollar

    La Chine et la Russie accélèrent leur processus de dédollarisation. En effet, le 26 mars, la Chine, premier importateur de pétrole dans le monde, a lancé des transactions libellées en yuan de contrats à terme sur le pétrole brut à la Bourse internationale de l'énergie de Shanghaï (Shanghai International Energy Exchange, SIEE), signant ainsi le baptême du feu du pétro-yuan. La Russie mène quant à elle une politique agressive d'achat d'or, et ses réserves se sont établies à 1.857 tonnes au mois de février 2018, dépassant la Chine dont les réserves s'établissent à 1.843 tonnes.

    En utilisant la technologie Blockchain, la Russie et la Chine pourraient décider de lancer un rouble et un yuan numériques, indexés sur l'or, à l'instar de ce que le Venezuela a annoncé. Cela signerait l'acte de décès du système financier et monétaire international libellé en dollar, pour la raison que des monnaies basées sur l'or apparaissent plus sûres que celles qui ne reposent que sur la confiance des investisseurs. C'est probablement cette perspective qui donne des sueurs froides aux occidentaux, en plus des échanges commerciaux qui se feront de plus en plus avec d'autres monnaies que la monnaie américaine.

    Mohammed ben Salmane
    © AP Photo / Etienne Oliveau/Pool
    Dans ce cas de figure, quel intérêt aurait l'Arabie saoudite à s'accrocher encore aux USA ou au Royaume-Uni, et à promettre des dépenses énormes dans ces deux pays au détriment de son développement interne, au lieu de se tourner résolument vers l'avenir qui se dessine à l'Est. Et si on ajoute la guerre que le royaume mène au Yémen et les séquelles laissés au sein de la famille royale par la vague d'arrestations des princes, la possibilité pour que Mohammed ben Salmane puisse trouver l'argent pour financer tout ce qu'il a promis pourrait s'avérer sérieusement compromise.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Lire aussi:

    Le prince héritier d’Arabie saoudite opte pour un islam modéré «ouvert sur le monde»
    Qu’apporte Mohammed ben Salmane avec lui à Londres?
    Arabie saoudite: un prince milliardaire arrêté négocie un accord avec les autorités
    Tags:
    Mohammed ben Salmane Al-Saoud, déficit budgétaire, financement, dollar US, or, armements, Saudi Aramco, BAE Systems, Donald Trump, Arabie Saoudite, Royaume-Uni, Chine, États-Unis, Russie
    Règles de conduiteDiscussion
    Commenter via FacebookCommenter via Sputnik