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    George Soros

    Jugeant l’Union européenne détraquée, Soros veut en créer une nouvelle

    © AFP 2018 Brendan Smialowski
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    Ivan Danilov
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    Le milliardaire américain George Soros craint une nouvelle crise financière majeure dans le monde, cite les problèmes qui se posent à l'Union européenne et affirme que cette dernière est déréglée et a besoin de «se réinventer». Oui, mais à quel prix?

    Prenant la parole à la réunion du Conseil européen des relations internationales qui se tient annuellement à Paris, le milliardaire et activiste politique George Soros a affirmé que le monde avançait à grands pas vers une nouvelle crise financière majeure, que «tout ce qui avait pu mal tourner a mal tourné» et que la situation ne ferait qu'empirer.

    D'une part, dans notre monde globalisé, une crise financière de grande ampleur est une très mauvaise nouvelle pour tout le monde parce qu'il est peu probable qu'il soit possible de s'en isoler. D'autre part, il faut remarquer que dans le cas concret de la Russie, les intérêts de notre pays, loin de coïncider avec ceux de l'oligarque américain, leur sont souvent diamétralement opposés. Y a-t-il quelque chose de positif pour la Russie dans ce qui afflige et effraie George Soros? La question est loin d'être dénuée de sens. Bien au contraire parce que, tout compte fait, Soros a raison de dire que les marchés financiers mondiaux doivent s'attendre à vivre des temps difficiles.

    Bien qu'il ne figure pas parmi les admirateurs de la littérature russe, George Soros a essayé de répondre à la question posée il y a plus de 150 ans par le philosophe et écrivain russe Alexandre Herzen dans sa célèbre œuvre «À qui la faute?». Le milliardaire a proposé sa propre formule pour remédier aux maux et a clairement désigné le coupable de tous les problèmes et malheurs: Donald Trump en personne. Donald Trump qui a ruiné l'union transatlantique entre les États-Unis et l'Union européenne. Soros a été très clair: à son avis, cette union, qui a défini dans une grande mesure le monde d'après-guerre, est désormais «détruite».

    «Ces dernières semaines, non seulement l'Europe, mais la planète entière ont été choquées par les actions du Président Trump», a-t-il affirmé.

    Dans un certain sens, le Président américain a réussi ce qui était considéré comme impossible. En effet, il était jusqu'ici inconcevable que quelqu'un puisse convaincre les experts européens que l'empire du mal n'était pas la Russie et qu'il existait dans le monde au moins un problème global dont le responsable n'était pas Vladimir Poutine. Donald Trump a brillamment résolu le problème et, à en juger par sa rhétorique belliqueuse, il ne s'arrêtera pas là.

    George Soros a également déclaré que l'Union européenne traversait une crise menaçant son existence même.

    «Dire que l'Europe fait face à un danger existentiel n'est désormais plus une figure de style, c'est la dure réalité», a-t-il indiqué.

    Le milliardaire américain a affirmé que l'Union européenne était confrontée à trois grands défis: la désintégration territoriale, une politique économique erronée et la crise des réfugiés. Pour ce qui est de la désintégration territoriale, c'est, selon lui, le Brexit, bien qu'il tente lui-même d'éviter la sortie du Royaume-Uni de l'UE grâce à des injections financières dans un groupe de politiciens britanniques influents organisant un second référendum pour annuler les résultats du premier.

    En ce qui concerne la politique économique erronée, il sous-entend ce qui a été fait par la direction de l'Union européenne et de la Banque centrale européenne (BCE) après la crise de 2008, lorsque l'Allemagne a tenté, dans la mesure du possible, de contraindre les autres membres de l'alliance à vivre selon les moyens. Du point de vue de George Soros, l'issue certaine de cette situation doit être tout autre: il faut que l'Union européenne fasse encore plus de dettes et dépense cet argent pour relancer la croissance économique. Il estime que la crise des réfugiés et les problèmes économiques de l'Union européenne créent les conditions propices à l'accroissement de l'influence de dirigeants comme le Premier ministre hongrois Viktor Orban qui non seulement résiste aux structures européennes du pouvoir, mais encore «se pose comme le défenseur de sa version d'une Europe chrétienne défiant les valeurs sur lesquelles l'UE était fondée». On ne peut sans doute que remercier George Soros pour cet aveu selon lequel les «valeurs» fondamentales de l'Union européenne sont diamétralement opposées aux valeurs chrétiennes, mais on n'a pas du tout envie de partager son amertume au sujet du danger qui pèse sur elles.

    Au cours de ces derniers jours, la crise politique italienne a de nouveau placé à l'ordre du jour le problème du secteur bancaire européen. De façon schématique et primitive, le problème peut être formulé ainsi: pour l'Italie (et de nombreux autres pays de l'Union européenne), l'appartenance à la zone euro est un nœud de pendu qui étrangle la croissance économique, vu l'impossibilité de mettre le cours des devises au service de la protection contre les importations ni d'encourager ses propres exportations ou, du moins, les substitutions d'importation.

    Toutefois, la sortie de la zone euro créera instantanément le problème du service des dettes qui ont été contractées en monnaie européenne par l'État, les citoyens, les sociétés et surtout les banques. Et il est très possible que ce problème soit «résolu» par le défaut de paiement, ce qui, à son tour, infligera des pertes colossales aux créanciers privés et même à la Banque centrale européenne qui, dans le cas de l'Italie, devra non seulement sauver les banques européennes, mais également (dans le pire des scénarios) hériter de quelque deux billions d'euros de pertes sur son propre portefeuille de bons du Trésor italiens. Comme le prouve la pratique des années 2008 et 2009, une crise bancaire d'une telle ampleur deviendra globale du jour au lendemain. De fait, c'est justement en raison du danger d'un tel scénario que les actions des banques américaines chutent en réaction aux nouvelles négatives en provenance d'Italie.

    Il se peut qu'il soit possible d'éteindre l'incendie italien avec de l'argent, mais ce sera une solution provisoire qui ne permettra que de faire disparaître les symptômes sans pour autant résoudre le problème en tant que tel. George Soros insiste sur le fait que l'Union européenne doit «se réinventer» d'urgence sinon elle disparaîtra tout simplement. Il espère que le danger même d'effondrement du «Projet européen» pourrait forcer les pays membres «à mettre de côté leurs intérêts nationaux afin de préserver l'Union européenne». Aucun doute, Soros et ses collègues oligarques, ainsi que de nombreux politiciens européens, mettront tout en œuvre pour obliger les pays européens à «réinventer l'Union européenne». Et ce de manière à ce que la nouvelle organisation ne leur laisse aucun moyen de défendre leurs intérêts nationaux.

    L'Union européenne doit en effet être «réinventée», mais non plus comme une «prison de pays» centralisée. Ce doit être une communauté européenne où chaque pays pourra réaliser son potentiel de développement. C'est dans ce contexte que pour nombre de chefs d'État européens, qui sont contraints de renoncer à leur souveraineté et à leurs propres intérêts, la coopération avec la Russie pourrait devenir très attractive.

    La Russie est une sorte d'«anti-Soros» dans la mesure où elle reconnaît toujours le droit des autres pays à avoir et à défendre leurs propres intérêts et propose une coopération mutuellement avantageuse au lieu de sacrifices au nom d'idéaux anti-chrétiens du «Projet européen». Et si les dirigeants européens — d'Emmanuel Macron à Angela Merkel en passant par Boïko Borissov [Premier ministre bulgare, ndlr] — tentent de remettre sur les rails leurs relations avec Vladimir Poutine, c'est que l'Europe semble perdre peu à peu l'habitude de défendre «les intérêts Soros» pour revenir à la nécessité de défendre les siens.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    intérêts nationaux, crise migratoire, crise financière, dette, croissance économique, zone euro, Brexit, Union européenne (UE), Banque centrale européenne (BCE), Viktor Orban, Boïko Borissov, Emmanuel Macron, Angela Merkel, Vladimir Poutine, Donald Trump, George Soros, Paris, Europe, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Russie
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