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Les articles, dossiers et études se multiplient dans la presse pour louer un marché immobilier en plein rebond après le confinement. Rares sont ceux qui appellent à raison garder, alors que le contrecoup économique de la crise sanitaire guette. Par endroits, suite aux réductions d’activités, les prix pourraient baisser.

La province semble avoir le vent en poupe. Nul besoin d’être grand clerc pour imaginer l’attrait qu’un coin de verdure a pu prendre aux yeux de nombreux citadins après huit semaines d’un confinement inédit, qui plus est au regard de la météo particulièrement clémente durant cette période.

Ainsi, depuis quelques jours, articles et dossiers se multiplient dans la presse sur ce qui est dépeint comme une reprise en trombe du marché immobilier. Certains semblent même avoir enterré les centres-villes, vedettes historiques du marché.

Le 4 juin, De Particulier à Particulier (PAP) publiait une étude montrant un volume d’acheteurs en nette progression (+38%) entre les 11 et 25 mai 2020 par rapport à la même période en 2019. Bien qu’ils ne s’agissent là que de recherches sur le site du réseau immobilier et non de transactions, les chiffres ainsi que la tendance qu’ils dessinent n’en reste pas moins impressionnants. Le site de PAP enregistre de cette manière une progression à deux chiffres partout en Île-de-France à deux exceptions près, en Seine-et-Marne où les recherches de biens ont explosé de 112% et Paris… où celles-ci reculent de 12 points.

Même son de cloche partout en France, dans les départements limitrophes des grandes métropoles, +96% dans le Pas-de-Calais, +98% dans l’Eure et +117% dans l’Ain, qui forment ainsi le trio de tête des départements non franciliens ayant enregistré la plus forte hausse du nombre de recherches de biens sur le site.

Les zones rurales grandes gagnantes du confinement?

La presse spécialisée n’est pas la seule à surfer sur la tendance, Le Point y dédie son numéro hebdomadaire et dresse un palmarès des villes «championnes pour télétravailler». Avec une excellente croissance du trafic en gares, sa population d’autoentrepreneurs ainsi que sa couverture 4G et son très haut débit, La Rochelle survole le classement, suivie de Pau et d’Angoulême. Plus proche de la capitale, le Figaro immo revient sur ce qui lui apparait comme la potentielle «tendance immobilière de l'année», à savoir la recherche d’espace et d’un jardin, à l’heure du duo choc de la démocratisation du télétravail et de prix parisiens hors d’atteinte. Dans son tour d’horizon des départements franciliens, la Seine-et-Marne l’emporte avec son prix moyen au m² inférieur aux autres. Seine-et-Marne toujours, dans le Parisien, avec le portrait de Paul et sa famille qui troquent leur appartement du XIXe arrondissement de Paris pour une maison avec jardin à Fontainebleau. De manière plus concrète, Ouest-France confirme une envolée des transactions, sondage de centaines d’études notariales des départements bretons (et en Loire-Atlantique) à l’appui.

«Plus de 98% des notaires interrogés affirment avoir constaté une reprise significative. Et pour près de 30% d’entre eux, l’activité par rapport à mai 2019 est même supérieure.»

Toutefois, si la reprise ne s’est pas fait attendre et que l’immobilier rural est ainsi stimulé en cette sortie de confinement, le mouvement va-t-il perdurer dans son ampleur? Durant des mois, les études notariales étant (physiquement) fermées, les transactions ont été gelées mais la préparation des actes et le suivi des dossiers de vente ne se sont pas arrêtés. Un effet de rattrapage est donc inévitable. Par ailleurs, ceux qui aujourd’hui cherchent à s’éloigner des grandes villes ont un profil bien défini: au-delà des retraités, il s’agit de citadins qui possèdent déjà un capital immobilier (comme Paul et sa famille). En somme, des ménages secundo-accédants qui peuvent profiter pleinement de l’écart de prix pour démultiplier leurs m², les primo-accédants (c’est-à-dire les jeunes actifs) ne semblent pour l’heure pas concernés par le mouvement.

«On va trop vite en besogne»

Comme nous l’a également appris le confinement, bon nombre de Français n’ont pas eu le luxe d’avoir un métier leur permettant de travailler à distance. Ironie du sort, ces «métiers de l’ombre», indispensables au maintien de l’activité économique durant la crise sanitaire - salués par le Président de la République - ne riment généralement pas avec une forte rémunération et sont donc également exclus de ce mouvement.

«Actuellement, les ménages qui achètent sont ceux qui ont été les moins impactés par la crise, à savoir les ménages favorisés. Mais il s’agit de catégories de population réduites. Une grande partie des Français n’a, pour l’heure, plus la vigueur nécessaire pour l’acquisition immobilière.»

Tranche Henry Buzy-Cazaux auprès de la rédaction de Capital. Président de l'Institut du management des services immobiliers, il met en garde contre une communication à ses yeux «bien trop optimiste, voire inconsciente» autour de cette reprise. Pour lui, dire que tout va bien et que l’activité serait même plus soutenue que l’an passé «est totalement faux». Quant à ce que certains dépeignent déjà comme un «exode» vers les campagnes, pour Henry Buzy-Cazaux «on va trop vite en besogne». Ce dernier rappelle notamment que la période d’activité du secteur se concentre habituellement entre avril et septembre, craignant qu’en définitive le volume de vente ne baisse sur l’année de «200.000 à 300.000 transactions».

Attention à la «vague» de la récession

Si nombre d’entreprises ont été durement touchées durant le confinement, l’étendue des conséquences économiques de la crise sanitaire sont encore bien loin d’être connues, d’autant plus que les craintes d’une deuxième vague épidémiologique d’ici l’automne persistent, faisant craindre le pire. La levée des aides d’État au chômage partiel, couplée à une reprise économique timide, pourrait à terme avoir des conséquences sur l’emploi bien plus significatives qu’observées jusqu’à aujourd’hui. Pour beaucoup, la crise économique reste devant nous, d’autant plus que selon les dernières prévisions de l’OCDE la France pourrait subir la plus forte récession économique du monde.

Comme nous l’évoquions récemment, des secteurs d’activité, tels que l’aéronautique, ont effectué des coupes drastiques dans leurs effectifs. Autant de foyers, propriétaires comme locataires, mis en difficultés financières. Déjà fin mai, Capital mettait en garde dans un article dédié à l’investissement locatif contre le risque que les villes actuellement les plus touchées par le chômage partiel deviennent potentiellement «à terme, celles où le chômage "réel" augmentera le plus…». Dans un article paru le 13 juin, le site MySweetImmo révèle que les prix à Toulouse pourraient baisser de 5% à 10% suite aux difficultés dans le secteur aéronautique.

Dans un autre article reprenant une enquête réalisée en ligne par Diffusis France à l’échelle nationale, 17% des propriétaires sondés ne pourraient plus honorer leurs mensualités de remboursement de crédit, 23,7% envisageraient de demander un report de leurs mensualités. «Plus alarmant encore, 2,1% des répondants pensent déposer un dossier de surendettement, c’est quatre fois plus que l’année dernière», développe le site. Inutile de préciser que le tour de vis des banques, de nature frileuse face aux risques, devrait mettre un coup de frein aux projets de nombreux ménages. La relance du marché immobilier au sortir du Covid-19 est loin d’être acquise.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
France, Krach immobilier, Covid-19
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