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Le 19 juillet correspond dans l’Hexagone au jour dit de «libération fiscale». Après six années consécutives seule en tête, la France partage en 2021 la première place mondiale avec l’Autriche. Est-ce pour autant que la situation, pour les salariés, s’est améliorée dans le pays qui détient tous les records de prélèvements? Éléments de réponse.

Les Français enfin libres… de travailler pour eux (et souvent pour leurs créanciers).

À compter de ce 19 juillet, le contribuable cesse de courber l’échine pour financer la dépense publique, selon l'étude annuelle de l'Institut économique Molinari (IEM), révélée par le Figaro.

Cette date correspond en effet à la «libération fiscale», jour théorique où le salarié moyen (célibataire et sans enfant) cesse de payer charges, taxes et impôts divers et peut commencer à disposer des fruits de son travail. Bref, symboliquement, après sept mois et demi à travailler pour l’État, un Français employé dans le secteur privé peut commencer à disposer de son argent. On est bien loin de la vingtaine de jours de corvées, en 1789, à la veille du renversement de la monarchie.

Union européenne: zone où le travail est le plus taxé

Selon la douzième édition de son rapport, fondé sur les données du cabinet d’audit EY (ex-Ernest and Young), l’IEM dresse un podium européen inchangé depuis neuf ans. L’Autriche, la France et la Belgique demeurent les pays européens taxant le plus leurs salariés (moyens). Suivent l’Italie et l’Allemagne.

«Dans ces cinq pays, plus de la moitié des revenus liés au travail est prélevée au titre des impôts et charges. Cela signifie que le salarié moyen n’a pas de maîtrise directe sur plus de 50% des fruits de son travail», soulignent les auteurs du rapport.

Comme à l’accoutumée, l’Europe continentale apparaît divisée. Le joug fiscal pesant sur les épaules du contribuable s’allège dans une moitié d’États membres, mais augmente dans une autre moitié. Du côté des gagnants, on retrouve l’Allemagne et l’Italie, où les salariés obtiennent un jour de pouvoir d’achat en plus par rapport à 2020. Les plus gros différentiels sont au niveau de la Grèce (notamment grâce à la baisse du chômage) et de la République tchèque (suppression d’une double imposition) où le salarié moyen gagne respectivement huit et quatorze jours de pouvoir d’achat en l’espace d’un an.

En face, une autre moitié de pays voient croître l’imposition de leurs revenus. C’est notamment le cas de Malte, Chypre ainsi que de l’Irlande. Un trio d’îles, souvent critiquées voire qualifiées de paradis fiscaux, à cause de leur taux d’imposition bien inférieur à la moyenne des 27.

L’IEM compare la situation fiscale à celle des autres grandes économies. Ainsi, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie et au Japon, les jours de libération fiscale surviennent tous entre le 28 avril et le 12 mai. C’est exactement un mois avant la moyenne des jours de libération fiscale des 27 et plus de deux mois avant ceux du trio de tête formé par la France, l’Autriche et la Belgique.

En somme: ce n’est pas la fiscalité de Chypre, Malte ni même de l’Irlande qui est anormalement basse, «c’est en fait l’Europe continentale qui se distingue par l’importance de ses charges sociales et impôts».

Logique des vases communicants

Reste à savoir si la France parviendra à se défaire de cette première place peu enviable. En effet, être considérée comme la nation qui impose le plus les salaires apparaît difficilement compatible avec l’attractivité claironnée par Emmanuel Macron. D’autant plus que, de manière générale, la France reste parmi les champions de l’OCDE en matière de pression fiscale. À première vue, la situation tendrait à s’améliorer dans l’Hexagone pour les employés du privé. Certes, ceux-ci ne gagnent pas de jour de pouvoir d’achat en 2021, mais le gain serait «de huit jours» depuis 2018 selon l’IEM.

Source: Institut économique Molinari, calculs réalisés avec EY
Calendrier des jours de libération sociale et fiscale en Europe, au Royaume-Uni, en Australie, au Canada, aux États-Unis et aux Japon. Source: Institut économique Molinari, calculs réalisés avec EY pour des salariés moyens célibataires sans enfant et d'après la fiscalité applicable en 2021.

Toutefois, le constat est à nuancer. Les auteurs du rapport s’attardent sur la multitude de mesures prises sous le quinquennat Macron afin d’améliorer le pouvoir d’achat des salariés… Des dispositions cosmétiques qui se sont révélées dépourvues d’impact. Par exemple, le gain sur les salaires induit par la suppression des cotisations maladie et chômage a été en grande partie brûlé par l’augmentation de la CSG, ainsi que la hausse mécanique des impôts sur le revenu (moins de charges sociales correspond à plus de salaire net soumis à l’IR). D’ailleurs, la baisse du taux de ce dernier, sur la tranche à 14% ramenée à 11%, a été «compensée à 84%» par l’abaissement du seuil d’entrée dans la tranche d’imposition à 30%. Bref, l’État reprend systématiquement d’une main ce qu’il donne de l’autre.

Un salaire français moyen en baisse

En fait, si l’imposition des salaires baisse en France (–0,06 %) cette année… c’est parce que les salaires eux-mêmes ont baissé. Ainsi, une fois qu’il s’est servi, l’État français laisse un revenu disponible moyen de 25.466 euros. C’est nettement moins que celui d’un Belge ou d’un Autrichien, dont les revenus nets après prélèvements s’échelonnent entre 28.154 et 28.533 euros.

Cette ponction sans équivalent se justifie-t-elle au nom d’un modèle Français dont les mérites ne manquent pas d’être vantés par les ayatollahs de la gabelle? Clairement pas, aux yeux de l’IEM et des chiffres agrégés avec EY.

Selon eux, la pression sociale et fiscale en France «n’est pas un gage d’attractivité [et] ne coïncide pas avec un surplus de bien-être». En clair, les Français n’en ont pas pour leur argent. La meilleure illustration de ce gaspillage étant l’Éducation nationale. Alors que les investissements explosent dans ce ministère clé (avec ses 76 milliards d’euros, en hausse de 1,8 milliard, il est le premier budget de l'État après la charge de la dette), le niveau scolaire des Français s’effondre. C’est du moins ce que répètent chaque année les études internationales, unanimes. Et ce quelle que soit la discipline: maths, lettres, etc.

Les auteurs s’alarment du fait que ce soit sur les épaules de ce même État que reposent la gestion et la pérennisation du système de retraites. «La France se classe résolument dans la catégorie des pays vivant au-dessus de leurs moyens», estiment-ils. Rappelant les «ajustements douloureux» de l’Italie et du Portugal, ils pointent du doigt une «tradition de dérapages publics» dans un pays qui n’a connu aucun budget à l’équilibre depuis 1975.

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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France, impôt
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