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Le congrès américain n'est pas seulement un organe législatif: il est aussi une grande entreprise commerciale.

C'est la conclusion qu'on pourrait tirer en observant les occupations des sénateurs et congressistes américains en dehors de leurs obligations politiques. Critiqués sans cesse pour leur aide financière conséquente au profit de leurs proches, ils ne modifient pourtant pas leurs pratiques — ce qui ne fait que compliquer des schémas de corruption déjà très sophistiqués.

En 2014, Hunter Biden, fils du vice-président américain Joe Biden, a par exemple rejoint le conseil d'administration du plus grand producteur de gaz privé en Ukraine: Burisma Holdings. On a également appris récemment que cette compagnie chypriote avait acquis de nouveaux actifs gaziers dans le Donbass.

 

Les "coups de pouce" de Joe Biden, vice-président américain

Le New York Times rappelle qu'au moment où Hunter Biden était entré au conseil d'administration de Burisma, les autorités britanniques avaient bloqué 23 millions de dollars d'actifs détenus dans des banques londoniennes, supposément par le propriétaire de Burisma Nikolaï Zlotchevski, dans le cadre d'une enquête sur un éventuel blanchiment d'argent. Selon l'expert du Centre d'études stratégiques et internationales de Washington Edward Chow, cité par le NYT, le fait que le fils de Joe Biden a rejoint Burisma "entache l'image de l'administration Obama" et montre que l'Amérique est "hypocrite en ce qui concerne la lutte contre la corruption". James Biden, frère du vice-président américain, profite également de la position de son frère: en 2012 la compagnie Hill International, dont il était partenaire à l'époque, avait reçu une commande pour la construction de 100 000 logements en Irak. Le président de la compagnie David Richter ne cachait même pas, dans une interview à la chaîne Fox Business, qu'il avait reçu cette offre par l'entremise de Biden.

 

Le sénateur Joe Manchin et le lobby pharmaceutique

Autre exemple: celui d'Heather Bresch, chef du comité de direction de la compagnie pharmaceutique Mylan et fille du sénateur Joe Manchin. En 2007, cette dernière a déclaré qu'elle était diplômée en MBA de l'Université de Virginie-Occidentale. La direction de l'université a d'abord contesté cette affirmation, puis une investigation plus poussée a révélé que l'établissement avait tout de même gratifié Bresch d'un diplôme mais qu'il n'était pas été mérité – il lui manquait des points. Michael Harrison qui était directeur de l'université à l'époque, était en fait un ami de longue date de la famille du sénateur Joe Manchin, ainsi qu'un ancien consultant et lobbyiste de la société pharmaceutique Mylan Inc… Le travail de Bresch au sein de cette compagnie chez Mylan Inc a également engendré plusieurs scandales et reproches envers son père sénateur. Premièrement, le président de Mylan Inc Milan Puskar est un proche de Joe Manchin. Deuxièmement, Bresch a obtenu un poste dans la compagnie grâce à son père, qui, gouverneur de Virginie-Occidentale, avait fait économiser des millions de dollars à Mylan Inc. en réduisant l'impôt sur les sociétés.

​On a appris par la suite que Milan Puskar avait justement fait un don de 20 millions de dollars pour le développement de l'Université de Virginie-Occidentale où "étudiait" Bresch. Et ce n'est pas tout: Heather Bresch est critiquée dans sa gestion de Mylan. On lui reproche de poursuivre ses propres intérêts au lieu de ceux des actionnaires. Sans compter son incompétence: d'après le magazine Fortune, sous la direction de la fille du sénateur la compagnie a été confrontée à plusieurs conflits éthiques et à des maladresses publiques.

 

Le sénateur de Pennsylvanie et son fils

A l'âge de 31 ans Chaka Fattah Jr., fils du sénateur de Pennsylvanie, a été condamné à cinq ans de prison pour fraude et détournement de prêts. Il devra verser une indemnisation de 1,1 million de dollars. Selon les dossiers de la cour, le fils de l'homme politique a été reconnu coupable de fraude fiscale et de détournement de fonds empruntés pour remplir un contrat avec plusieurs écoles de Philadelphie.

Les affaires du père ne vont pas mieux: dans le cadre d'une enquête qui le vise, le chef d'inculpation de 85 pages l'incrimine le détournement de dons et de corruption. Pendant sa campagne ratée de 2007 pour devenir maire de Philadelphie, Fattah avait emprunté un million de dollars à un riche partisan puis avait décidé de rembourser le prêt grâce à des dons caritatifs et des subventions publiques. L'investigation des journalistes du Philadelphia Daily News avait également révélé l'existence d'un lien entre Fattah-père et les machinations d'ONG pour presque 6 millions de dollars.

 

Favoritisme dans le Kansas

En 2011, le sénateur du Kansas Jerry Moran a obtenu pour un certain Brandon Harder le poste d'assistant à la création de lois dans son bureau de Washington, où il est devenu un collaborateur permanent du Sénat. Six mois après sa nomination, Harder s'est fiancé avec la fille de son patron. Il y a deux ans le gendre du sénateur a changé de travail au profit de la Coopérative des fermiers de riz pour y occuper le poste de chef d'administration pour les relations avec… les institutions publiques.

 

Harry Reid, sénateur millionnaire

On comprend difficilement comment le sénateur Harry Reid, né dans la pauvreté et touchant seulement un salaire de fonctionnaire, a réussi à accumuler des millions de dollars d'actifs. Quand on lui a demandé, en 2010, comment il était devenu millionnaire, il a répondu qu'il avait simplement fait de "bons investissements".

En 2005, il a effectivement investi 100 000 dollars dans un fonds du secteur énergétique (IYE), dont l'action coûtait à l'époque 29,15 dollars. Trois ans plus tard, il revendait ces actions pour 41,82 dollars l'unité et seulement un mois après la vente, le congrès adoptait une loi économiquement défavorable pour les compagnies pétrolières de l'IYE – les actions se sont alors effondrées de 42%. On devine facilement que le sénateur Reid faisait partie du groupe de travail pour la préparation de ces amendements.

Il a également travaillé sur le projet de loi interdisant aux sénateurs d'aider des projets affiliés à leurs circonscriptions électorales, alors même qu'il avait activement contribué à la construction d'un pont à proximité d'un terrain dont il est propriétaire. Le prix du terrain a quadruplé depuis. Plus encore: il s'est avéré que le sénateur avait acquis cette propriété au rabais en aidant son ancien propriétaire à obtenir des subventions publiques.

Harry Reid n'oublie pas non plus ses proches: trois membres de sa famille sont enregistrés en tant que lobbyistes… Ces liens familiaux se sont révélés quand le sénateur Reid a financé à hauteur de 2 millions de dollars le fonds d'un des clients de son gendre lobbyiste, sans oublier sa petite fille qui a reçu des dizaines de milliers de dollars du fonds électoral du sénateur.

 

Adam Wyden et son fonds alternatif

Adam Wyden, sorti de l'université Columbia à 26 ans, a lancé son fonds alternatif ADW Capital Partners. Il a été aidé par les relations nouées pendant son travail pour un sponsor de son père – David Shaw. "Peu de collégiens ont la chance de faire un stage d'été dans le fonds de Shaw", a noté un haut responsable de la compagnie.

"Je veux simplement qu'il soit heureux. Si c'est ce qu'il souhaite pour sa carrière, je ne peux qu'y être favorable", a réagi le père d'Adam Wyden à un tel tournant dans la vie de son fils. Dès la première année de son existence, le fonds du fils du sénateur avait augmenté de plus de 90%.

 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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