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Les cinq lieux les plus terrifiants de Russie.

1. La Toungouska

Le dernier jour de juin 1908, dans la forêt profonde du gouvernement du Ienisseï (actuel territoire de Krasnoïarsk), s'est produit un événement d'envergure planétaire que l'on appelle aujourd'hui communément "l'événement de la Toungouska". On ignore toujours de quel phénomène précis il s'agissait et aucune trace de météorite n'a été retrouvée. Plusieurs hypothèses — une comète, un bolide, un trou noir, un éclair sphérique, un retentissement sismique ou même un vaisseau extraterrestre — sont encore avancées aujourd'hui.

Le dernier jour de juin 1908, dans la forêt profonde du gouvernement du Ienisseï (actuel territoire de Krasnoïarsk), s'est produit l'événement de la Toungouska
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Le dernier jour de juin 1908, dans la forêt profonde du gouvernement du Ienisseï (actuel territoire de Krasnoïarsk), s'est produit "l'événement de la Toungouska"

On sait qu'à 7 h14 heure locale un objet est tombé du ciel, en flammes et dans un grand vacarme. On sait aussi qu'une explosion s'est produite à une altitude de 5-10 km, dont la puissance est estimée à 50 Mt de TNT. Les individus qui se trouvaient dans cette zone ont décrit les terribles phénomènes qui ont suivi: le tonnerre, les éclairs, un vent très fort, des flammes et une grande chaleur. Aucun témoignage ne fait état de victimes humaines. L'onde de choc a couché les arbres dans un rayon de 2 000 km et les ondes sismiques ont fait le tour de la planète. Avant cet événement, on avait remarqué des crépuscules très clairs et des nuits très éclairées dans l'hémisphère nord. Puis l'explosion a été suivie d'une puissante tempête magnétique: le ciel était éclairé de la Sibérie jusqu'à l'Atlantique. Pour certains, cette catastrophe planétaire témoignait de l'imminence de la fin du monde. Pour d'autres, elle se rapportait à une invasion secrète de l'espace. Il suffit de rappeler que l'un des dossiers X-Files, qui ont donné leur nom à une série populaire, s'appelle Toungouska.

La première expédition scientifique ne s'est rendue sur les lieux de cette chute présumée de météorite qu'en 1927 — l'épicentre avait été déterminé grâce à la direction des troncs d'arbres couchés, à 60 km du village de Vanavara. En 1908, avant sa transformation à l'époque soviétique, ce dernier était encore une factorerie. Aujourd'hui, un musée de l'événement de la Toungouska a ouvert dans le village à l'initiative de Vitali Voronov, passionné par ce mystère.

Les touristes qui s'intéressent à la Toungouska feront donc d'abord halte à Vanavara, où se trouve le bureau de la réserve de la Toungouska dont il faut contacter l'administration pour convenir de la date du séjour et de l'itinéraire. Les randonnées vers l'épicentre du crash présumé sont organisées par l'agence touristique Polonia, de Krasnoïarsk, et coûtent relativement cher: en 2015, pendant l'été, une excursion (sans le trajet jusqu'à Krasnoïarsk ni les dépenses importantes comme le transfert en hélicoptère) coûtait 58 000 roubles par personne (environ 700 euros). Le groupe devait se rendre de Vanavara jusqu'au cordon de Pristan sur le fleuve Tchourguime — où Leonid Koulik, chef de l'expédition pour étudier l'événement de la Toungouska, rêvait de construire un Palais de la Science. De Pristan jusqu'à la destination finale du parcours, la route passe ensuite par le "chemin de Koulik".

Hormis les moyens financiers, ce périple demande une bonne condition physique et de l'expérience: il s'agit d'un voyage extrême dans un endroit difficile d'accès. De surcroît, les traces de la catastrophe spatiale ont désormais pratiquement disparu, la taïga s'est reconstituée, a repoussé, et les histoires sur les anomalies magnétiques ou temporelles restent des histoires. Mais on peut visiter les endroits où la météorite a été recherchée: la dépression de Souslov, le lac Tcheko, le marais du Sud, ainsi que l'abri de Koulik, les chutes de Tchourguime, la mine Khroustalny et le mont Farrington d'où s'ouvre une magnifique vue sur le monde sauvage de la Toungouska.

2. Le col Diatlov

Le col Diatlov n'a pas d'équivalent dans le classement des endroits les plus terrifiants de Russie. La mort mystérieuse de neuf skieurs de l'Institut polytechnique de l'Oural, partis le 23 janvier 1959 sous la direction d'Igor Diatlov en expédition vers le mont Otorten, n'a toujours aucune explication claire. Dans la langue des Mansis, Otorten signifie "n'y va pas". Un autre mont situé non loin du col où l'équipe avait installé son campement s'appelle la Montagne morte — Kholat Syakhl. Tous les autres détails de l'histoire sont destinés à ceux qui ont le cœur bien accroché: pleine nuit, dans l'Oural circumpolaire, une tente éventrée, des corps gelés déshabillés avec des traces de mutilation ou de torture, des feux sur la dernière photo. L'équipe de Diatlov avait pris beaucoup de photos du début de la marche et les membres de l'expédition s'étaient photographiés à tour de rôle — ce qui rappelle le film d'horreur Le Projet Blair Witch. Autre fait sinistre: le dixième membre de l'expédition, Iouri Ioudine, a survécu car il était tombé malade au début du parcours et avait dû se séparer de ses camarades. Le destin lui a sauvé la vie, mais il a dû identifier les affaires et les corps de ses camarades retrouvés.

Incident ''le col Diatlov''
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Incident ''le col Diatlov''

La conclusion des enquêteurs, qui ont rapidement rendu cette histoire confidentielle, laisse un arrière-goût étrange: la mort aurait été causée par "une force insurmontable". Depuis la mort du groupe de Diatlov on a dit, écrit et tourné bien des choses — mais il n'y a toujours aucune explication claire. Les versions sont nombreuses: une soudaine avalanche, une attaque de prisonniers en cavale, un sacrifice des Mansis, du satanisme sur la sainte montagne, une querelle au sein du groupe, l'élimination des témoins d'une expérience secrète, l'impact d'une nouvelle arme ou l'intervention d'extraterrestres. La plus convaincante des versions est celle d'un échange d'espionnage: parmi les skieurs se trouvaient des agents spéciaux du KGB qui comptaient remettre aux espions d'un autre pays des échantillons de produits radioactifs. Mais quelque chose a mal tourné et les témoins gênants ont été cruellement éliminés. Dans le contexte fantastique général, même le dénouement d'un récent film d'horreur intitulé Le col Diatlov paraît logique: le groupe est tombé dans une faille temporelle, s'est transporté dans l'avenir puis est revenu dans le présent sous la forme d'un groupe de mutants qui se sont entretués.

Si vous souhaitez ressentir une angoisse glaçante, il vous suffit de lire l'histoire du groupe de Diatlov avant de dormir et vous plonger dans ce récit d'horreur austère de l'Oural sur la musique traditionnelle des Mansis. Vous pouvez aussi vous rendre à l'endroit où tout s'est produit, qui s'appelle désormais officiellement le "col Diatlov". En 1959, cet itinéraire correspondait à la catégorie de difficulté la plus élevée. C'est encore le cas aujourd'hui malgré son immense popularité et même s'il n'y a plus rien à en craindre — à condition de ne pas dormir sous tente et de ne pas oublier ses outils de navigation. De nombreuses agences touristiques proposent des expéditions vers ce col, en été comme en hiver, sachant qu'en hiver les prix sont bien plus élevés à cause de la location nécessaire de motoneiges. En 7 jours, il est ainsi possible de reproduire le périple du groupe de Diatlov: il faudra d'abord se rendre en train ou en bus d'Ekaterinbourg à Ivdel, puis en voiture jusqu'à Vijaï d'où les touristes sont amenés en véhicule tout terrain ou en motoneige vers la dernière étape de l'itinéraire jusqu'au col. Une plaque commémorative est visible à l'emplacement du drame mais aucune infrastructure touristique n'est présente dans les environs, ce qui donne le sentiment d'être dans un "lieu interdit". Et personne ne sait si la "force insurmontable" rôde encore dans les environs…

3. Le plateau de l'Oukok

La princesse de l'Oukok, retrouvée par les archéologues en 1993 sur le plateau du même nom, est la plus célèbre momie de l'Altaï. Au Musée archéologique d'Akademgorodok — un quartier de Novossibirsk — où elle était conservée jusqu'en 2012, les visiteurs oubliaient vite son intérêt scientifique: la princesse effrayait même ceux qui avait un sang-froid à toute épreuve. Sa dépouille desséchée à peine recouverte, avec ses dents sorties et des tatouages curieux sur les bras, est restée figée dans la position d'une personne dormant sur le côté.

Le plateau de l'Oukok
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Le plateau de l'Oukok

Enterrée il y a près de 2 500 ans sur le plateau de l'Oukok, cette momie n'est pas la seule à avoir été retrouvée dans l'Altaï ni l'unique dépouille présentant des tatouages. Plusieurs sépultures similaires remontant à l'ancienne culture Pazyryk ont été retrouvées sur ce plateau. Les sarcophages funéraires sont appelées "tombes de glace" car un permafrost naturel s'y forme, préservant ainsi les ossements. Hormis les anciennes tombes, on peut voir sur le plateau de l'Oukok des pétroglyphes, des géoglyphes ou encore la montagne sacrée Tavan Bogd (des "cinq saints"). C'est donc un ancien territoire préservé. Les plus enthousiastes y cherchent un portail vers le Shambhala, et les touristes sont officiellement priés de ne pas faire de bruit — susceptible de déranger les esprits. Pas étonnant, donc, que les habitants de l'Altaï aient protesté quand la "princesse" a été transportée à Novossibirsk pour être présentée au Musée archéologique d'Akademgorodok.

La tombe de glace de la "princesse", avec tous ses ornements, est restée inchangée, ce qui a permis d'étudier les détails de l'enterrement et d'établir l'âge et le statut social de la défunte — qui n'était certainement pas une princesse mais plutôt une jeune femme éminente et riche. Dans le monde des morts, elle était accompagnée de six chevaux entièrement équipés. Elle était également curieusement coiffée, portait une chemise de soie et une jupe de laine. Installée sur un tissu de feutre noir, elle était recouverte par une couverture de fourrure avec des ornements en feuilles d'or. On ignore pourquoi le musée a finalement décidé d'exposer la défunte dans sa tenue la plus effrayante.

La princesse de l'Oukok
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La princesse de l'Oukok

Peut-être parce que cette image terrifiante correspondait parfaitement à la légende immédiatement née sur la "princesse" après sa découverte, faisant d'elle une "déesse blanche" qui aurait protégé la Terre pendant deux mille ans contre les forces du mal. La trouvaille a coïncidé avec une période de grands changements et de catastrophes naturelles: l'Altaï a connu une inondation destructrice et un tremblement de terre, une pluie de grêlons gros comme des œufs et une vague de suicides — bref, il était facile de croire que les éléments, sans protection, s'étaient déchaînés. Les fouilles du plateau de l'Oukok avaient alors été suspendues et la "princesse" était retournée dans l'Altaï. Un mausolée avait été construit pour elle au musée national Anokhine, séparé de l'exposition accessible au grand public — dans la salle nommée "Plateau de l'Oukok" on ne pouvait voir que la reconstitution de son inhumation. Mais les habitants de l'Altaï continuent de penser que c'est insuffisant et que sa dépouille devrait être ramenée sur le plateau de l'Oukok.

Le plateau, ses sanctuaires et ses légendes sont aujourd'hui une réserve naturelle nommée "Oukok — zone de repos". Les excursions dans la réserve sont un exemple d'écotourisme parfait ne procurant aucune émotion malsaine. Les collines des Scythes, les thermes, les sources abandonnées, les montagnes et la frontière en font effectivement une zone de repos idéale.

4. Mologa

Mologa, engloutie depuis 1941 par le réservoir de Rybinsk, est parfois surnommée "l'Atlantide russe". Cette ville, située au confluent de la Volga et de la Mologa, qui existe depuis le XIIe siècle et a prospéré jusqu'en 1917, a été complètement détruite au début des années 1940. Mologa s'est transformée en mythe mais n'a pas définitivement disparu: les ombres des rues de la ville sont encore visibles au fond du réservoir quand son niveau baisse. Pendant les années de sécheresse la ville fantôme ressurgit complètement de l'eau et on peut apercevoir des briques, des fondations, les pierres tombales d'un ancien cimetière, les quelques restes d'une vie passée et un panneau portant l'inscription "Pardon, Mologa".

Mologa
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Mologa

Dans les récits sur Mologa, des églises et des clochers émergeant de l'eau sont mentionnés mais il n'y a rien de tel en réalité. Le fameux clocher inondé se trouve à Kaliazine, dans la partie submergée de l'ancienne partie de la ville, alors que de Mologa il ne reste qu'une bande de terrain au milieu d'un espace d'eau car tous les édifices ont été démantelés ou détruits avant l'inondation pour ne pas gêner la navigation maritime. Les maisons détruites et les équipemenst ont été transportés sur des radeaux. La légende sur le déplacement forcé de la population est également loin de la vérité historique: selon certaines personnes déplacées, beaucoup sont parties volontiers et avec soulagement, espérant retrouver une vie plus calme sans la menace permanente des inondations printanières, habituelles pour cette région. Néanmoins, cette submersion a emporté de nombreuses vies humaines: le canal était construit par des prisonniers de la colonie pénitentiaire de la Volga (Volgolag), dont 20 à 30 mourraient tous les jours, d'après la note d'un procureur. Pire: un message fait état de 294 habitants de Mologa qui auraient souhaité rester se noyer "avec leur saint-frusquin", selon la formule du rapport officiel.

Il est possible d'en savoir plus sur l'histoire de la destruction de Mologa, avec toutes ses légendes et exagérations, en lisant deux articles sur notre site. Il est à noter que la destruction de Mologa était un "moindre mal" — l'option la moins destructrice. Selon le premier projet, il était prévu d'inonder Ouglitch et Rybinsk, ce qui est difficile à imaginer.

Mologa
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Mologa

Un musée du territoire de Mologa a été ouvert à Rybinsk en 1995 avec la participation des habitants de Mologa et de leurs descendants. Situé dans le clocher du monastère Athanase, il propose une excursion dans la ville qui n'existe pas: des photos et des chroniques vidéo montrent Mologa en vie pendant son développement prospère et toutes les étapes de son déclin. Les agences touristiques de Rybinsk organisent même des excursions sur l'eau à Mologa. Tous les deuxièmes samedis d'août, les descendants des habitants de la ville s'y rendent en bateau pour déposer des gerbes sur l'eau et faire un office pour les morts qui ont disparu avec la ville. 

Large Maloga
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Mologa

5. L'hôpital de Khovrino

La Russie regorge de maisons, châteaux et autres villages complètement abandonnés. Le plus souvent, ils ont été abandonnés pour des raisons évidentes: le "pouvoir du peuple travailleur" transformait en ruines les églises et les anciens châteaux, et les nouveaux tournants historiques faisaient de ces ruines des "sites de l'économie nationale" et des villes mono-industrielles mortes. Parmi ces lieux lugubres mais pittoresques, on en rencontre dont l'existence suscite la stupéfaction. Le complexe de l'hôpital de Khovrino en est un parfait exemple. Ce site n'est pas abandonné dans un endroit perdu, mais dans l'arrondissement Nord de Moscou, près de la station de train Khovrino.

L'hôpital de Khovrino
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L'hôpital de Khovrino

Il ne faut pas tenter de pénétrer à l'intérieur de l'hôpital — et il y a peu de chances d'y parvenir. Premièrement, l'immense édifice dont la construction n'a pas été terminée et qui s'enfonce dans le sol est sérieusement gardé. Deuxièmement, l'endroit n'est pas du tout sûr — on peut y mourir simplement en tombant d'une poutrelle. A en croire les rumeurs, on peut également se faire tuer par des fous, des satanistes ou encore des êtres pas vraiment humains qui habiteraient à l'intérieur de cet immense hôpital. Ses sous-sols s'enfoncent sur quatre étages, ils sont inondés et sont recouverts par une brume permanente. La légende urbaine raconte qu'au début des années 1990, une sorte de secte sataniste s'y serait faite exploser dans son dernier affrontement contre la police. Et même sans cette légende, l'endroit choisi pour la construction de l'hôpital — sur les sols marécageux près du ruisseau Likhoborka — est déjà assez effrayant en soi.

L'apparence du bâtiment renforce l'impression générale: une étoile à trois branches avec des "cornes" sur les extrémités, des traits qui rappelle le signe du danger biologique. Le style architectural est brutal: béton armé, formes expressives grossières, massivité, comme un héritage du Corbusier. La construction a duré cinq ans, de 1980 à 1985, avant d'être suspendue. On ignore comment ce projet sinistre et manifestement voué à l'échec est arrivé au stade de la mise en œuvre.

 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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