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    Toilettes publiques de la Rome antique, situées dans la ville portuaire d'Ostie

    Les toilettes, un vrai trésor pour les historiens

    © Flickr/ Scott Lowe
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    par redlynx
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    Dans l'Antiquité, les toilettes étaient un luxe. Les toilettes publiques étaient donc nombreuses, qui constituent pour nous aujourd'hui une riche source de connaissances sur le mode de vie de l'époque. Un article du magazine Nature répertorie ce que les archéologues ont déjà pu découvrir grâce aux toilettes de la Rome antique.

    Il y a environ 2 000 ans, sous l'un des plus magnifiques palais de Rome, se trouvait une pièce avec un haut plafond et un long banc le long du mur, percé de 50 orifices de la taille d'une assiette. L'humidité y était toujours élevée, l'odeur spécifique et elle accueillait un grand nombre d'individu de basse condition. Ce lieu est inaccessible aujourd'hui: ces toilettes publiques d'un autre temps sont aujourd'hui le patrimoine des historiens et des archéologues.

    L'endroit est situé sur le mont Palatin, l'un des quartiers les plus peuplés de Rome sous l'Antiquité. Ann Koloski-Ostrow et Gemma Jansen ont étudié ces anciennes toilettes en 2014, mesurant notamment la hauteur de la base du banc (43 cm, ce qui était pratique pour la plupart des gens), la distance entre les orifices (environ un demi-mètre, ce qui assurait un espace privé) et la profondeur de la canalisation (jusqu'à 4 mètres). Les chercheurs ont également supposé que les salles de bain à proximité fournissaient l'eau qui lavait les canalisations. Les graffitis sur les murs près de l'entrée laissent deviner la présence de longues files d'attente, pendant lesquelles les gens avaient suffisamment de temps pour écrire ou graver un message avant de pouvoir prendre place sur le banc. L'emplacement souterrain des toilettes, combiné à la teinte rouge-blanc des murs, indique que leurs visiteurs étaient des individus de basse condition, probablement des esclaves.

    Mont Palatin
    Mont Palatin

    Cette salle a été découverte en 1913 par l'archéologue Giacomo Boni mais les normes de décence de cette époque n'avaient pas permis au chercheur de reconnaître qu'il avait trouvé des toilettes: dans son rapport il avait supposé que le banc troué pouvait faire partie d'un mécanisme complexe prévu pour alimenter en eau les pièces supérieures du palais.

    Aujourd'hui, ce sujet n'est plus aussi délicat et les scientifiques peuvent donc étudier ouvertement les anciennes toilettes publiques afin de comprendre le mode de vie des hommes et des femmes il y a plusieurs siècles. Les toilettes publiques nous offrent des informations sur la nourriture, les maladies et les habitudes des anciens Romains, notamment celles des couches moins favorisées de la population. Les archéologues ont établi que les gens craignaient un peu les toilettes par superstition, mais aussi à cause de la menace beaucoup plus réelle des rats et de la vermine se cachant dans la canalisation. La Rome antique est célèbre pour ses systèmes hydrauliques et d'assainissement, mais les études des excréments indiquent tout de même que les conditions sanitaires de la ville laissaient à désirer.
    On estime que les premières toilettes simples sont apparues en Mésopotamie à la fin du 4e millénaire avant J.-C.: il s'agissait alors d'un puits de 4 mètres de profondeur revêtu de cylindres céramiques creux d'un mètre de diamètre. Personne, alors, n'avait vraiment envie de perfectionner les technologies de canalisation: ces toilettes étaient assez confortables, alors que leur installation était simple et peu chère. Mais elles restaient quand même rares. La plupart des maisons n'avaient pas de toilettes et leurs habitants utilisaient des pots de chambre ou la nature environnante.

    Les toilettes publiques dans le quartier de shopping de Vaison-la-Romaine antique
    Les toilettes publiques dans le quartier de shopping de Vaison-la-Romaine antique

    Comme les toilettes restaient assez rares, elles ne constituaient pas un élément sensible d'amélioration de la santé globale de la population. La fonction principale de tout système de canalisation digne de ce nom, en effet, est de séparer les personnes de leurs excréments pour prévenir la transmission fécale-orale des infections. Les latrines de Mésopotamie étaient efficaces en ce sens, mais il aurait été nécessaire d'en assurer l'accès à au moins de 75% de la population des villes pour améliorer considérablement la situation épidémiologique.

    Aujourd'hui, le rythme de développement des technologies antiques nous semble frappant. Les Minoens de l'île de Crète avaient perfectionné les toilettes en y ajoutant des bassins de lavage déjà 1 000 ans après leur invention! Cette percée technologique n'était pourtant accessible qu'aux élites. Les premières toilettes de "nouvelle génération" connues ont été trouvées par les scientifiques dans le palais de la ville de Knossos: l'eau portait les excréments vers le système de canalisation du palais.
    Cette invention est devenue très populaire. Les Grecs de la période classique (VIe-Ve siècles avant J.-C.) et de la période hellénique utilisaient de grandes toilettes publiques — des pièces spacieuses avec des bancs munies d'un système de drainage. A cette époque, les toilettes ont même commencé à faire leur apparition dans les maisons des ménages des classes moyennes, signe d'un certain bien-être de la société, d'une vie plus confortable pour les citoyens.

    Les Romains, quant à eux, avaient pratiquement transformé les toilettes en patrimoine national. D'après Ann Koloski-Ostrow, au Ier siècle les toilettes publiques — tout comme les bains — faisaient partie intégrante de l'infrastructure romaine, et pratiquement tous les citoyens de la ville possédaient leurs propres toilettes privées. Malheureusement, les scientifiques connaissent très peu de détails concernant leur fonctionnement et leur rôle dans la vie des Romains de l'époque. Très peu d'auteurs de l'Antiquité en parlent dans leurs ouvrages, alors que les textes préservés sur les toilettes portent un caractère satirique qu'il est très difficile d'interpréter.

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    Les Romains ont cru que la déesse Fortuna protégeait les visiteurs des lavabos


    Ann Koloski-Ostrow, que ses collègues surnomment avec humour la "reine des toilettes", a toutefois montré qu'il s'agissait d'un sujet très sérieux. A l'aide de Gemma Jansen et d'autres scientifiques, elle a étudié 60 anciennes toilettes de Rome restées inaperçues des experts.

    Les toilettes publiques de Rome ressemblaient à leurs prédécesseures grecques: un banc en bois ou recouvert de pierre, situé au-dessus d'une canalisation. Les orifices ronds faisaient office de siège avec, devant, des fentes en forme de trou de serrure. Ces dernières, selon les chercheurs servaient à nettoyer la cuvette grâce à une sorte de brosse — un bâton avec une éponge. Le long du banc se trouvait un égout pour rincer l'éponge. Il n'y avait pas de parois entre les cuvettes — limitant fortement l'intimité des usagers.

    Les toilettes privées étaient installées différemment. Elles se situaient à l'intérieur ou à côté de la cuisine, ce qui était très pratique car cela permettrait d'y jeter également les déchets alimentaires. Des sauts d'eau servaient pour le rinçage et, les toilettes n'étant pas connectées aux canalisations de la ville, elles devaient être lavées manuellement. Leur contenu était jeté dans le jardin ou à l'extérieur de la ville.

    Toilettes publiques romaines à Sabratha en Libye
    Toilettes publiques romaines à Sabratha en Libye

    Les systèmes de canalisation n'étaient pas très répandus — ni pratiques. Ann Koloski-Ostrow a vérifié si des principes contemporains étaient utilisés à l'époque, notamment l'aération permanente ou le contrôle de la sédimentation des déchets durs pour réduire l'odeur et l'obstruction. Il s'est avéré que les canalisations de l'époque ne répondaient pas du tout aux normes contemporaines: certains tuyaux étaient bouchés par le vase en moins d'un an et nécessitaient un nettoyage régulier — un travail extrêmement sale et dangereux.

    En outre, les anciennes toilettes ont permis de découvrir les habitudes alimentaires des Romains. Les habitants des villes antiques, comme à notre époque, avaient l'habitude insalubre de jeter des déchets dans la cuvette, mais ces déchets alimentaires sont devenus une riche source d'information pour les scientifiques. Ces derniers ont découvert que même les citadins les plus démunis mangeaient des figues, des œufs, des olives, du raisin et des mollusques, ils utilisaient comme assaisonnement de l'aneth, de la menthe de la coriandre et de la moutarde.

    La grande quantité de déchets retrouvée dans les domiciles a révélé que les Romains préféraient cuisiner à la maison. L'abondance d'os de poisson a permis de conclure que ce commerce était très développé.

    Ainsi, les toilettes sont une sorte de fenêtre sur la vie des gens à cette époque. Jusqu'à cette découverte, la plupart des chercheurs concentraient leur attention sur les palais et les édifices monumentaux appartenant à l'élite. L'attention enfin accordée par la science historique aux toilettes est, selon Ann Koloski-Ostrow, une tendance positive.

     

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    Tags:
    toilettes, antiquité, histoire, Rome antique
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